Le contentieux sur la dette de 4 milliards de dollars (2,9 milliards d'euros) due par l'Ukraine à Gazprom n'est toujours pas réglé et le groupe russe menace de cesser ses livraisons le 3 juin, a expliqué le commissaire à l'Énergie Gunther Oettinger.

«Nous risquons de nous trouver dans une situation qui verrait les Russes ne plus livrer de gaz à l'Ukraine, mais livrer le gaz acheté par l'UE. Dans ce cas, les quantités achetées par la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie vont-elles arriver ?» s'est-il interrogé. L'UE a déjà vécu ce problème en 2006 et 2009. L'Union européenne «reste très vulnérable», car elle importe depuis dix ans 53% de sa consommation en énergie, ce qui lui coûte 1 milliard de dollars par jour (734,8 millions d'euros) et «le principal fournisseur est la Russie pour 39% de ses achats de gaz et 33% de ses achats de pétrole», a souligné le président de l'exécutif bruxellois, José Manuel Barroso.

Chargée en mars par les dirigeants européens de travailler sur les options pour réduire cette dépendance, la Commission européenne a livré mercredi deux énormes documents : une étude sur la sécurité énergétique et un plan d'action. Ces options vont du développement des renouvelables à l'exploitation du charbon, du nucléaire et du gaz de schiste. Elles constituent «un très bon paquet», avait commenté M. Barroso lors d'une conférence sur l'énergie le 21 mai à Bruxelles. Il va les mettre sur la table lors du sommet européen organisé à Bruxelles les 26 et 27 juin. Mais en cas de crise dès cet hiver, si Gazprom devait couper les fournitures de gaz à l'Ukraine, l'Union européenne pourrait se trouver en difficulté, reconnaît-on de source européenne. L'UE a importé 480 milliards de m3 pour sa consommation en 2013. Gazprom a fourni 133 milliards de m3, dont 63 milliards de m3 ont transité par l'Ukraine. Si le transit est interrompu, l'UE peut se tourner vers ses autres fournisseurs et puiser dans ses réserves. Les États membres ont actuellement 47,3 milliards de m3 dans leurs citernes, soit 58,6% de leurs capacités de stockage. Mais ils devront faire montre de solidarité avec les partenaires les plus affectés par la rupture des approvisionnements.
Les réserves ne permettront en outre pas de tenir sur une longue période, à moins d'imposer une réduction de la consommation interne dans les pays les plus dépendants. Les Européens peuvent également se tourner vers leurs autres fournisseurs traditionnels, notamment la Norvège, mais ce pays est actuellement «à la limite de ses capacités et ne pourrait fournir un surplus de 130 millions de m3 par jour que pendant quelques jours», a indiqué une source européenne. À plus long terme, la Norvège, qui vend 99 milliards de m3 à l'UE, serait en mesure de porter ses livraisons à 109 milliards de m3. Augmenter les achats de gaz naturel liquéfié est aussi une alternative, mais les prix sont plus élevés que ceux du gaz russe, a-t-on expliqué.
Les États peuvent enfin se tourner vers Gazprom, qui peut augmenter les quantités transitant par Nord Stream, le gazoduc qui arrive directement en Allemagne. Mais cette solution renforce la dépendance vis-à-vis de Moscou et fait le jeu du Président russe Vladimir Poutine, qui a appelé les Européens à soutenir la construction de gazoducs contournant l'Ukraine, notamment le projet South Stream, actuellement bloqué. Gazprom observe avec attention les projets européens, mais ne manifeste aucune crainte.

Poutine sera reçu par Hollande le 5 juin à l'Élysée

Vladimir Poutine sera reçu le 5 juin à l'Élysée à Paris pour une rencontre «informelle» avec le Président français François Hollande, à la veille des cérémonies de commémoration du Débarquement allié en Normandie, a annoncé mercredi le conseiller diplomatique du Kremlin.
Le Président russe «fera escale à Paris et le 5 juin il aura une rencontre informelle avec le président français sous la forme d'un dîner», a déclaré Iouri Ouchakov, cité par l'agence russe Interfax. Cette rencontre aura lieu au palais de l'Élysée, a-t-il précisé. Les deux dirigeants «discuteront de diverses questions internationales multilatérales, en particulier de la crise ukrainienne», a-t-il encore dit. M. Hollande avait annoncé mardi qu'il s'entretiendrait «en tête à tête» avec son homologue russe à l'occasion des cérémonies de commémoration du Débarquement. Le 24 mai, M. Poutine avait dit être prêt à une telle rencontre, indiquant avoir compris que son homologue français le «souhaitait». La présence de M. Poutine aux cérémonies du 6 juin en Normandie (ouest de la France) avait été confirmée au début du mois par l'ambassadeur de Russie en France, après que Paris avait indiqué maintenir son invitation malgré l'accès de tension inédit entre Russes et Occidentaux depuis la Guerre froide.
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