La Réunion ministérielle d’Alger des pays du voisinage de la Libye semble s’inscrire dans une nouvelle stratégie algérienne de reprendre la main dans son voisinage géopolitique immédiat, notamment après l’effondrement du très fragile équilibre au Nord Mali où les contingences locales ont fini par reprendre le dessus.

Sollicité par Paris, Alger sait qu’il dispose des clés de la région. Le chaos en Libye où les forces du général Khalifa Heftar, le fameux chef militaire qui a commandé les troupes libyennes dans la guerre du Tchad contre la France en 1984, peinent à faire face aux forces des milices et des villes libres malgré un appui extérieur semble inquiéter au plus haut point l’Algérie, laquelle vient de dépêcher en urgence une division entière en renfort sur les frontières libyennes tout en créant un secteur opérationnel central à Illizi dans l’extrême Sud-Est.

Le général Hafter a déserté les rangs de l’armée libyenne après la déroute de cette dernière dans la guerre du Tchad et craignant les foudres de feu Gaddafi, il a rejoint les Etats-Unis d’Amérique où il y a vécu durant presque trois décennies. On le soupçonne d’être manipulé par la CIA mais avec les libyens rien n’est moins sûr.

Actuellement les forces de Hafter ont reçu l’appui des forces spéciales libyennes et notamment le 17e bataillon de choc mais il s’oppose aux puissantes milices de la république autonome de Misrata, aux islamistes du Conseil national, au forces radicales de Derna (dont Al-Qaïda au Maghreb Islamique) et à l’anarchie. A noter que les forces des Zenten, en Tripolitaine n’ont pas encore pris position dans ce conflit que certains observateurs ont tenté de réduire à une lutte pour le pouvoir entre un général soutenu par Washington, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite contre des adversaires financés et armés par le Qatar. Un éventuel soutien d’Alger pourrait sceller le sort de la Libye.

Au Nord-Mali, l’offensive du MNLA dans son fief de Kidal est loin d’être une surprise. Il s’inscrit dans le cadre d’un irrédentisme touareg lequel n’a jamais cessé de se manifester depuis 1963. Il révèle également l’échec total de l’opération Serval puisque le statu quo ante bellum (si on peut qualifier ce qui c’est passé de "guerre") est rétabli.

C’est là que le rôle d’Alger, facilitateur historique des pourparlers de paix entre les touaregs et le pouvoir central à Bamako , devient important. Car s’il y a bien un joueur capable d’influer lourdement sur les touaregs du Sahel, c’est bien Alger. D’où le sens de la visite du ministre français Le Drian en Algérie la semaine dernière.

Pour Alger, il s’agit surtout d"écarter une timide tentative marocaine d’influer au Sahel, notamment après la visite du roi du Maroc au Mali. Ce dernier s’est rendu aujourd’hui en Tunisie au lendemain de la réunion ministerielle d’Alger des pays non-alignés et d’une réunion des pays du voisinage de la Libye organisée par l’Algérie. Mais vu la complexité des enjeux en cours au Maghreb, les résultats de cette visite ne devraient pas dépasser le cadre bilatéral entre le Maroc et la Tunisie.

Alors Alger joue-il la doublure de Paris ou bien tente-il de sauver ce qui peut l’être encore dans une région ravagée par la politique puérile, inconséquente et inconsidérée d’un Nicholas Sarkozy et de son gourou de très mauvaise augure Bernard Henry Lévy?

On le saura assez vite. Pour l’instant la guerre fait rage en Libye. Les américains tiennent en alerte plus de 3000 marines en Sicile (et non 300 comme annoncé par la presse)

Strategika51