Une semaine après son lancement officiel, la saison estivale ne s’est pas encore emballée à Tizi-Ouzou. C’est le cas de le dire, de toutes façon pour Azeffoun, une des attractions de la wilaya en pareille période.


A vrai dire, la localité ne semble pas être encore prête pour accueillir le monde qui la prend d’assaut à chaque saison. Disons-le tout de go: Azeffoun est toujours au stade des préparatifs. C’est l’image qu’elle offrait, en tous cas, avant-hier jeudi. Il était 14h tapante, lorsque nous arrivâmes sur les lieux, après près d’une heure de route à partir de Fréha. En fait, l’attente était très longue au niveau de l’arrêt des fourgons assurant la desserte entre les deux localités. Il fallait attendre que le bus, de18 places, que nous avons emprunté, fasse le plein, et ce n’était pas une simple sinécure, tant on ne se bousculait pas au portillon. Ce n’est qu’au bout d’une bonne quinzaine de minutes que le mini-bus se remplisse enfin. Cela donnait déjà un avant goût de ce que sera la plage. Pourtant, il faisait bien chaud ! La route était sinueuse et étroite par endroit, mais bien revêtue. Au bout que quelques kilomètres, l’on avait déjà commencé à s’en dormir. Le sommeil a eu raison du CD de Mohamed Allaoua, allumé dés le départ par le chauffeur. La fraîcheur qui se dégageait, en arrivant à Agouni Oucherki, pic surplombant toute la région, réveilla certains voyageurs. « Il fait très frais, je ne crois pas qu’on va se baigner », se disaient les membres d’une famille assis derrière. «Regarde, le ciel est nuageux à Azeffoun », ironise l’un d’eux, d’un air dégoûté. La grande bleu s’offrait, en effet, déjà aux yeux. Une épaisse brume s’y dégageait. Le ciel était couvert, en effet, mais au grand bonheur de la même famille, notamment les enfants, le ciel se dégageait, laissant place au soleil, en descendant vers Azeffoun. Empruntant la ligne droite, après avoir franchi l’ultime barrage de la gendarmerie qui veillait au grain sur le plan sécuritaire, la chaleur a repris ses droits. A peine quelques kilomètres de route droite, et Azeffoun nous accueillait. Elle offrait bien des couleurs, par ces petits drapeaux suspendus en l’air, du bout en bout de la route. On aurait cru, alors, qu’Azeffoun a bien repris des couleurs. Mais il n’y avait que cela que la localité pouvait offrir en guise de bienvenue. Sinon, la ville, à proprement dire, n’avait rien d’autre à faire valoir. «Sur terre», Azeffoun offrait un décor d’une ville quelconque.

La ville, ne prend pas des couleurs

La route, qui était jusque-là, praticable, était creusée en plusieurs endroits. Premier renseignement, toutefois, Azeffoun n’a pas de problèmes d’eau. La preuve, des commerçants arrosaient même la route pour empêcher la poussière de remonter vers leurs locaux. Des marres d’eau se sont d’ailleurs constituées ça et là. Il était donc 14h, et le climat était comme celui laissé à Fréha : chaud. La grande-rue, la seule qui traverse la localité, était, pour ainsi dire, déserte. On est encore loin des encombrements qu’elle connaissait en été. Elle ne grondait pas de piétons, également. Les cafétérias, et surtout les restaurants, étaient tristement vides. Les baraques de fortune, qui s’ouvre en pareille circonstance pour proposer bermudas, shorts, maillots de bain et accessoires de plage, ne sont pas encore là. C’est ce que donnait, en fait, un brin de charme à cette ville. Sans cela, Azeffoun offrait une image d’une localité quelconque. «À quoi bon ouvrir maintenant, alors que ce n’est pas encore la grande affluence», explique un jeune qui était en train d’aménager une baraque à cet effet. Il est vrai que cela aura été peine perdue. Les minutes s’écoulaient et l’ambiance n’a pas changé d’un iota. Même topo, d’ailleurs, au niveau de la plage. Celle du centre. Il y avait quelques dizaines d’estivants seulement sur place. «La plupart sont des gens d’ici ou de la région», explique un sapeur pompier que nous avons apostrophé. «Je crois qu’il faudra attendre quelques jours encore pour espérer voir une plage noire du monde. D’ailleurs, il n’y a que nous qui avons pris nos quartiers ici, pour sécuriser la plage». En effet, le poste de police, situé juste à côté de celui de la protection civile, était fermé. Notre interlocuteur nous explique, en somme, que rien n’a encore été fait pour cette plage. «On n’a même pas attribué les espaces en location» dit-il. Il est vrai qu’aucune gargote n’a été installée. Questionné sur une éventuelle intervention durant la première semaine de la saison estivale, notre interlocuteur dira qu’il n’y a rien à signaler de ce côté là. Pas loin de là, un chantier battait son plein. Cela se remarquait par le nombre d’engins et d’ouvriers présents sur la plage même. De quoi s’agit-il ? Le même pompier en connaît apparemment un bout : « Ils ensablent la plage», lancera t-il. Chose qui a été, d’ailleurs, confirmée par des habitants de la ville. « Ils ont commencé en hiver. Ils en ont fini une partie et ils continuent avec l’autre», explique un citoyen qui semble très au fait de l’opération. «Je pense que c’est une première en Algérie. Une chose est sure, cependant, avec ce projet, le sable ne sera plus emporté par l’eau de la mer en hiver», explique notre interlocuteur. Nous quittâmes la plage pour la ville. Notre attention a été attirée par une affiche placardée à l’entrée d’un café, à travers laquelle l’association locale des commerçants se félicitait de l’opération de protestation menée «le 10 juin dernier». Renseignement pris, il s’avère que les commerçants de cette ville balnéaire ont entrepris une grève, ce jour-là, suivie d’une marche pour protester contre les travaux de renouvellement du réseau AEP, «qui s’éternisent», pour reprendre l’expression d’un correspondant de presse local que nous avons rencontré sur place. Selon notre interlocuteur, les protestataires ont également soulevé plusieurs autres problèmes, à l’instar de l’insécurité qui règne dans la région.

La plage, c’est le vide ou presque

Apostrophé sur la saison estivale, le même correspondant, habitant la région, répondra ironiquement : «Je peux reprendre le même papier que j’ai écris sur le sujet, la saison passée, pour le faire publier cette année, sans risquer de me tromper sur quoi que ce soit, tant c’est la même situation qui prévaut toujours». C’est dire, en somme, que les années passent et se ressemblent à Azeffoun. «On ne fait rien, après la clôture de la saison estivale, pour tenter d’améliorer les choses», estime notre interlocuteur. Pour lui, la première chose à laquelle il fallait penser, était de créer des voies d’accès à la localité. «Actuellement, il n’y a qu’une seule route, celle-ci (il nous montre la grande rue de la localité). Vous savez, lors des grandes affluences, les encombrements s’étalent sur plusieurs kilomètres», explique-t-il encore. Sur ce, nous prenons congé de lui. Direction, l’autre plage, «le caroubier», qui a connu la plus grande affluence, parmi toutes les autres plages de la wilaya de Tizi-Ouzou, l’année passée. Pour y aller, nous avons préféré emprunter le bord de la mer, histoire de prendre l’air. On n’était d’ailleurs pas les seuls, des jeunes et des moins jeunes se promenaient le long du rivage, il y avait même un estivant qui faisait baigner son chien berger. Et oui, c’est à la mode! Sinon, au niveau des rochers, des jeunes se permettaient de piquer une tête. Après deux ou trois tournants, on entrevoit le caroubier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que sur cette plage il y avait plus de monde qu’à celle du centre. Il y avait des familles et des citoyens de tous âges. Et contrairement à l’autre plage, il y avait des gargotes et même des tentes, ou ce qui y ressemble, à louer. Ces dernières coûtent 700 dinars. En somme, ce n’était pas le grand rush, même au caroubier, mais on a eu droit, quand même, à une animation. Et puis, il était 15h30 passé. On jouait, on rigolait, on dansait et on se baignait, il y avait de tout ! Soudain, un autre chien, un pitbull, cette fois, amené par son «maître», qui l’avait attaché à une corde, avant de le lâcher en plein plage. Le chien s’est permis alors une baignade, au grand dam des enfants et de leurs parents qui ont été pris de panique. Le «maître» a réussi son coup… il a fait l’intéressant sans que personne ne lève le petit doigt. Mais qui pourrait le faire, tant aucune autorité, ni gendarme ni policier, n’étaient sur les lieux. D’ailleurs, après ce coup de… chien, plusieurs personnes ont préféré plier bagage. Ils étaient terrorisés et il y avait de quoi. D’autres ont pris leur courage à deux mains et ont continué leur journée d’évasion. Il était 18h et la plage n’était pas complètement vide. C’est là que nous avons quitté les lieux… Coupe du monde oblige !

M.O.B.- La Dépêche de kabylie