nov 13th, 2014 -Khidr Omar (Algerie 1).

L’article , censuré mardi, du journaliste d’Al Khabar, Hamid Ghomrassa a fait le buzz sur la Toile. Certainement outré par la direction de son journal de passer le papier à la trappe, l’auteur a donc décidé de le balancer sur sa page Facebook. Quel est le sujet de l’article ? C’est un des serpents de mer de la presse algérienne, à savoir l’affaire Khalifa. En gros, l’article fait sur la base du rapport établi à l’époque par le liquidateur de Khalifa Banque, Moncef Badsi fait explicitement référence à des membres du gouvernement qui ont bénéficié de la générosité de Moumène Khalifa en leur offrant gratos la fameuse MasterCard qui leur a permis d’effectuer des retraits en Euros.
Parmi les personnes citées dans l’article et convoquées à titre de témoins lors du premier procès de Moumène Khalifa figurent les noms de deux ministres en exercice, Abdelmadjid Tebboune, ministre de l’habitat et Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’industrie et des mines.
La liste, longue comme un bras, contient aussi des noms d’autres personnalités, comme des directeurs de presse, des responsables syndicaux, des responsables dans le mouvement sportif etc… Bref, tout ce beau monde qui faisait alors la courbette au cynique golden boy et qui doivent certainement défiler à la barre, à la réouverture du procès, si jamais il a lieu.
« L’article met en danger les intérêts du journal »
Mais pour revenir à l’article en question, l’acte de censure plus ou moins assumé par le directeur d’El Khabar Chérif Rezki, est lié certainement au fait que les noms de deux ministres en exercice soient cités dans l’article. C’est le corps du délit, peut-on dire. « On a décidé de ne pas passer l’article, parce qu’il met en danger les intérêts du journal », a justifié le directeur d’El Khabar qui n’a pas cherché à se défausser.
En parlant « d’intérêts du journal », Rezki Chérif savait probablement que la publication de l’article en question, avec les noms des deux ministres allait, encore compliquer la situation d’El Khabar qui se trouve depuis plus d’un mois dans le collimateur de gouvernement à cause de sa ligne éditoriale franchement hostile au gouvernement, au quatrième mandat du président Bouteflika, évoquant aussi de manière récurrente « la vacance du pouvoir présidentiel ».

Ce journal, comme son jumeau El Watan, ont fait l’objet de mesures punitives de la part du gouvernement qui aurait exercé des pressions sur les annonceurs publicitaires privés pour ne pas donner leur « pub » à ces deux journaux, sous peine de sanctions fiscales.
Message subliminal
Vraie ou faux, cette version des faits, a d’ailleurs été dénoncée par les partis politiques d’opposition et même par le patron du FLN Amar Saâdani. Les annonceurs privés ont-ils peur d’une « frappe » fiscale au point de fermer les vannes de la pub à ces deux journaux ?. Une chose est sûre : le nombre de pages de publicité dans ces deux journaux a baissé de façon remarquable, au point d’être menacés d’un étouffement financier.
Le directeur d’El Khabar, qui a vu entre-temps la publicité privée revenir en force, notamment avec les pages achetées par Renault, à l’occasion de la sortie de la Symbol made in Algeria, a-t-il voulu envoyer un signal positif au gouvernement en procédant à la non publication de l’article en question ? Pour ne pas compromettre « les intérêts » de son journal ?. Très probable dans un pays où la publicité est un puissant levier de chantage pour les journaux qui ne sont pas dans les clous.
Chérif Rezki en décidant d’assumer cet acte de censure « pour sauver les intérêts du journal », après avoir tiré à l’artillerie lourde contre le ministre de la communication, a d’une certaine façon envoyé un message subliminal au gouvernement pour leur dire « on se couche » mais donnez-nous juste la pub. C’est toute l’histoire de ce papier censuré.