C’est l’augmentation de la richesse produite sur le territoire d’une année sur l’autre. Pour évaluer cette dernière, on additionne la valeur des biens matériels fabriqués dans nos usines, mais aussi celle de tous les services produits dans l’Hexagone, y compris ceux fournis gratuitement par l’Etat (restauration, assurance, commerce, éducation, transports, soins hospitaliers, police, activités bancaires, etc.). Afin de ne pas comptabiliser deux fois la même chose, on ne prend cependant en considération que la «valeur ajoutée» des entreprises – autrement dit 
le montant de leur production finale diminué des consommations intermédiaires, comme par exemple les pneumatiques montés par les constructeurs 
automobiles, déjà recensés à leur sortie des usines Michelin. Le total obtenu est appelé PIB (Produit intérieur brut). En 2012, il a représenté un peu plus de 2.000 milliards d’euros, exactement le même chiffre que l’année précédente. La croissance a donc été nulle en 2012.

> Pourquoi ne peut-on pas s’en passer ?

D’abord parce que notre population augmente : si l’on se contentait de produire chaque année la même somme de richesses qu’au cours des douze mois précédents, la part disponible pour chacun diminuerait, et nous nous appauvririons. C’est ce qui s’est passé en 2012. Mais ce n’est pas tout. La croissance est aussi indispensable pour maintenir l’emploi. Du fait du progrès technique et de la meilleure organisation des entreprises, nous parvenons en effet à générer d’une année sur l’autre la même quantité de richesses, avec environ 1% de personnel en moins. Les économistes appellent cela l’«augmentation de la productivité apparente du travail», et c’est évidemment une très bonne chose : sans elle, nous en serions toujours à labourer nos champs à la main et à pousser nos wagonnets dans les mines !


Mais si nous voulons maintenir tous nos travailleurs en poste, cela nous impose de fabriquer 1% de richesses en plus chaque année, c’est mathématique. Et comme nous devons, en outre, créer sans arrêt des jobs supplémentaires pour absorber la hausse de la population active (il faut bien caser les jeunes qui débarquent toujours plus nombreux sur le marché du travail), c’est en réalité de 1,5% de croissance dont nous avons besoin pour simplement stabiliser le taux de chômage. Au-dessus, les files de Pôle emploi commencent à diminuer. Au-dessous, elles continuent de s’allonger.

Ajoutons que, sans croissance, la dérive des finances publiques est inévitable. Le montant des recettes perçues par l’Etat (impôts et taxes) et par la Sécurité sociale (CSG, cotisations des employeurs et des salariés) dépend en effet directement du niveau de l’activité. Lorsque celle-ci stagne, celles-là se tassent. Or les dépenses, elles, ne cessent jamais d’augmenter, du fait notamment du vieillissement de la population et du renchérissement naturel des techniques de soin. Pour tenir le choc, les pouvoirs publics sont donc contraints de s’endetter plus encore. C’est à cette équation infernale que Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tour à tour été confrontés depuis le début de la crise des subprimes.

Que faut-il faire pour 
l’encourager ?

Les théories sur le sujet sont nombreuses. Les économistes de l’école classique, dont David Ricardo (1772-1823), Adam Smith (1723-1790) et John Stuart Mill (1806-1873), pensaient que la croissance était forcément limitée, car le rendement des terres agricoles comme les gains de productivité dans l’industrie finissaient toujours par s’amoindrir. Marx (1818-1883) partageait cette idée. Selon lui, le moteur de l’activité économique était la recherche de plus-values toujours plus fortes par les capitalistes, quête qui avait pour conséquence la baisse des salaires des ouvriers et de la consommation. Cette baisse provoquait à la longue une crise de surproduction et, donc, une réduction tendancielle de la croissance.

Joseph Schumpeter (1883-1950) fut l’un des premiers à rompre avec l’idée d’une croissance finie : selon lui, les innovations des entreprises peuvent faire croître l’acti-vité sans limite. Comme ces dernières apparaissent en «grappes» (révolutions de la vapeur, de l’électricité, du Net…), la croissance ne peut être que cyclique. On distingue ainsi les cycles longs théorisés par le Russe Kondratiev, d’une durée de cinquante ans, les cycles intermédiaires de Juglar, qui courent sur dix ans, et les cycles courts de Kitchin, dont les oscillations ne dépassent pas quarante mois environ. Dans les années 1970, de nouvelles théories ont repris et conforté l’idée d’une hausse illimitée de l’activité économique : à les en croire, la croissance génère elle-même le progrès technique et, donc, s’auto-entretient à l’infini.

Aujourd’hui, les économistes estiment que si la France et les pays du sud de l’Europe comme l’Italie et l’Espagne souffrent d’une croissance trop faible (moins de 2% en moyenne sur les dix dernières années), c’est précisément parce qu’ils n’enregistrent plus assez de progrès techniques. Voilà pourquoi leurs gouvernements cherchent à soutenir la recherche et l’innovation dans les entreprises, en renforçant par exemple les liens de ces dernières avec les laboratoires des universités. Aussi tentent-ils de mettre le paquet sur l’éducation – plus les jeunes seront qualifiés, plus ils seront en mesure de créer les Google et les Facebook de demain – et de booster les secteurs susceptibles d’alimenter un nouveau cycle d’activité, comme les énergies vertes ou les technologies du Web

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