Arrivée demain à Alger de Laurent Fabius à la tête
d’une importante délégation de patrons. Parmi eux, le
nouveau boss de …
Fagor Brandt !

Ca va finir par boguer ! Impossible, autrement ! On ne peut pas faire la chose et son total contraire tout le temps, longtemps. Y a un moment où, du fouillis de câbles et de fils multicolores qui sortent de la boîte à outils rouillée de Abdekka vont jaillir des étincelles, et va se produire le court-circuit. Je m’explique. Tu ne peux pas nommer une moderniste acharnée à l’éducation, lui confier la mission de dératiser le secteur des rongeurs à poils et à khôl qui y ont niché et en même temps laisser traîner des graines de fanatismes dans les caves du même secteur et du même ministère et des académies, graines dont se nourrissent ces rats. On ne nourrit pas ceux qu’on combat. On ne prolonge pas la vie de ceux qu’une générale d’armée républicaine a été chargée d’éradiquer. Autre exemple. Tu ne peux pas mener des opérations commandos conjointes avec les armées américaines et françaises en territoire libyen pour en finir avec Aqmi et consorts, et dans le même temps, confier à Ouyahia la tâche d’inviter et d’écouter religieusement les propositions des gens du FIS, du GIA et de l’AIS sur la future Constitution algérienne. Autre exemple. Tu ne peux pas afficher avec marqueurs gras et gyrophares tournoyant à plein régime ta volonté de lutter contre la corruption et les crimes économiques et, dans le même temps exfiltrer ton pote Khelil, lui faire prendre la poudre d’escampette, une poudre dorée à souhait. Tu ne peux pas parler d’une Algérie à laisser propre aux générations futures, et, dans le même temps, livrer à concessions de forages par fracturation ton Sud et son gaz de schiste aux Français et aux Américains. Tu veux encore un autre exemple ? Pas de problème, en la matière, il n’y a vraiment pas pénurie. Tu ne peux pas évoquer des problèmes de rationalité dans la gestion du budget, de rigueur et de tenue des comptes lorsqu’on te dit que les hôpitaux sont devenus des mouroirs qu’il s’agit de transformer vite fait en lieux de vie et de sauvetage, et dans le même temps te faire construire une méga mosquée à la gloire de ta folie pharaonique. C’est intenable cette suite arithmétique de contradictions mortelles. Va y avoir masse, forcément. Le jour. La nuit. Le yin. Le yang. Le kamis. La mini-jupe. La démocratie. La dictature. Les doctrines économiques maîtrisées. Le trabendo. Le marché couvert. Le marché sauvage et informel. Le paiement par chèque. La chkara. La liberté d’expression. L’interdiction des rassemblements de plus de deux personnes. La diversité culturelle et civilisationnelle. La muselière sur tamazight. La carotte. Le bâton. A un moment donné, cette bouillabaisse-là va faire sauter le couvercle de la marmite. Et je ne donne pas cher alors des murs de la maison Algérie ainsi éclaboussés. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.