Le Petit Journal” de Canal Plus a fait de Canal Algérie sa tête de Turc. Il faut reconnaître que la chaîne satellitaire nationale prête complaisamment le flanc. Déterminée à remplir sa mission consistant à présenter un Président plus en forme qu’il ne l’est, elle innove en termes d’astuces pour offrir à son public l’image d’un chef d’État en possession de ses moyens physiques.

Cette fois-ci, l’émission s’est intéressée à la manière dont le journal de Canal Algérie a rendu compte de l’audience accordée par Bouteflika au président du mouvement tunisien Ennahda, Ghannouchi, démontant les grossiers montages auxquels notre télévision d’État s’est joyeusement adonnée. On y apprend encore que l’Unique a recouru à un audacieux subterfuge : intercaler, entre les plans larges d’actualité, des plans serrés tirés d’un journal télévisé de janvier dernier !

Bien sûr, le quidam qui regarde Canal Algérie dans sa chaumière ou du fond de son exil, n’a pas la vigilance du professionnel averti des procédés manipulatoires de télévisions de pouvoir. C’est donc en toute confiance qu’il s’est concentré sur “l’information”, sans remarquer que le bouquet de fleurs avait changé de couleur et que le mur nu s’était transformé en rideau selon que le plan était large ou serré. Se contentant de noter, grâce à ces plans antidatés, que le Président conversait en agitant machinalement sa main droite.

Après tout, c’est ce citoyen confiant qui intéresse et auquel s’adressent la communication officielle en général et l’ENTV en particulier. Que l’auditoire de Canal Plus s’esclaffe devant son bricolage propagandiste ne l’importune apparemment pas outre mesure, puisque “le Petit Journal” est devenu un habitué de l’exploitation badine de son œuvre. Mais ce faisant, il nous renvoie l’image — c’est le cas de le dire ! — navrante d’un pays à la peine dans sa volonté d’imposer l’idée d’un chef d’État en bon état de santé. Or, le citoyen n’en est plus là : ceux qui ont imposé le quatrième mandat l’ont fait en connaissance de cause et pour les raisons qui les regardent, eux et eux seuls ; les autres, soit ils ont pris acte du fait accompli devenu possible du fait de leur impuissance à influer sur les choix nationaux, soit ils se sont définitivement rangés dans la masse silencieuse ayant appris à se débrouiller dans un système qui compense son illégitimité par sa prodigalité.

Sans attendre les commentaires du “Petit Journal”, tout le monde convient, à voix audible pour certains, en silence pour beaucoup d’autres, de l’aberration de la situation. Et tout le monde convenant aussi, de la difficulté à justifier ce quatrième mandat au regard des standards minima de la République et de la démocratie. Mais, comme on fait son lit on se couche, dit le proverbe. Et c’est, justement, ce malaise de devoir défendre ce choix incompréhensible qui pousse nos institutions à faire feu de tout bois pour prouver l’activité effective du Président.

Un malaise aggravé par les commentaires railleurs que certains observateurs nous infligent de temps à autre.

Nul doute qu’avec un ministre de la Communication manifestement féru de professionnalisme journalistique — pas seulement quand il s’agit de presse écrite et privée, pensons-nous — ces procédés de communication totale, vains et surannés, vont bientôt nous être épargnés.

Mustapha Hammouche-Liberté