La réglementation du crowdfunding entre en vigueur mercredi 1er octobre, en France. Le financement participatif ne pèse encore que 78 millions d’euros, alors que les PME françaises feront face à un manque de financement de 60 milliards d’euros d’ici trois ou quatre ans.


J moins 3. Mercredi 1er octobre, la réglementation du "crowdfunding" (financement par la foule) entrera en vigueur en France. L'objectif : faire de la finance participative - qui met en relation quasi-directe, via des plateformes Internet, des porteurs de projet en quête d'argent frais avec des particuliers désireux de donner, de prêter ou d'investir une partie de leurs économies - une véritable source de financement alternative pour les PME. Si François Hollande lui-même avait qualifié le crowdfunding de "mode de financement tout à fait précieux", lors des Assises de l'entrepreneuriat, le 29 avril 2013, c'est parce que les banques risquent de se faire moins prêteuses, au cours des prochaines années, en raison, notamment, de la nouvelle réglementation de Bâle III, relative au renforcement de leurs fonds propres.

Or, en France, les banques représentent 95% à 98% du financement des PME. C'est dire si ces dernières doivent s'empresser de diversifier leurs sources de financement, afin de ne pas être trop fragilisées par le moindre concours des banques, dans les prochaines années. Mais le crowdfunding peut-il réellement constituer une source de financement alternative pour les PME et les jeunes entreprises ? La question mérite d'être posée, tant le poids du financement participatif demeure lilliputien par rapport aux besoins de financement des PME françaises.


Le montant récolté en 2013 a triplé
Compte tenu du désengagement des banques, "il devrait manquer 60 milliards d'euros de financement aux PME, d'ici trois ou quatre ans", a indiqué Hubert de Vauplane, avocat associé chez Kramer Levin, lors d'une conférence sur "le financement 2.0 des entreprises", le 26 septembre. Or, les fonds collectés via la quarantaine de plateformes françaises de crowdfunding n'ont pas excédé 78 millions d'euros, en 2013, selon l'association Financement Participatif France. Pour autant, "la dynamique enclenchée est encourageante", estimait Bernard Cohen-Hadad, président de la commission financement de la CGPME, dans un point de vue publié sur latribune.fr le 12 mars, soulignant que "sans les plateformes [de crowdfunding], cette somme [de 78 millions d'euros] serait restée dans le bas de laine (des Français)."

La dynamique semble d'autant plus encourageante que ces 78 millions d'euros représentent un triplement du marché français du crowdfunding par rapport à 2012, année qui l'avait déjà vu passer de 8 millions à 27 millions d'euros. Et ce marché devrait s'élever à 120 ou 150 millions d'euros cette année, soit un quasi-doublement, pronostique François Carbone, co-fondateur de la plateforme d'investissement en capital Anaxago, dont les 30.000 membres ont investi un total de 7 millions d'euros dans 23 entreprises, depuis son lancement, en 2012.

"Une croissance à faire pâlir d'envie"
"Le financement participatif en France bénéfice d'une croissance à faire pâlir d'envie", estimait déjà en mars Arnaud Poissonnier, fondateur de la plateforme Babyloan, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. Le patron de Babyloan estime ainsi le potentiel global de collecte à 6 milliards d'euros environ, d'ici à 2020. Ce qui, en se basant sur les chiffres du Royaume-Uni, où près du tiers du crowdfunding est dédié au financement des entreprises, permettrait aux PME françaises de disposer de 2 milliards d'euros d'ici à 2020. Un montant qui n'a plus rien d'anecdotique.

D'autant que le crowdfunding n'a pas vocation à se substituer au financement bancaire. "Il ne s'agit pas de faire du financement contre les banques, mais à côté des banques", insiste Hubert de Vauplane. Et d'expliciter :

"Lever 500.000 euros grâce au crowdfunding représente un atout non négligeable pour une PME qui s'apprête à solliciter un financement complémentaire auprès de sa banque."

complémentaire des banques
De fait, le crowdfunding sert principalement à financer la recherche et développement (R&D) et autres dépenses préalables à la création d'une société. Cette phase risquée de l'amorçage, qui n'était déjà pas la tasse de thé des banques et qui le sera de moins en moins en raison des nouvelles contraintes réglementaires qui pèsent sur elles, souffre "d'une vraie déficience de financement", d'après Stéphanie Savel, PDG de la plateforme d'investissement en capital Wiseed, laquelle a permis à une quarantaine de start-up de collecter un total de près de 10 millions d'euros, au cours des cinq dernières années.

Le crowdfunding semble donc bel et bien constituer une véritable source de financement alternative pour les TPE et PME. Mais il n'est pas que cela. Il permet aux entreprises de fédérer autour d'elles une communauté de clients, de collaborateurs, de fournisseurs. Surtout, parce que les start-up doivent présenter leur business-model, leur produit ou leur service à la foule des particuliers afin de convaincre ces derniers de les financer, "le crowdfunding permet d'effectuer un premier test du marché." Et ce n'est pas le patron d'une plateforme de financement participatif qui le dit, mais... une banquière, Marie-Claire Capobianco, directeur des réseaux France de BNP Paribas.

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