Le premier lieutenant Tariq Rajab Kharraz de Benghazi a reçu des menaces de mort de plusieurs groupes inconnus après être apparu sur la chaîne de télévision libyenne Al-Ahrar.

Cet ancien porte-parole de la police a déclaré à l'antenne que la crise en Libye était "systématique" et l'œuvre de responsables en Libye et au sein des milices armées, en accord avec des groupes à l'étranger.

Des menaces qui ont contraint ce diplômé de l'académie de police en 2009 à chercher la sécurité loin de sa maison et de sa famille

Pour en savoir plus sur la situation à Benghazi, Magharebia a rencontré ce jeune officier.

Magharebia : Pourquoi avez-vous quitté Benghazi ? Qui vous menace ?

Tariq Rajab Kharraz : Je suis parti parce que j'ai révélé la cause des carences sécuritaires dans la ville de Benghazi. Mes propos à la télévision portaient sur l'absence d'engagement sérieux pour protéger la patrie…

La menace elle-même, il m'est impossible de l'identifier nommément parce qu'elle a été véhiculée sur Facebook et sur d'autres réseaux sociaux d'une manière assez technique…

Magharebia : Que pensez-vous de la sécurité ici, en Libye ?

Kharraz : La situation sécuritaire en Libye est très mauvaise, pour de nombreuses raisons, dont la plus notable est l'absence d'une institution militaire et la faiblesse des services de sécurité, conséquence de leur marginalisation par l'ancien régime. En d'autres termes, il n'existe aucune armée nationale libyenne en tant que telle, une armée qui assurerait la protection nécessaire de la patrie.

Après la révolution, la décision politique de créer une armée destinée à protéger les civils a affiché une très grande faiblesse, en plus d'un manque de reconnaissance du véritable concept de patrie et de citoyenneté.

Magharebia : Qui est responsable du bain de sang à Derna et à Benghazi ?

Kharraz : Les takfiristes aux idées extrémistes et radicales à Benghazi sont derrière la plupart des assassinats.

Ils collaborent avec des gens qui ont des antécédents judiciaires, qui ont été libérés de prison au début de la révolution en 2011.

Magharebia : Comment la montée de l'extrémisme affecte-t-elle les jeunes ?

Kharraz : Les jeunes Libyens veulent la liberté, l'éducation, la santé et leur formation par l'Etat.

Ils veulent aussi des canaux de communication ouverts et des postes dans des institutions de l'Etat avec de bons salaires, pour pouvoir avoir une vie décente, en plus de privilèges.

L'engagement religieux n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il peut déboucher sur des activités criminelles par suite de l'absence d'un discours religieux modéré, de l'oisiveté, du chômage et du manque d'argent.

Il se peut que ces jeunes aient été contraints de sympathiser, ou qu'ils aient été dupés par l'argent.

Magharebia : Comment construire la communauté et renforcer la sécurité en Libye ?

Kharraz : La Libye a besoin de spécialistes nationaux et étrangers pour analyser la question sécuritaire... les dirigeants et les responsables actuels en Libye sont incapables de le faire et ne disposent pas des qualifications de leadership pour administrer les affaires du pays et le sortir de la crise.

Nous avons besoin de l'aide d'experts étrangers pour aider à résoudre la crise actuelle. Nous devons faire appel à des spécialistes de la sécurité venus de pays amis et voisins…

La Libye a les hommes. Tout ce dont ils ont besoin, c'est d'un soutien logistique et d'une formation.

Magharebia : Les autorités vous ont-elles apporté une quelconque assistance lorsque vous avez reçu les premières menaces de mort ?

Kharraz : Le gouvernement libyen ne m'a officiellement rien apporté en termes de protection, ni quoi que ce soit d'autre.

Les responsables au sein de ce gouvernement de transition ne parviennent même pas à se protéger eux-mêmes

Magharebia