MOSCOU, 25 août - RIA Novosti


La dépendance énergétique des pays européens envers la Russie est forte dans le domaine des hydrocarbures, mais aussi en matière de combustible nucléaire, écrit lundi le quotidien RBC Daily.
Comme le rapporte le Financial Times, la corporation américaine Westinghouse pousse Bruxelles à créer de nouvelles règles de concurrence pour remédier aux menaces à la sécurité énergétique dans le domaine des centrales nucléaires.
Dans l'ensemble, les centrales nucléaires européennes dépendent des fournitures de combustible russe - pour plus d'un tiers. Si Bruxelles s'engageait dans une réduction significative de sa dépendance énergétique envers la Russie, un important marché d'écoulement s'ouvrirait pour d'autres fournisseurs. Westinghouse, le plus grand producteur de combustible nucléaire (entreprise du groupe japonais Toshiba), est intéressé par cette diversification. "Ce n'est qu'une question de sécurité des approvisionnements, car les Européens n'ont pas d'autre fournisseur. Pour les entreprises qui dépendent entièrement du combustible russe, cela devient un jeu trop dangereux", résume le vice-président de Westinghouse Michael Kirst.
Selon ce dernier, la nécessité de diversifier les fournitures ne découle pas uniquement de la "guerre de sanctions" actuelle, mais aussi de divers obstacles techniques à la livraison de combustible. A l'heure actuelle, le problème pour Westinghouse est que la compagnie ne produit plus, depuis 2007, de combustible convenant aux réacteurs russes à eau pressurisée VVER-440. La direction de la compagnie se dit prête à relancer sa fabrication, mais la reprise de la production d'un tel combustible pourrait prendre près de deux ans.
Dès à présent, Westinghouse appelle l'Union européenne à rédiger un document sur la sécurité des approvisionnements, qui pousserait les compagnies énergétiques d'Europe de l'Est à diversifier les ressources d'hydrocarbures. A titre d'exemples réussis, la compagnie cite la France et l'Ukraine.
De plus, début août, le Wall Street Journal a annoncé un accord entre Westinghouse et le gouvernement bulgare pour la construction d'un nouveau réacteur dans la centrale Kozlodouy, d'une puissance de 1 000 MW. La compagnie américaine détiendra 30% de la compagnie d'étude et supervisera également l'ingénierie et la livraison du combustible.
Bien que Westinghouse tente de s'engager dans l'expansion sur les marchés des pays européens postsoviétiques, le Financial Times souligne que "les barres de combustible des réacteurs dans ces pays sont conçues selon un modèle soviétique et ne sont pas interchangeables avec des analogues étrangers". C'est pourquoi, sur le plan technique, les pays d'Europe de l'Est dépendent toujours des composants russes. De plus, le combustible nucléaire russe est largement moins cher que celui produit en Occident.
L'Europe ne dépend pas fortement de l'uranium naturel russe: en 2013 elle n'en a importé que 18%, sachant que le Kazakhstan et le Canada ont assuré 40% des fournitures. La dépendance européenne envers le combustible russe fini est plus importante: en 2013, le fournisseur russe TVEL a livré en UE 36% d'uranium enrichi pour les centrales nucléaires.
Quatre pays européens – la Bulgarie, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie – dépendent à 100% des assemblages combustibles de TVEL pour les réacteurs VVER conçus selon les technologies russes. De plus, en Finlande, deux des quatre réacteurs en fonction sont d'origine russe.
Selon la Commission européenne, 18 réacteurs européens dépendent des services russes – deux en Finlande, deux en Bulgarie, quatre en Hongrie, autant en Slovaquie et six en République tchèque. Mais la Russie aspire également à entrer sur le marché du combustible nucléaire pour les réacteurs occidentaux de type PWR. "Cela pourrait accroître la dépendance de l'UE envers les fournitures russes de combustible nucléaire si des mesures d'assouplissement n'étaient pas adoptées", avertissait la Commission européenne dans son rapport de juin.