"La chute du régime" comme slogan ou "dégage" comme mot d'ordre de la contestation politique, copié des protestations dites du "printemps arabe", n'ont pas gagné du terrain en Algérie. Trois ans après, les mêmes acteurs politiques appelant au départ du régime continuent de croire qu'une construction d'un rapport de force dans la société pour le contrecarrer est possible. Pire, ils considèrent cette option comme seule et unique voie menant vers le changement en Algérie.

L'exemple le plus édifiant de l'échec de la stratégie de la confrontation avec le pouvoir sont les actions de la CNCD (Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie). Née en 2011, dans la foulée des soulèvements au Maghreb et au Moyen-Orient, cette coordination, composée au départ de quelques partis politiques de l'opposition et des membres de la société civile, voulait sortir les algériens dans la rue afin de renverser les rapports de force politique en faveur du départ du régime d'Alger.

Force est de constater qu'après quelques tentatives de marcher à Alger, ni la Coordination a survie, ni la dynamique de contestation n'a duré. Les analyses se sont multipliées pour expliquer cet échec. Les uns l'expliquent par l'immaturité de l'opposition due à son incapacité de se rassembler, alors que d'autres le lient aux traumatismes des années 90.

En fait, la réalité des rapports de force sur le terrain est largement en faveur du régime.

La preuve, juste après les protestations de janvier 2011, le pouvoir a procédé à des augmentations des salaires des travailleurs avec un effet rétroactif permettant aux algériens de bénéficier un peu plus de la rente et au régime d'une paix sociale au moins à moyen terme.

Cet exemple comme tant d'autres démontrent à quel point le pouvoir dispose d'atouts pour survivre du moins pour quelques années encore. Aujourd'hui, la CLTD (Coordination pour la Liberté et la Transition Démocratique) agit dans le même esprit.

Cette nouvelle Coordination de partis politiques dont le RCD et le MSP constituent le noyau dur rappelle curieusement leur position des années 90. En 1995, les deux partis ont participé aux élections présidentielles donnant ainsi une crédibilité à un processus de légitimation du pouvoir de fait de la junte militaire à l'époque.

En 1999, avec l'arrivée de Bouteflika, les deux formations politiques intègrent le gouvernement du président fraîchement élu avant de le quitter en 2001, pour le RCD, et en 2013 pour le MSP.

En 2014, et en dépit de leurs divergences idéologiques, ils mènent un combat commun pour imposer une transition démocratique au régime.

À la lecture des dernières déclarations de ces partis dans la presse nationale, ou à l'observation du déroulement de la conférence de l'opposition du 10 juin dernier, il ressort que les animateurs de la coordination comptent toujours faire pression sur le pouvoir, mais sans en définir les moyens, pour arriver à concrétiser la transition démocratique à laquelle ils appellent depuis des mois déjà.

Une question se pose d'elle-même: Quels sont les moyens de pression dont dispose la Coordination?

Compte tenu de l'implantation des partis politiques algériens de l'opposition, leur électorat ne constitue pas une masse capable de défier la clientèle du pouvoir. Tandis qu'en termes de mobilisation populaire, le pouvoir lui-même avec tous les moyens dont il dispose n'est pas en mesure de mobiliser la population.

En ce qui concerne l'opinion publique, elle est largement tributaire et à la merci des grands titres de la presse écrite et des chaînes privées, qui sont gérés par des groupes occultes au service du pouvoir. Que reste-t-il, alors, comme moyen de pression pour la CLTD afin d'imposer ses choix politique au pouvoir?

La seule chose qui peut sauver l'action politique de l'opposition et par conséquent le pays d'éventuels drames disloquant à jamais la société algérienne est de trouver une entente entre l'opposition et le pouvoir afin de sortir l'Algérie de la crise qui n'a que trop durer.

Cependant même sur ce point, la CLTD n'est pas crédible, ni sur le plan national ni sur le plan international. Le pouvoir se souvient qu'il s'est toujours servi des partis politiques composant cette coordination pour passer ses plans qui se sont avérés finalement insuffisants même pour sa survie.

Le peuple également n'a pas encore oublié la responsabilité du RCD ou du MSP dans les crises multiples qui ont secoué l'Algérie depuis plus de deux décennies.

Indépendamment de la pertinence des options actuelles sur la scène politique nationale, le FFS reste le seul parti qui a suscité une réaction plus au moins positive de la part du pouvoir.

En effet, Ahmed Ouyahia, Chef de cabinet du président de la république et ministre d'État a déclaré lors de sa dernière conférence de presse, qu'il était favorable à la participation des partis au pouvoir à la conférence nationale du consensus que compte organiser le FFS prochainement.

La crédibilité d'une démarche politique se mesure par la crédibilité de son initiateur. Le FFS est assez crédible pour que son initiative autour de la reconstruction d'un nouveau consensus national soit prise au sérieux par le pouvoir, la classe politique et la société.

huffpostmaghreb