La Dclaration de Berne rclame une autorit de surveillance du march des matires premires, comme pour celle des marchs financiers.


La Dclaration de Berne est une ONG suisse. Et elle est taraude par plusieurs interrogations dont celle-ci : comment expliquer que 300 millions de personnes vivent dans la misre dans des pays riches en matires premires, alors que le minuscule canton de Zoug, en Suisse almanique, croule sous les milliards de francs suisses* (1 Franc suisse = 0.8291) ? Faut-il le prciser ? En dehors de son lac et de la curiosit architecturale de son centre-ville, Zoug ne dispose d'aucune ressource naturelle. La rponse ? Ben, grce d'invraisemblables manipulations comptables tolres par la communaut internationale.

L'utilisation de tours de passe-passe d'une grande ingniosit

Comment a se passe ? La socit, qui exploite des matires premires au Congo ou en Zambie, prtend ne raliser que des pertes. Du coup, elle s'abstient de payer des impts. Derrire, elle revend sa production l'une de ses filiales enregistre dans un paradis fiscal cariben. Celle-ci fourgue la marchandise une autre socit du groupe. Celle-ci est en Suisse dans des cantons la fiscalit particulirement douce, comme Zoug. Rsultat, des entreprises inconnues du grand public, comme Glencore, Trafigura ou Vitol, peuvent raliser des chiffres d'affaires suprieurs ceux de Nestl. C'est dire... Alors que la Suisse est surtout connue pour ses banques, elle est aussi devenue le numro 1 mondial du ngoce des matires premires dont elle s'adjuge 20% du march mondial. Elle devance donc Londres, ce qui n'est pas rien.

Le procureur Dick Marty, un alli prcieux de La Dclaration de Berne

Compar un trader, un banquier passe pour un incorrigible bavard. Discrtement, un demi-millier de socits installes Genve, Lausanne et Zoug brasse des milliards de francs suisses, sans le moindre contrle. La Dclaration de Berne, une ONG suisse trs active dans la lutte contre les ingalits, vient de rclamer la cration d'une autorit pour rguler le secteur suisse des matires premires. Cette autorit, baptise Rohma, pour Rohstoffmarketausfsicht Schweiz, est calque sur l'autorit suisse de surveillance des marchs financiers, la Finma.

Pure utopie? Pas tout fait. L'ancien procureur Dick Marty, rappelle dans le quotidien suisse Le Temps, "Sur le secret bancaire, je disais dj comme jeune procureur qu'il fallait faire attention aux milliards qui entraient en Suisse, car cet argent n'tait pas toujours propre. On m'accusait l'poque d'tre un tratre la patrie". Dick Marty est le parrain de la Rohma, qui compte galement parmi ses membres Mark Pieth, spcialiste de la lutte anti-corruption et professeur de droit pnal, et Monika Roth, experte en compliance et professeure en droit des marchs financiers.

Sa volont d'assainissement n''emporte pas l'adhsion des ngociants

Un beau cocktail de comptences accompagne donc l'ONG suisse La Dclaration de Berne. Dans un communiqu, celle-ci affirme que les pays riches en ressources naturelles "souffrent d'une corruption endmique, d'ingalits persistantes et de conflits", et que la Suisse, principale mondiale du ngoce, "contribue de manire significative la maldiction des ressources". Selon cette ONG, une rglementation "ne drangera que les socits qui ne se comportent pas bien et renforcera celles qui agissent correctement, dans l'intrt de notre conomie et de notre pays". En clair, mieux vaut rguler le ngoce des matires premires, plutt que d'attendre et d'tre contraint d'agir sous la pression de l'tranger. l'image des banques suisses forces aujourd'hui d'abandonner le secret bancaire sous les coups de boutoir de la justice amricaine.

Dans La Tribune de Genve, Stphane Graber, secrtaire gnral de l'Association des ngociants de Genve (GTSA) rpond que ce projet n'a rien de neuf et qu'il "illustrerait mme une mconnaissance de la part de La Dclaration de Berne des rglementations existant dans le secteur du ngoce des matires premires". Il avance que d'"ajouter une couche administrative supplmentaire ne rglera pas l'origine des problmes touchant nos mtiers et qui se situent majoritairement dans certains pays sous la forme de problmes de gouvernance, de trafics locaux ou de conflits internes".

C'est nier que s'il existe incontestablement de la corruption dans le tiers-monde, la responsabilit de la cration de ces socits financires bidons relve bien de la complicit de la finance occidentale

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