Le Grand Mufti de Libye reoit de nombreux appels sa dmission aprs tre intervenu lundi 9 juin sur la chane de tlvision Wataniya TV et avoir lanc une fatwa incitant combattre l'arme et la police.

Le Grand Mufti Sadik Ghariani a fait cette dclaration lors de l'mission "Islam et vie" anime par le Dr Osama Sallabi.

Les Libyens ont t rvolts par les propos de Sadik Ghariani selon lesquels "il n'y a pas de terrorisme en Libye, et nous ne devrions pas employer le terme de terrorisme en rfrence Ansar al-Sharia. Ils tuent et ont leurs raisons pour cela. Ceux d'entre eux qui sont morts sont des martyrs.

Ces propos ont incit l'ancien prsident du Conseil national de transition Mustafa Abdel Jalil demander la dmission du mufti, selon le Libya Herald.

"Le mufti a perdu la confiance des Libyens et selon la loi qui l'a nomm ce poste, il n'est dsormais plus ligible", a-t-il dclar, des propos rapports par le journal.

Cette fatwa a galement suscit l'indignation des Libyens, qui ont demand que Ghariani soit jug et dmis de ses fonctions.

"Nous attendons du mufti qu'il condamne les attentats la bombe, les meurtres et les assassinats, mais il ne le fait pas", souligne Bahija Hijazi, tudiante en conomie ge de 23 ans. "Et face un problme politique, il lance d'tranges fatwas qui n'ont rien voir avec la religion."

Pour Salim al-Riqii, militant politique et journaliste d'Ajdabiya, "c'est un cheikh extrmiste trs orient politiquement. Dieu rvle sa vritable nature jour aprs jour. Lorsque la Libye sera dbarrasse de l'emprise des milices extrmistes et des Frres musulmans, il devra tre jug. Son message est la preuve suffisante qu'il participe au jeu politique et ne se contente pas d'tre le mufti."

"Ce mufti a exagr dans ses fatwas et devra tre jug par un tribunal islamique aux cts d'al-Qaradawi par des juges spcialiss en jurisprudence islamique pour les crimes qu'ils ont commis au nom de l'Islam, pour leur mauvaise interprtation du noble Islam et pour l'exploitation qu'ils font de positions appelant tuer des personnes innocentes et dmanteler la nation arabo-islamique", commente pour sa part Amira Tariq Suleiman, enseignante de 28 ans.

Mumen Mohamed, 17 ans, affirme quant lui : "Nous ne nions pas le rle qu'il a jou au dbut de la rvolution, mais aujourd'hui, ce mufti doit tre limog. Il ne fait plus l'unanimit, intervient sur des questions d'thique, et incite les citoyens se dresser les uns contre les autres."

"Sadik Al-Ghariani joue le rle d'un guide, comme s'il tait le Sistani libyen", estime Omar Hassi, avocat. "Je demande qu'il soit arrt et qu'il soit examin par un psychiatre dans un hpital psychiatrique."

Benghazi frappe par un kamikaze
Quelques jours seulement aprs que le mufti ait lanc cette fatwa trs provocatrice, un kamikaze a frapp le quartier de Bersis, l'est de Benghazi. Six soldats ont t blesss lors d'un attentat la bombe perptr un poste de contrle, mercredi 11 juin dans la soire.

Cette attaque est survenue aprs que le groupe terroriste Ansar al-Sharia ait publi un communiqu rfutant avoir ngoci un cessez-le-feu avec les forces libyennes diriges par le gnral Khalifa Haftar.

Mahmoud Shammam, personnalit des mdias et analyste politique, a dclar sur la chane libyenne al-Ahrar que la rcente fatwa de Ghariani tait l'une des raisons de cet attentat suicide au poste de contrle de Bersis.

Il s'agit de la seconde opration de ce genre viser ce poste de contrle. La premire avait eu lieu le 22 dcembre 2013, tuant sept personnes et en blessant plus de quinze autres, toutes membres de la Force de dfense de Cyrnaque.

"Ce sont les effets des fatwas de Ghariani le sditieux appelant tuer les soldats et les policiers et promettant le paradis, dont il affirme dtenir les cls", souligne Salah al-Sadiq, lectricien de 33 ans.

Fathi Naseeb, employ de 40 ans, explique qu'aprs avoir entendu parler de cet attentat, il avait contact l'un des jeunes gardes de ce poste de contrle pour le rconforter. Il explique que ce garde "avait rpondu immdiatement et confirm cet incident, lui expliquant : 'Ne panique pas, des dizaines d'entre nous meurent chaque anne pour des raisons sans importance, comme des accidents de voiture ; il est donc bien que certains d'entre nous meurent pour le salut de Dieu, et pour le salut de la patrie et de son peuple'".

"Il avait galement dit : 'Nous continuerons jusqu'au bout, si Dieu le veut, et nous sommes prts offrir d'autres martyrs. De tels incidents n'entameront pas notre dtermination.' Il m'a ensuite expliqu qu'ils nettoyaient les lieux et les rorganisaient, et que le nombre de jeunes volontaires venus de la rgion et des rgions voisines ne faisait qu'augmenter aprs chaque attentat la bombe", ajoute Naseeb

Magharebia