30 tonnes de résine de cannabis saisies au Maroc, et alors?


par Kharroubi Habib


L'ONU a officiellement classé le Maroc comme étant le plus grand producteur mondial de cannabis et la source principale d'approvisionnement des réseaux internationaux du trafic de la résine vénéneuse extraite de cette plante. Les autorités du royaume sont régulièrement dénoncées pour le laxisme qu'elles mettent à pourchasser et les producteurs de cette drogue et les trafiquants qui s'adonnent à sa commercialisation.

Pour autant, elles ne se départissent pas de ce laxisme même en sachant indubitablement que le trafic contribue à procurer aux groupes terroristes qui sévissent au Maghreb et dans la région du Sahel une partie de l'argent qui leur est nécessaire pour s'armer et s'acheter les complicités dont ils ont besoin pour continuer leurs nuisances. C'est pourquoi il faut prendre avec des « pincettes » l'information rapportée par les médias marocains faisant état d'une saisie par les autorités de leur pays de trente tonnes de résine de cannabis dans la ville de Casablanca. S'il faut être réservé sur l'annonce ce n'est pas parce qu'elle serait fausse mais que le tonnage censé avoir été saisi a été probablement gonflé.

Pourquoi les autorités marocaines se seraient adonnées à un tel bidouillage médiatique ? penseront d'aucuns. Qu'ils se mettent en tête alors que ce spectaculaire « exploit » que les médias marocains ont moussé a été réalisé au moment où le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius est arrivé à Alger pour une visite dont le menu prévoit des discussions consacrées pour l'essentiel aux questions sécuritaires dans la région et à la lutte antiterroriste. Rabat n'a pas dû ignorer que les Algériens n'allaient pas manquer entre autres d'aborder avec leur hôte la question des sources de financement des groupes terroristes et probablement pointer du doigt le royaume qui en est une du fait du trafic de drogue à partir de son territoire sur lequel les autorités marocaines ferment les yeux si elles ne le favorisent pas franchement.

Bien que la France soit un allié stratégique du Maroc, elle ne peut cependant ne pas tenir compte des inquiétudes qu'inspire à l'Algérie l'attitude marocaine sur le trafic dont l'expansion en sa direction est désormais perçue comme avoir été planifiée et relève de la guerre souterraine menée contre elle par les autorités de Rabat.

L'annonce dans ce contexte par les Marocains d'une saisie de résine de cannabis d'une ampleur abasourdissante nous paraît avoir été destinée à anticiper toute critique ou pression qui pourraient émaner de la France en direction du royaume à l'insistance des autorités algériennes légitimement préoccupées par les effets nocifs pour leur pays et pour la région de ce trafic. Grossir la prise intervenue si « opportunément », c'est façon pour le Makhzen de se dédouaner de l'accusation de laxisme dans la lutte anti-drogue et du soupçon de connivence avec les narco-djihadistes dont il fait l'objet y compris de la part de milieux français spécialistes des questions du terrorisme.

Mais pour aussi grosse que soit la saisie factuellement opérée, elle ne convaincra personne que le royaume a réellement opté pour changer de fusil d'épaule sur le trafic de drogue dont il est la source et ses autorités les protecteurs intéressés à différents titres. 30 tonnes de résine de cannabis sont une goutte d'eau dans le fleuve qu'est devenu ce trafic dont elles ne méconnaissent ni ceux qui s'y adonnent ni qui en sont les bénéficiaires dans la région.


par Kharroubi Habib


Le Quotidien d'Oran