Ansar al-Sharia et la brigade des Martyrs d'Abu Slim sont engagés dans une bataille meurtrière pour le contrôle de Derna. Ces combats entre extrémistes libyens rivaux ont éclaté vendredi 6 juin dans la soirée.

Moutaz Ahmed Mrash, l'un des hauts dirigeants à la fois d'al-Qaida et d'Ansar al-Sharia, a été atteint par un déluge de balles devant sa maison.

Des voitures piégées ont visé le leader d'Ansar al-Sharia Omar Al-Shalali et le commandant de la brigade des Martyrs d'Abu Slim Ameen Al-Kabayli. D'autres explosions ont secoué les domiciles de membres de ces deux brigades.

Ces violences ont fait suite à l'assassinat du commandant d'Abu Slim, Mohamed Abu Bilal, dans l'explosion d'une voiture piégée le mois dernier, qui avait été imputée à Ansar al-Sharia.

"Derna est contrôlée par al-Qaida", explique Nadia Fathia al-Obeidi, médecin à l'hôpital de Derna. "Cette organisation est dirigée par Sofian ben Qumu et sa soi-disante Armée de la Shura islamique."

Ahmed Jaouhari, étudiant à l'université âgé de 25 ans, parle des explosions qui ont secoué Derna vendredi soir.

"Salah Bouzid d'Ansar al-Sharia a survécu à une tentative d'assassinat. Il est connu comme étant un professionnel des vols à main armée et des vols de voitures. Son domicile, situé dans le quartier de bin Nasser, sur la côte orientale derrière l'hôtel Loloa, a été visé. Des hommes armés avaient placé une valise truquée devant sa maison", explique-t-il.

Amjad Mansoor Hassan, étudiant en droit de 23 ans et témoin oculaire des évènements, ajoute pour sa part : "Une voiture appartenant à Ameen Al-Kabayli, l'un des membres d'Ansar al-Sharia, a explosé alors qu'il se trouvait à l'intérieur de sa maison. Cette explosion n'a fait aucun blessé."

Il explique qu'Ansar al-Sharia avait visé des éléments de la brigade des Martyrs d'Abu Slim vendredi soir, dans la ville de Derna. Un sac piégé avait été déposé à proximité du domicile de Jadallah Mohammed Taher al-Mansouri, non loin de l'ancienne usine de chaussures. Cette explosion avait endommagé la maison.

Le domicile d'Ali Chairi Habash, affilié à la brigade des Martyrs d'Abu Slim, a également été pris pour cible, ajoute-t-il. Des inconnus armés avaient placé une valise truquée près du mur de sa maison dans le quartier de Chiha, à l'est de la ville, qui n'a pas fait de blessés.

"Les affrontements sont très violents à Derna, et des armes de tous types sont utilisées entre la brigade des Martyrs d'Abu Slim et al-Qaida", explique le professeur Sarah Belkassem. "Ils visent les maisons de leurs membres respectifs, ce qui crée la panique et la peur chez les habitants."

Musa Mohamed, commerçant, ajoute que les combats ont été les plus intenses à Derna entre les extrémistes et ceux qui sont partisans d'une ligne encore plus dure. "Je pense que l'Opération Dignité leur a porté un coup sévère et a instillé chez eux la peur et la panique", ajoute-t-il.

Randa Massoud, femme au foyer de 43 ans et mère de quatre enfants, lance un appel à l'armée et à la police, en expliquant : "Nous sommes fatigués d'avoir peur, de craindre à tout moment que quelqu'un n'entre chez moi et ne me prenne mes enfants. Ils pénètrent dans les maisons et tuent tous ceux qui travaillent pour l'armée et la police. Ils prennent aussi des filles jeunes et les contraignent à épouser des émirs extrémistes qui vivent dans les montagnes."

"J'en ai assez d'avoir peur pour mes enfants", ajoute-t-elle, en pleurs. "Mes nerfs ont craqué et je ne peux plus supporter la peur qui règne dans ma ville de Derna. Comment mes enfants et moi pouvons-nous sortir faire des courses et acheter ce dont nous avons besoin ? Nous avons peur même dans notre maison. Nous ne sommes pas à l'abri des intrusions."

"La terreur et la répression sont toujours présentes à Derna", explique-t-elle

Magharebia