L'image du jour: des Algériens envahissant le stade à Genève après le match à incidents entre l'Algérie et la Roumanie. Sur le net comme dans les têtes, cette image a provoqué la honte. Une honte intime, sale, impossible à laver par le désintéressement. S'y résumait un peu ce que l'on éprouve au spectacle de sa nationalité, tout les jours, dans les rues, les ruelles, les cages d'escalier, les files d'attente, les administrations et le reste du pays. Ces spectateurs en forme de criquets venaient majoritairement du pays voisin, la France, de ses cités et zones de réclusion identitaire, mais ils nous concernaient. Ils sont les enfants éparpillés de notre nationalité, ils sont l'image du pays, ils sont l'enfantement de ce que nous avons fait ou refusé de faire. Un Chinois se comporte comme la Chine. Un Malaisien comme la Malaisie et un Algérien, de souche ou de racine, se comporte comme son pays d'origine ou de nostalgie.

L'image a hanté le chroniqueur pendant des heures. C'est celle de la nouvelle génération d'Algériens, de leur conception du monde, née de la gratuité, du pétrole, de l'hélium de la vanité et de l'encanaillement. Il y a un effet direct entre l'encanaillement politique, le FLN « dobermans », la corruption et l'insolence, et cet envahissement de stade. Voyez ces nouveaux Algériens aux feux-rouges et aux ronds-points, leur façon de tenir le volant, leurs yeux durs et carnivores, leur sans-gêne à bousculer et ne rien respecter des politesses de l'attente ou de la proximité. Leur ton railleur face à l'homme qui fait des efforts, face à l'honnêteté ou aux règles.

On comprend très vite que, nées du pétrole et de la débrouillardise comme stratégie de vie, ces générations n'en respectent pas les lois, non pas par plaisir de les enfreindre mais, pire encore, parce qu'elle ne conçoivent même pas pourquoi les lois existent. Quel est leur sens et leur utilité au-delà de la contrainte ? L'image la plus proche, pour le chroniqueur, même si elle heurte, c'est celle d'une « Lybisation » : croisement entre le bigotisme, la vanité du nationalisme, l'oisiveté, le machisme avec les femmes, la religion, l'idéologie tribale et le sentiment que tout est gratuit, absurde et possible et corruptible et qu'il n'y a pas de lois. Les Algériens, beaucoup, à Genève dans un stade, en France, ici, a côté ou dans la ville ou à vos côtés, se comportent avec cette insolence qu'avaient les fils de Kadhafi dans le reste du monde, les mêmes coiffures, hideurs, effronteries et insultes dans les yeux.

D'où nous viennent ces héritiers ? De l'école de Benbouzid. De la génération Echourouk. De l'argent gratuit et sans effort. Des cheikh Chemssou et Belahmar. Du discours politique qui préfère négocier avec un émeutier plutôt qu'avec un militant. Du spectacle du FLN, ses redressements, ses listes, ses élus bas de gamme, ses patrons et l'encanaillement généralisé apporté à l'histoire, au passé et au présent. Cette génération est née de la guerre des années 90 et de ses conséquences sur l'ordre, les hiérarchies de la valeur ou de sens. Génération de la réconciliation abusive, de la justice détruite et de la valeur de l'effort recluse dans la case de la naïveté. C'est la génération du pétro-populisme qui, un jour, finira en milices à la libyenne quand le régime sera fauché et pauvre et sans argent à distribuer.

Les images du stade de Genève font honte par ce qu'elles sont le réel, notre reflet, le renvoi du visage au miroir, notre échec et notre sort. C'est ce qu'on tente d'ignorer des siens et de ses proches et de soi, en discutant éternellement du régime, de la révolution, de la démocratie, des réformes ou des plans quinquennaux. La faute au régime ? Trop facile. Ce régime n'est qu'une partie de ce peuple, avec un peu plus d'argent, de pouvoir. C'est ce peuple qu'il faut changer. Encore une fois. Et par autre chose que la condescendance ou la cécité ou l'angélisme.


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