Nul besoin de locculter davantage ; la transition conomique ou encore nergtique de lAlgrie passe par la transition politique, un vritable nud gordien.

Les Amricains exigent aujourdhui une baisse du prix du ptrole qui sera incontournable. Cest une question de survie. Sil ny a pas une baisse des prix de lnergie, le systme conomique mondial va seffondrer et tout le monde est daccord l-dessus. Daprs le professeur Sid-Ali Boukrami, invit hier au Forum de Libert, les Amricains qui, selon lui, mnent la danse dans ce domaine, pensent surtout la manire de sauver le systme et non pas le prserver. Daprs lui, avec la crise de la pense conomique, un nouveau dogme est n : Faire de la croissance conomique par lendettement et avec pour levier lnergie, un relais incontournable. On venait de signer la fin de lorthodoxie budgtaire. Ce qui sapparente pour lui presque du nimporte quoi. Il en veut pour preuve quaprs le premier choc ptrolier, le Prix Nobel avait t attribu deux conomistes qui dfendaient des thses diamtralement diffrentes sur lefficience du march.
En misant ainsi sur une baisse du prix du ptrole, lobjectif US serait, daprs lui, de consolider lconomie mondiale. Ils contrlent les deux leviers que sont les taux dintrts directeurs et le prix du ptrole dont lvolution va toujours en sens inverse. Ceux qui croyaient que les pays exportateurs dterminaient le prix en auront pour leurs frais. Pour illustrer cette cohrence dont a toujours fait preuve lAdministration amricaine, Boukrami nhsitera pas se montrer plutt logieux lgard du prsident Richard Nixon dont la politique nergtique a toujours cours dans son pays : Il a laiss un testament contenu dans un discours sur ltat de lUnion o il dveloppait la notion dindpendance nergtique. Parmi les axes de cette stratgie, le contrle de lapprovisionnement et la privatisation des entreprises productrices. Daprs lancien secrtaire dtat charg des Statistiques, lAlgrie avait compris trs tt, et ce prcisment ds 1964, que le prix du ptrole ntait pas son affaire. Pour corroborer cette assertion, lorateur mettra en exergue les diffrentes tapes de lhistoire des hydrocarbures de lAlgrie indpendante. Du projet El Paso louverture de gazoducs vers lEurope, le but recherch tait, selon lui, dobtenir toujours de nouvelles marges de manuvre. Lors du 2e choc ptrolier en 1986, lAlgrie avait compris que cette baisse serait durable. En 1994, les plus grandes dcouvertes du monde ont eu lieu en Algrie en concertation avec de grands partenaires. Pour les raisons quon sait, les appels doffres revenaient nanmoins infructueux. Tout ceci pour dire que lAlgrie avait toujours dans ce domaine une vision stratgique au diapason des enjeux internationaux. Les choses ont chang.

LAlgrie, orpheline de Rachid Casa et des autres

On na plus de relais l ou a se dcide lhistoire du ptrole, regrette Sid-Ali Boukrami qui na pas manqu de rendre hommage des hommes de la trempe dAbdelkader Chanderli, philosophe, reprsentant permanent du FLN auprs de l'ONU et grand journaliste qui avait, rappelle-t-il, ses entres dans le gotha de la presse amricaine. Il citera galement le grand Chrif Guellal, premier ambassadeur de lAlgrie indpendante Washington dcd en 2009 dans un parfait anonymat, nonobstant le fait que de prestigieux titres de la presse amricaine tels que le Washington Post ou encore le New York Times se sont fait lcho de sa disparition. Il rappellera qu la suite de la guerre des six jours, les relations diplomatiques entre lhyper puissance amricaine et lAlgrie ont t rompues de 1967 1973, mais les contacts au plus haut sommet ont t maintenues. Dans ce rappel, Sid-Ali Boukrami a omis de citer le nom (tabou ?) de Messaoud Zeggar, dit Rachid Casa, dont lapport dans la nationalisation des hydrocarbures en 1971 fut dterminant. Daprs nos sources, cest ce matre de lespionnage qui, la dcharge de Boukrami, nexerait pas dactivit officielle, qui a convaincu le prsident Houari Boumedine de passer laction.
Et pour cause, il lui aurait procur le plan de riposte secret de lancienne puissance coloniale en cas de nationalisation dhydrocarbures en Algrie. Il lui a mme apport des assurances fermes de firmes ptrolires amricaines prtes remplacer au pied lev les compagnies franaises. Pour linvit de Libert, il ny a pas de secret, il faut tre lcoute des balbutiements de changements sur la scne internationale, de ce qui se passe hors cran.
Ainsi, daprs lui, et quel que soit X, il revient l'Algrie de matriser et danticiper les volutions pour dtecter les opportunits et les menaces. Sil propose de revenir indirectement aux fondamentaux comme lintelligence conomique, il reconnat nanmoins la difficult de lexercice : Prvoir lavenir, cest parfois prtentieux dans le domaine nergtique car on ne peut pas faire des prvisions au-del de 4 ans. Daprs lui, l'Algrie a perdu non seulement la matrise de linformation, laquelle se dveloppe aujourdhui exponentiellement, mais le discours mme de nos dirigeants pche par un excs de confiance. Lessentiel pour Boukrami tant dessayer dagir toujours en connaissance de cause. Les gens qui ont une stratgie vous ne connaissez jamais leur stratgie. Quant aux autres, Pour lminent professeur dconomie, la seule marge de manuvre de lAlgrie cest son pouvoir nergtique. LAlgrie ne vaut sur la scne internationale que par ses capacits nergtiques. Honorer ses contrats tel est le seul rle qui lui est assigne. Sans cela, lentendre, elle disparatrait, tout simplement, de la carte. Cest une question extrmement sensible. La scurit, cest le ptrole. Il sagit de donner lillusion aux autres quon est capables dhonorer nos engagements. Et de rappeler quand lAlgrie tait puissante, ctait le fait de sa puissance nergtique. Pour Boukrami, les grandes puissances industrielles continuent dployer de grands efforts pour protger leurs conomies et peut-tre bien pour affaiblir celles des autres. Il ny a peut-tre pas daffinits politiques entre la Chine et les USA, mais des intrts conomiques et gostratgiques trs certainement. Pour lui, ces acteurs dominants et implants dans de nombreux pays travers le monde ajustent leurs choix stratgiques et tactiques en fonction de logiques globales. Ces socits simplantent parfois dans un pays (par le biais dIDE) dans le but de renforcer leur position concurrentielle un niveau mondial, mais aussi parfois dans une logique spculative pour en tirer un profit immdiat et quitter le pays ds que leur intrt le dicte. Si pour lui, des alliances stratgiques sont ncessaires, la matrise, chez nous, de lactivit amont est, l aussi, une question de survie : Cest connu, dans le domaine ptrolier, si vous ne contrlez pas lamont, votre pouvoir de ngociation va baisser. Il sagit de redonner le pouvoir lengineering ou le peu qui en reste.
Daprs lui, le seul pouvoir de ngociation laiss un pays comme lAlgrie, cest sa richesse inclusive dont la base conomique est constitue du capital naturel, humain et productif. Il rappellera sur ce chapitre que le Japon est le pays le moins dot de ressources naturelles dans le monde : Grer la raret, cest gr correctement en conclut-il. Pour Boukrami, lenjeu pour lAlgrie est de remplacer le capital naturel par le capital humain. En 1986, pour un taux de croissance de 0,4%, lAlgrie avait ralis un taux dinvestissement de 34% par rapport au PIB. Il y a aujourdhui une dconnexion totale entre la nature des investissements et les rendements. En 2003, une anne exceptionnelle, o lAlgrie avait atteint un taux de croissance de 7%, le taux dinvestissement caracolait 24%. Pour lui, cette dconnexion entre le taux dinvestissement et le taux de croissance ne peut provenir que dune gestion non parcimonieuse des ressources, un euphmisme de la corruption, sans aucun doute. Il faut dire que tout le long de son expos, Boukrami a us dun langage polic, empreint de nombreuses priphrases et autres allgories. La mise en uvre de la politique conomique du pays doit se caractriser par une grande rationalisation. En lisant entre les lignes, on comprend que les dirigeants actuels veulent donner l'impression qu'ils matrisent le sujet alors que le contexte international a radicalement chang et le primtre oprationnel compltement boulevers.
Il avoue toutefois que la consommation dnergie de lAlgrie deux chiffres accapare essentiellement par les mnages et les transports (hydrocarbures) fait courir au pays de nombreux risques et va se poser trs prochainement avec plus dacuit. Plus on parle de diversification conomique en Algrie et plus on est dpendant de lnergie. On nest jamais arriv un tel niveau de consommation interne.
Il rvlera que pour soutenir le niveau actuel de consommation dlectricit, lAlgrie devra renouveler son parc de centrales lectriques tous les cinq ans. Ce qui est impossible faire !, ajoute-t-il. Peut-on tre plus alarmiste que cela ? Les transferts sociaux reprsentent en Algrie le tiers du PIB. Comme lnergie doit subvenir aux besoins financiers de lAlgrie, il est peut-tre venu le temps que la politique nergtique dtermine tout le reste notamment le systme de redistribution de richesses.

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