Le chef de l’Etat - ou ses plumes - a profité de la journée du Moudjahid pour distiller quelques banderilles par-ci par-là.

Bien sûr le message comme tous les précédents depuis son hospitalisation au Val-de-Grâce à Paris sont lus par une tierce personne. Car Bouteflika ne peut plus s’adresser directement aux Algériens. Les quelques mots qu’il a dû prononcés sont principalement ceux devant Mourad Medelci, président du Conseil constitutionnel lors du dépôt de sa candidature à la mascarade électorale du 17 avril.

En bon "survivant" du printemps arabe, Bouteflika garde évidemment un très mauvais souvenir de cette vague de rébellion qui a emporté sur son sillage une tripotée de dictateurs. Aussi, le chef de l’Etat n’aime pas ces bouleversements. C’est vrai qu’il doit se sentir seul depuis la disparition de quelques potentats avec lesquels il avait plutôt de bons rapports. Même si ces révolutions n’ont pas débouché sur des situations politiques stables pour le moment, n’en déplaise à Bouteflika, sans Moubarak, Kadhafi ou Zine El Abidine Ben Ali, le monde ne peut être que meilleur.

Bouteflika estime donc dans son message que la révolution du jasmin ou celle des Libyens sont des "complot" et de « tempêtes préfabriquées ». Ces deux pays apprécieront la perspicacité du président.

Bouteflika ne croit donc pas aux révoltes populaires car estime-t-il, "l'attachement à la citoyenneté relève d'un défi qui résiste aux tempêtes fabriquées visant à anéantir ce qui a été édifié par les sacrifices et souffrances des peuples. Il ne s'aurait y avoir de liberté, ni dignité, ni égalité sans un pays libre, uni et souverain où tous les complots seront déjoués". Dans ce message, il parle de "semeurs de discorde", mais fait mine sciemment d'oublier les raisons objectives qui ont poussé les peuples de Tunisie, Libye ou d'Egypte à se révolter.

Bouteflika parle de liberté alors qu’il a mis sous le boisseau l’expression de la diversité et de l’opposition depuis 15 ans. Il a proscrit tout débat politique contradictoire et interdit aux syndicats indépendants et partis de se réunir. Le sens de la formule y est mais avec moins de sincérité.

Quelques lignes plus loin, il évoque les vertus du dialogue. Manifestement le président a la mémoire sélective, voire courte. Car ce même dialogue qu’il loue ici, il le maltraite dans les faits. Exemple ? Celui sur la réforme de la constitution qu’il a décidé de son propre chef, comme d’ailleurs celle de 2008 qui lui a permis de se maintenir au pouvoir pour la vie. Sous Bouteflika, le dialogue a toujours viré sous son règne au monologue. "Nous avons aussi opté pour le dialogue et la politique de bon voisinage avec tout le monde sans l'immixtion dans les affaires internes des Etats. L'Algérie continuera ses démarches pour arrêter l'hégémonie, l'effusion de sang et le démantèlement des régimes car la stabilité et la sécurité de notre pays sont tributaires de la stabilité du voisinage, du développement et de la prospérité".

Au passage, Abdelaziz Bouteflika lance quelques fléchettes en direction de Mohammed VI, roi du Maroc et donne quelques leçons d’histoire au monarque. Il lui rappelle notamment que si le Maroc a obtenu son indépendance c’est grâce aux sacrifices du peuple algérien. Là aussi, le Maroc qui a pourtant accueilli les bataillons du clan d’Oujda appréciera la remarque et l’oubli de la solidarité passée. L'événement de la commémoration de la journée du moudjahid était-il le moment opportun pour faire une sortie aussi polémique ?

Ce message qui contient aussi en partie une adresse à Mohammed VI ne fera certainement pas réchauffer les relations très glaciales de nos deux pays depuis quelque temps.


Yacine K. (Le Matin dz )