La Commission d'enquête parlementaire sur le coût du nucléaire a remis mardi 10 juin son rapport à Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale. Rapporteur du texte, le député EELV Denis Baupin rappelle François Hollande à ses engagements de campagne et répond à ceux qui dénoncent "un rapport instrumentalisé pour justifier une idéologie partisane".

Ce qui surprend à la lecture du rapport, c'est le nombre d'incertitudes qu'il pointe. C'est bien votre sentiment ?

- Cela fait 40 ans qu'on a lancé la filière nucléaire en France et il reste encore beaucoup de questions qui ne sont pas gérées, notamment la question des déchets radioactifs. La France continue à en produire massivement sans avoir trouvé de solution quant à leur gestion. Non seulement on ne sait qu'en faire, mais on ne sait pas ce que ça va coûter réellement. C'est une certaine preuve d'irresponsabilité.

Comment expliquez-vous les difficultés de la Commission d'enquête parlementaire pour obtenir des chiffres précis ?

- Il y a des raisons objectives : il n'est pas facile de prédire l'avenir. En même temps, quand on s'engage dans ce type de chantier, ce serait bien, au bout de 40 ans, de pouvoir chiffrer les choses un peu plus clairement ! Par ailleurs, la filière nucléaire a une véritable difficulté à reconnaître qu'on nous a raconté des bobards en nous disant que le nucléaire était bon marché. Quand on additionne tous les coûts sous-évalués – les déchets, le démantèlement, les prix de l'EPR… -, l'argument du nucléaire pas cher ne tient plus.

La Commission a-t-elle été confrontée à une opacité de la filière ?

- Je vous confirme qu'on a souvent des difficultés à trouver les informations. On nous parle de secret commercial, ce qui n'est pas totalement faux. On évoque aussi la sécurité… Il a fallu aller au siège d'EDF, consulter des documents, pour y voir un peu plus clair sur ce que seront les investissements nécessaires sur le parc nucléaire et aboutir au chiffrage, confirmé par la Cour des comptes, qui est de l'ordre de 110 milliards d'euros. Cela fait à peu près 2 milliards par réacteur !

Peut-on parler d'un poids du lobby nucléaire ?

- Que le lobby existe et qu'il n'aime pas trop qu'on vienne mettre de la transparence : on peut le dire. Mais mon message n'est pas de jeter l'opprobre sur les industriels et leurs salariés. Ce que je veux dire, c'est qu'il existe une technologie dangereuse et qu'elle coûte de plus en plus chère. Il faut que ces industries se diversifient vers les énergies renouvelables de façon à faire la transition énergétique.

Que répondez-vous à ceux qui, à l'instar de Patrice Carvalho du groupe GDR, voient dans le rapport un pamphlet anti-nucléaire ?

- S'il était venu à au moins une réunion, on aurait pu entendre le doux son de sa voix ! Lors de la réunion conclusive, il aurait entendu que, même parmi les plus pro-nucléaires à l'UMP et au PS, il s'est trouvé des personnes pour trouver que le rapport est équilibré.

Dans vos conclusions, vous appelez l'Etat à s'emparer de la question. Qu'entendez-vous par là ?

- C'est absolument indispensable. Ne pas prendre de décision, c'est implicitement décider de prolonger la durée de vie des réacteurs. Si c'était le cas, ce ne serait pas du tout démocratique. De plus, cela poserait des problèmes techniques importants : on n'est pas sûr de pouvoir prolonger les réacteurs !

Alors concrètement, que doit faire le gouvernement ?

- Il doit définir comment faire progressivement décroître le parc nucléaire pour passer à 50% du mix énergétique en 2025. C'est un engagement du président de la République. Il faut donc une forme de pilotage d'EDF par l'Etat pour faire en sorte que cet engagement soit tenu. A ceux qui sont favorables au nucléaire, rappelons que nous permettrait d'être moins dépendants de cette seule technologie. Et le renouvelable permet un développement important de l'emploi.

Le rapport semble indiquer que, avec ou sans nucléaire, le prix de l'énergie va continuer à augmenter. Est-ce exact ?

- C'est probable, donc, si on ne veut pas que cela pèse sur les factures des ménages, il faut réduire les consommations. Il faut faire de l'efficacité énergétique. Le prix de la facture, c'est la multiplication du tarif par la consommation. Si nous avons des réfrigérateurs, des téléviseurs, des ordinateurs moins consommateurs, comme cela se fait en Allemagne, vous pouvez avoir une augmentation du tarif sans augmentation de la facture.

Justement, où en sommes-nous de la loi sur la Transition énergétique ? Report ou pas report ?

- Il n'y a pas de report ! Le Conseil des ministres va adopter le projet de loi avant l'été, comme prévu. On commencera l'examen au Parlement à l'automne.

Certains s'inquiètent que le texte devienne une coquille vide. Partagez-vous cette crainte ?

- Je ne suis pas dans la défiance ni dans la confiance a priori. Je suis dans la vigilance sur le contenu de la loi. Nous voulons qu'il y ait des outils pour piloter le parc nucléaire : cela fait encore l'objet d'arbitrages.

Propos recueillis par Louis Morice - Le Nouvel Observateur