Des économies sur la charge de compensation
Le repli profitable aux industriels et aux ménages aussi

LE cours du pétrole à l’international est descendu sous la barre de 80 dollars le baril. Ce n’était plus arrivé depuis 2010. Le pétrole a perdu plus du tiers de sa valeur depuis juin. C’est un coup de pouce inattendu pour le gouvernement. La baisse du prix du pétrole devrait soulager les finances publiques. Mais, à deux mois de la fin d’année, l’impact sur cet exercice sera moindre. Sur les neuf premiers mois de l’année, le prix du brut s’est établi en moyenne à 106,6 dollars. Or, la loi de Finances a été bâtie sur un tarif de 105 dollars en moyenne. Pour le budget 2015, l’hypothèse de base est de 103 dollars le baril. Ce qui laisse entrevoir d’importantes économies -


sur la charge de compensation (23 milliards de DH budgétisés) si les prix se maintiennent à leur niveau actuel. Au passage, le pari de ne pas reconduire la couverture contre la hausse du prix du pétrole semble opportun aujourd’hui.
La tendance baissière pourrait se poursuivre sur les prochains mois, prédit l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les experts ne sont pas unanimes sur l’évolution des cours. «Le recul des prix est soutenu par la volonté des pays producteurs de maintenir leur production sur un marché qui est excédentaire du fait en particulier de la montée en puissance de la production américaine», confie Phillipe Chalmin, responsable de Cyclope. Le marché est excédentaire de 1,5 million de barils chaque jour actuellement. La mollesse de la croissance dans certaines régions du monde, la zone euro surtout, mais également le ralentissement de la production industrielle en Chine se reflètent sur la demande mondiale. La Chine est le second consommateur de pétrole brut au monde.
Certains voient derrière la baisse des prix une entente entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, ce qui gênerait d’autres pays producteurs. Un recul des prix du pétrole aura des répercussions budgétaires importantes sur la Russie ou encore l’Iran. «Si cette hypothèse se confirme, les prix ne devraient plus beaucoup baisser», pense Chalmin. En dessous d’un certain seuil, les intérêts américains seraient touchés, en l’occurrence le prix de revient du pétrole de schiste. «Sur le marché américain, le prix plancher serait autour de 70 dollars», estime Chalmin.
Toujours est-il que le niveau actuel des prix profitera aux pays importateurs de pétrole. Pour le Maroc, l’allègement de la facture énergétique devrait permettre de dégager des ressources supplémentaires qui pourront être allouées aux investissements notamment. D’un autre côté, l’amélioration des comptes publics réduira le financement des dépenses par la dette. Surtout que la taille de la dette publique soulève déjà beaucoup de critiques.
Les autres bénéficiaires du repli du cours du pétrole seront les industriels ou encore les transporteurs. L’énergie est l’un des principaux postes de dépenses dans beaucoup d’industries. Le carburant l’est aussi pour les compagnies aériennes. -

l'économiste