L’Afrique détient le plus mauvais bilan mondial en matière de sécurité routière. Depuis quelques années, les États subsahariens tentent de faire évoluer la situation en imposant par exemple des contrôles techniques obligatoires. Autant d’opportunités pour les spécialistes mondiaux du secteur.

Avec 24,1 décès pour 100 000 habitants, l’Afrique détient le record absolu du taux de mortalité routière selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au terrible bilan humain, s’ajoutent des pertes économiques estimées à plusieurs milliards de dollars qui, en fonction des pays, représentent un à deux points de Produit intérieur brut.

Inspections

Le mauvais état du parc automobile en circulation, composé majoritairement de véhicules d’occasions en provenance des pays développés - plus particulièrement au sud du Sahara - est l’une des raisons de ce fiasco. Pour remédier à ce fléau, certains pouvoirs publics africains font appel à des sociétés privées pour effectuer des contrôles techniques périodiques sur les véhicules en service.

Après plusieurs moratoires, la province de Kinshasa vient ainsi, début mai, de rendre obligatoire ces visites d’inspection tous les six mois. Mais à raison de 53 dollars pour un véhicule de tourisme, la mesure a dû mal à être acceptée par les Kinois. Si ce sont deux sociétés privées locales et une entreprise publique qui ont hérité de ce marché en RD Congo, les multinationales sont loin d’être absentes de ce créneau. Si elles ne communiquent pas leurs résultats financiers, force est de constater qu’elles sont les seules à développer une stratégie panafricaine.

Trio gagnant

Ainsi, SGS avec ses filiales en Algérie, en Afrique du Sud, en Côte d’Ivoire, au Maroc et au Kenya fait figure de leader dans ce domaine. En plus de la vérification de l’état des véhicules, le groupe suisse effectue des campagnes de sensibilisation, ainsi que la pesée des poids et charges à l’essieu pour éviter que des camions dangereux ne circulent sur les routes. Au total, SGS compte un millier d’employés attachés au secteur automobile, sur les 8 000 que compte le groupe sur tout le continent


Autre acteur de renom en Afrique, Bureau Veritas. En 2012, l’entreprise française a obtenu une concession de vingt ans pour réaliser des contrôles techniques à Dakar, obligatoires chaque année.

Ses 75 employés dans la capitale sénégalaise réalisent entre 300 000 et 400 000 inspections annuelles, dans un centre flambant neuf inauguré en juin 2012 et qui a nécessité un investissement de 3,2 milliards de F CFA, financé par la Banque mondiale et le Fonds nordique de développement.

La société attend désormais, d’obtenir l’extension de sa concession à d’autres régions du pays. "Le contrôle technique doit avoir une continuité territoriale pour faire évoluer la situation en matière de sécurité routière", fait remarquer François Midy, son directeur du département automobile, ainsi que de la division services aux gouvernements et commerce international.

Sécurité routière

Il y a en effet urgence, car même si aucune mesure d’impact des contrôles techniques sur la sécurité routière ne peut clairement être établie, en 2013, le nombre de tués sur les routes sénégalaises (456 personnes) a augmenté de 196 % par rapport à l’année précédente. Outre le Sénégal, Bureau Veritas est aussi présent au Ghana et au nord du Mozambique avec respectivement 25 000 et 3 000 contrôles techniques par an. Il n’exclut pas de s’implanter dans d’autres pays : "Nous répondons en permanence aux appels d'offres sur le continent", affirme François Midy.

L’allemand Dekra, installé en Afrique du Sud et au Maroc, complète ce trio de groupes internationaux. Dans le royaume chérifien, sa filiale Dekra Automotive Maroc occupe la place de leader au côté de SGS et souhaite répondre aux futurs appels d’offre des autorités : "Nous souhaitons obtenir de nouvelles autorisations d’ouvertures de centres pour compléter le maillage national de notre réseau et notre proximité avec les usagers", confirme son responsable commercial, Khalid Benmansour

Jeune Afrique