L’offensive des islamistes sunnites en Irak a fait monter le cours du brut au plus haut niveau de l’année. La production irakienne ne paraît pas menacée dans son ensemble mais les marchés sont nerveux


Ce n’est pas encore une flambée. Mais le cours du pétrole réagissait sérieusement jeudi à la nouvelle éruption de violence en Irak déclenchée par les islamistes sunnites de l’EIIL. Le baril de Brent a bondi à la mi-journée de 110 dollars à 112 dollars. Il a ainsi atteint son plus haut niveau de l’année où il oscille entre 105 et 111 dollars, dans un marché jusqu’à présent plus stable que les années précédentes.

L’Irak est sans conteste un enjeu majeur pour le marché mondial de l’or noir. Le pays détient les quatrièmes ou cinquièmes réserves mondiales de brut selon les classements. Et ses exportations, autour de 2,5 millions de barils par jour (Mb/j) dernièrement, représentent pas loin de 3% de la demande mondiale. «Dès qu’il se passe quelque chose dans cette éponge à pétrole, il est logique que les prix, la composante la plus réactive du marché, augmentent», commente Francis Perrin, directeur de la revue Pétroles et gaz arabes.

Mercredi, le ministre irakien du pétrole, Abdul Karim Luaibi, à la sortie de la réunion semestrielle de l’Opep à Vienne avait tenté de rassurer. Les infrastructures d’exportation sont «très sûres», a-t-il déclaré. De fait, les plus gros champs pétroliers et les terminaux d’exportation se situent au sud du pays, près du Golfe arabo-persique alors que pour l’instant, les rebelles sunnites sont actifs dans le centre.

Scénario catastrophe

Cependant, la seconde région pétrolifère de l’Irak est au Kurdistan, au nord. «Mossoul qui a été prise par l’EIIL n’est plus si loin du grand champ pétrolier de Kirkouk, qui déborde du Kurdistan», observe Francis Perrin. Les combattants de l’EIIL peuvent menacer la deuxième voie d’exportation du brut irakien, l’oléoduc qui l’évacue vers le nord, qui relie Kirkouk à Ceyhan en Turquie, sur la côte méditerranéenne. «En réalité, précise Francis Perrin, cet oléoduc stratégique a déjà été la cible d’attentats et de sabotages depuis des semaines et était quasiment à l’arrêt». Depuis le mois de mars, la quasi totalité des exportations irakiennes est évacuée par la voie sud, c’est à dire le Golfe persique.

Et si l’offensive de l’EIIL qui a pris tous les experts par surprise s’étendait vers le sud chiite? Une interruption de la production irakienne pourrait propulser le baril à 130 dollars, prévoit le spécialiste matières premières de Saxo Bank, Ole Hansen, cité par The Telegraph. Francis Perrin, tout en étant prudent, croit moins à ce scénario catastrophe susceptible de ralentir la croissance mondiale. D’une part, le spécialiste n’imagine pas l’Iran chiite ni les Américains laisser l’EIIL s’emparer des principaux champs pétroliers. D’autre part, «si les gisements et terminaux du sud de l’Irak sont bloqués, l’Arabie saoudite ouvrira davantage ses vannes». Le premier exportateur mondial de brut conserve toujours une capacité de production inutilisée évaluée à 2,5 Mb/j, précisément la capacité exportatrice de l’Irak. Et l’Arabie préfère un marché stable entre 95 et 110 dollars, comme elle l’a rappelé cette semaine à Vienne, plutôt qu’une nouvelle crise de l’or noir qui mettrait en péril l’économie planétaire

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