Mardi 22 décembre était jour de grand oral pour Benkirane à la Chambre des représentants… Il a profité de cette occasion pour dévoiler les grandes lignes de son gouvernement en matière de réforme des retraites. Il a ainsi affirmé que les départs à la retraite se feront graduellement, pour atteindre l’âge de 63 ans dès 2019. Le projet de réforme sera introduit dans le circuit législatif incessamment et entrera en vigueur dès le 1er janvier 2017.
La réforme se fera par étapes, a explique le chef du gouvernement, mais les départs à la retraite commenceront à 61 ans dès 2017, puis à 62 ans en 2018, pour arriver aux 63 ans dès 2019. Cela signifie que le gouvernement a renoncé à l’idée de départ, qui était de 65 ans. Un bilan sera effectué en 2019 pour examiner la situation des caisses de retraites qui, à l’en croire – et on le croit volontiers – sont au bord de la faillite. Pour faire passer la pilule, « amère », convient-il, Benkirane cite le cas des Allemands qui partent en retraite à 67 ans, des Portugais, des Italiens et des Irlandais à 66 ans, et des Polonais et Espagnols à 65 ans…
Benkirane, qui a insisté sur les concertations menées avec la Cour des comptes et le Conseil économique, social et environnemental, a expliqué que la réforme et les mesures l’accompagnant sont indiscutables car « le système actuel des caisses de retraites entraîneront leur faillite en 2022 en raison de l’impossibilité de verser un seul centime à ses 400.000 retraités recensés pour cette échéance ». Pour ce qui concerne les réserves, de 84 milliards de DH en 2914, elles seront nulles en 2022, sachant que la loi impose d’augmenter le taux de cotisation quand il ne reste plus que deux années de ces réserves.
Il a rappelé, avec une certaine perfidie, que les syndicats sont favorables à cette réforme, une manière de les égratigner alors qu’ils enchaînent les actes de contestation de sa politique, passant d’une marche nationale à une grève générale, avec un succès tout relatif d’ailleurs.
Le chef du gouvernement a également dit que si rien n’est fait, et pour éviter la faillite des caisses de retraites, les salariés devront rester au travail de nombreuses années de plus que ce qu’il propose. Parlant chiffres, il a dévoilé que la réforme ne peut plus attendre car le déficit des caisses de retraite est passé de 1 milliard de DH en 2014 à 3 en 2015 et sera de 6 milliards de DH en 2016. « Si cela continue ainsi, la faillite sera totale et irréversible dès 2022 et les fonctionnaires marocains devront travailler et cotiser jusqu’à l’âge de 77 ans », assène un Benkirane sûr de lui qui reconnaît que ces mesures sont certes impopulaires mais qu’il les prendra, même en année électorale.
Les parts de cotisations seront relevées de 4 points pour les patrons et aussi pour les salariés et cette augmentation s’étalera sur 4 ans. Quant à la base de calcul, autre pierre d’achoppement avec les syndicats, elle ne s’effectuera plus sur le dernier salaire perçu mais sur la moyenne salariale des 8 dernières années. En revanche, la pension minimale passera de 1.000 à 1.500 DH.