Les diététiciens-nutritionnistes, réunis en congrès, font part de leur inquiétude, notamment pour ceux qui cumulent compléments alimentaires et médicaments.

L'association de compléments alimentaires entre eux et avec des médicaments peut être néfaste pour la santé. C'est l'un des messages que l'Association française des diététiciens-nutritionnistes (AFDN) compte faire passer à l'occasion de ses journées annuelles qui réunissent 2 800 spécialistes pendant trois jours à Marseille. Leur mise en garde concerne beaucoup de monde puisque, selon certaines statistiques, 27 % des femmes et 13 % des hommes dans notre pays consomment de telles substances, sur des durées moyennes de trois à quatre mois.

Les produits utilisés contiennent souvent de multiples ingrédients (acides gras oméga-3, oligo-éléments, vitamines, caféine, polyphénols, pré ou probiotiques, extraits de plantes...). "Et, bien que l'on manque de données précises, on sait que plusieurs types de compléments alimentaires peuvent être consommés simultanément", a rappelé le Pr Marie-Paule Vasson de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et du CHU de Clermont-Ferrand, au cours de la conférence de presse qui a précédé cet événement. Or "l'impact sur la santé de ces mélanges a été rarement évalué de façon sérieuse sur de grandes populations". En d'autres termes, leur rapport bénéfices/risques reste mal connu, ce qui devrait inciter à la prudence.


D'autre part, certains produits vendus dans le commerce comportent des dosages de certains ingrédients équivalant à 100 % des apports nutritionnels recommandés. Il faut ajouter que ces mêmes ingrédients peuvent également être présents dans l'alimentation. Le risque de surdosage est donc réel et potentiellement délétère pour la santé. "Certains anti-oxydants comme la vitamine C ou le fer peuvent, s'ils sont consommés en excès, avoir au contraire un effet oxydant, avec des conséquences négatives à long terme", rappelle Marie-Paule Vasson. "Des essais cliniques de supplémentation à dose pharmacologique, voire à dose nutritionnelle, ont démontré une augmentation des risques, notamment concernant la survenue de pathologies cancéreuses."

Une alimentation équilibrée

Autres exemples : le calcium peut altérer l'absorption de certains médicaments. Les acides gras oméga-3 augmentent le risque hémorragique en cas de prise d'anticoagulant. Au total, de nombreuses molécules entrent en compétition les unes avec les autres et l'excès de l'une peut empêcher la bonne absorption d'autres. Quant aux sportifs qui consomment de façon régulière, et souvent à fortes doses, différents compléments alimentaires, ils présentent plus que les autres des "états d'hyperexcitation" et ils risquent de développer des problèmes rénaux à long terme.

La conclusion des spécialistes de la diététique et de la nutrition n'étonnera personne : rien ne remplace une alimentation équilibrée. Et la prise de complément n'est envisageable que pour compenser un déficit avéré, en accord avec un professionnel de santé. Ce qui réduit considérablement le marché... surtout si l'on y ajoute la nécessité de choisir "des produits évalués et porteurs d'allégations validées

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