Les experts sont unanimes, la politique économique menée jusqu’à présent a échoué. D’où l’urgence de passer à un autre mode opératoire basé sur la rigueur et la transparence dans le plan quinquennal 2015-2019.


Economistes et opérateurs économiques mettent en effet en garde contre la répétition des erreurs commises lors de l’exécution des programmes précédents. Une situation qui s’est soldée par des retards de réalisation et des surcoûts dans plusieurs secteurs, comme en témoignent les affaires de corruption et les scandales qui ont éclaté lors du dernier quinquennat.

«Si on juge la politique économique menée jusqu’à présent par le taux de croissance et le développement de la production nationale, on doit avouer que l’objectif n’a pas été atteint, et que la politique menée a échoué», nous dira à ce sujet Ahmed Lateb, consultant et expert en industrie. «La croissance du Produit intérieur brut (PIB), n’a jamais dépassé le chiffre de 3% sur les dix dernières années. Par ailleurs, le secteur industriel public, qui a bénéficié d’un soutien continu de l’Etat avec de nombreuses recapitalisations de plus 1200 milliards de dinars, représente aujourd’hui moins de 5% du PIB hors hydrocarbures», poursuivra-t-il, avant d’avertir : «Ce soutien sera difficile à assurer les prochaines années.» Analysant la dernière sortie du chef de l’Etat lors du Conseil des ministres du 26 août, M. Lateb parlera «d’un revirement de la politique économique dictée par l’évolution des comptes de la nation» depuis l’amorce de la baisse de la production pétrolière.

Cependant, il semble difficile de l’avis de M. Lateb d’atteindre les objectifs tracés, du moins pour l’exercice 2015. «Si on revient aux hypothèses budgétaires retenues pour l’exercice 2015, on est forcé de constater qu’elles ne reflètent pas la réalité économique du pays. Le gouvernement retient une hausse des dépenses de fonctionnement de l’Etat de 5,4%, une inflation de 3% et une croissance hors hydrocarbure de 4,2%.

Se fixer comme objectif de limiter la hausse des dépenses de fonctionnement à 5,4%, soit 2,4% après inflation, reviendrait à un quasi-gel des dépenses publiques», expliquera t-il. Pourquoi ? «Les revendications salariales des différentes catégories du personnel public, le changement récent du code du travail, et la création de plus de 50 000 postes vont certainement conduire à un dérapage des dépenses de fonctionnement», avisera-t-il. Et d’ajouter dans un autre sillage : «Pour ce qui est de l’hypothèse d’une croissance de 4,2% du PIB hors hydrocarbures, le pays n’a simplement jamais réalisé une telle performance».

Et pour cause, comme ne cessent de le constater les organisations patronales et les experts, les freins persistent. «Notre économie souffre de freins structurels qui l’empêchent d’atteindre tout son potentiel de croissance qui devrait se situer autour de 8%, compte tenu de l’ampleur des investissements d’infrastructures et du dynamisme de la consommation de notre marché intérieur», estime notre consultant rappelant la faiblesse du secteur productif privé, la faible valeur ajoutée dégagée par les entreprises publiques, la difficulté d’accès au foncier et au financement, la bureaucratie et le poids de l’informel qui ne fera qu’augmenter avec la pression fiscale, selon Ahmed Lateb.

«La décision d’augmenter le taux d’impôt de 19% à 23% pour les entreprises du secteur de production est une contre-mesure qui remettra en cause l’attrait de notre pays pour l’investissement étranger, finira d’achever le secteur privé productif algérien, et laissera ainsi la place à l’explosion des importations en fragilisant davantage le pays», notera encore notre interlocuteur. Ce dernier jugera incertaines les hypothèses de recettes (hausse de 11,6%) du budget de 2015. Un budget «qui n’aidera pas à améliorer les comptes de la nation».

Difficile donc de préserver la santé financière du pays dans de telles conditions. D’où la nécessité de relancer le secteur productif national à travers des mesures concrètes. M. Lateb citera, à titre d’exemple, la dépénalisation de l’acte de gestion pour redynamiser le secteur public, et l’amnistie fiscale couplée à la bancarisation des transactions financières pour pousser les opérateurs évoluant dans l’informel à revenir dans le formel. Mais faudrait-il, préconise l’expert, conclure un pacte avec les entreprises pour réussir un tel plan

EL WATAN