Elon Musk, P-DG de l'entreprise qui a révolutionné la voiture électrique, a décidé de laisser ses concurrents utiliser ses brevets. Génial.

Le message d'Elon Musk : une entreprise qui ne vit que de ses brevets n'innove plus et est condamnée à mort.

"Tesla a fait quoi... !?" De Forbes à The Economist en passant par Bloomberg, la presse économique n'en est pas revenue. Par un bref communiqué sur son site, Tesla a récemment annoncé qu'elle ne poursuivrait pas les entreprises qui utiliseraient ses brevets de bonne foi, en particulier ses concurrents !

Tesla, c'est cette entreprise qui a bouleversé l'automobile électrique. Lancée par Elon Musk, le cofondateur de PayPal et P-DG de SpaceX, qui avait fui l'Afrique du Sud pour ne pas servir dans l'armée de l'Apartheid, elle a su rendre l'électrique à la fois sexy et rentable en dix ans à peine. Grâce à de géniales manoeuvres technologiques, managériales, industrielles et stratégiques. Mais, avant tout, parce que Musk adore son métier et qu'il sait très bien le faire. "À la même époque, Renault pensait sincèrement que la voiture électrique serait destructrice de valeur pour l'actionnaire", confie un consultant français. Partie d'un garage où des geeks essayaient de faire une voiture en empilant des batteries d'ordinateur, Tesla vaut aujourd'hui plus que PSA...

La disruption ou la mort ! Musk a l'air de brûler ses navires, mais il a en fait tout compris, car si le suiveur suit les manuels, le leader les écrit. À la Patton : "Un Bon Dieu d'idiot a écrit un jour qu'il faut protéger ses flancs. Depuis, tous les fils de p... du globe ont protégé leurs flancs. Je ne suis pas d'accord. Mes flancs sont le problème de l'ennemi, pas le mien. Et avant qu'il les ait trouvés, je lui aurai coupé la gorge."

Panache et génie

À peu de choses près, voici ce qu'a dit Elon Musk : "Si une entreprise dépend de ses brevets, c'est qu'elle n'innove pas ou alors qu'elle n'innove pas assez rapidement." Quel panache ! Et le panache paie : au Nasdaq, le cours de Tesla n'a pas bougé à cette annonce. Au fait, d'octobre 2012 à août 2014, le titre avait gagné... 765 %. Quelle entreprise française, ou même européenne, pourrait en dire autant ? Quand un patron du CAC a-t-il mérité le titre de disruptif pour la dernière fois ? Vous pouvez chercher... longtemps.

Alors que les grands groupes technologiques, tels Samsung et Apple, multiplient les plaintes les uns contre les autres pour violation de brevets, Elon Musk a compris qu'il fallait laisser les manuels aux pays émergents. Le temps qu'ils deviennent compétitifs, il en aura écrit d'autres. C'est pour signifier ce destin à ses troupes que Tesla a pris cette décision, qui s'inscrit dans une stratégie bien plus vaste, celle qui a amené l'entreprise à offrir la recharge gratuite à vie à ses clients (le plein gratuit à vie, oui !).

Musk sait qu'une entreprise, comme un être humain, n'a jamais pire ennemi qu'elle-même, et que l'ego est le premier destructeur de valeur. Plus que du panache, l'initiative pacifie donc l'ego de Tesla, et sur le plan managérial, l'idée est géniale. Certaines sources averties murmurent déjà que lorsque Apple sera tenue par les financiers et qu'on n'y gouvernera plus que par le bas de bilan, Musk en sera le sauveur idéal...

Par Idriss. J. Aberkane
Le Point