Vous voulez savoir ce que feront les islamistes de votre pays en cas d'arrivée au pouvoir, regardez vers Mossoul ! Vous feignez de croire qu'il y a de grandes différences entre un islamisme et un autre, de façon à vous rassurer, lorgnez vers leur objectif : l'État islamique. Et le califat de Mossoul n'est rien d'autre, que ce que vous promettent ses islamistes à la barbe bien taillée. Vous voulez rassurer vos femmes sur le sort qui leur sera réservé dans votre État islamique, montrez-leur, ou laissez-les regarder, des images de la manière dont Baghdadi, le khalife autoproclamé, traite les femmes d'Irak. Mais déjà, vous avez comme qui dirait un pied dans l'État islamique, pour ne pas dire tombeau, en voulant mimer leur comportement, de crainte de les contrarier. Regardez vers Mossoul, et voyez comment ils traitent ceux qui sont en position de faiblesse, à savoir principalement les femmes et les minorités religieuses ! Vous rêvez tout haut d'être un pays frontalier d'Israël, pour battre le record du million et demi de martyrs, je vous entends vous rétracter tout bas. Avec ce que nous avons vu, entendu, et lu durant cette énième guerre sur Ghaza, surtout du côté algérien, on peut se rendre compte que les émules de «Da'ech» sont parmi nous, et ils sont nombreux.
Ce sont eux qui demandent aux pays européens de leur construire des mosquées, mais qui détruisent les églises et profanent les cimetières(1). Ceux qui se mobilisent pour Ghaza, en pensant d'abord au Hamas, sont de la même trempe que ceux qu'ils prétendent combattre au nom d'une supériorité religieuse mal assimilée. Tous les croyants, de toutes obédiences, ont le droit de se considérer comme faisant partie du peuple élu, de l'élite aimée de Dieu, mais de là à s'en prévaloir pour opprimer l'autre… L'idéologie nazie n'a pas dit mieux en matière de supériorité raciale et de négation d'autrui. Grâce à la télévision, et accessoirement à la mondialisation, nous savons qu'au sein de l'État sioniste, et raciste, il y a des gens qui sont hostiles au massacre méthodique des Palestiniens, et qui le font savoir. Malheureusement, ils sont encore très minoritaires, comme nous l'ont montré les images de l'une de leurs récentes manifestations. Comme celle de cette jeune Israélienne proclamant, à l'instar du massacreur d'Indiens, Custer, qu'«un bon Arabe est un Arabe mort».
Sachant qu'elle exprimait une opinion dominante, et qu'elle appartenait à un courant majoritaire, la jeune fille a déversé un flot d'injures sur le groupe de ses concitoyens qui manifestaient contre la guerre. Prenez cette furie brune, mettez-la à la place du 1er-Mai après lui avoir recouvert la tête d'un voile, mettez-lui un drapeau d'Al-Qaïda dans la main pour faire plus vrai. Il ne vous reste plus qu'à changer arabe par juif, et à traduire les injures en insistant sur les qualificatifs de laïque et de traître, vous aurez alors une idée de ce qui unit, par-delà les rituels, les idéologies racistes. Pourquoi c'est en arrêtant alors de trouver tant de haine à Tel-Aviv, alors que nous en avons la démonstration quasi quotidienne sous nos fenêtres, et du haut de nos minarets. En dehors de ces extrêmes qui se rencontrent inévitablement, nous devons aussi à la télévision et aux réseaux sociaux de voir avec effarement le capital de bêtise, et de violence, que secrètent nos sociétés dites du juste milieu. Ces masses, crédules, et dociles à la manœuvre, n'ont rien à envier aux citoyens d'Israël, si ce n'est un niveau de vie supérieur.
Heureusement que dans l'Histoire, il y a un exercice encore plus difficile que celui qui consiste à jouer à la marelle sur un drapeau israélien, c'est d'être plus arabe que les Égyptiens(2). Ces derniers, sous le feu des critiques et des accusations de traîtrise, malgré tout ce qu'ils ont donné à la cause palestinienne, s'interrogent aujourd'hui sur la versatilité des opinions arabes. C'est un très vieux et très récurrent débat lancé en 1967 par le grand écrivain Tewfik Al-Hakim, dans le sillage de la défaite militaire de l'Égypte, et de l'occupation du Sinaï. L'idée centrale était le repli sur soi du pays par le retour symbolique à une Égypte pharaonique, et la renonciation à son rôle de leader et de rempart du monde arabe, mais le courant panarabiste a eu raison du projet. La polémique a rebondi cet été avec la crise de Ghaza, et les philippiques lancées contre le Hamas, trop proche des Frères musulmans, par certains médias. C'est le directeur et animateur de la chaîne «Les Pharaons», la bien-nommée, Tewfik Okacha, qui a été le porte-parole le plus virulent du courant «sioniste», comme l'ont catalogué ses adversaires. En fait, Tewfik Okacha n'est jamais autant à l'aise que lorsqu'il est soumis aux attaques de ses meilleurs adversaires du moment, les «Frères musulmans», qui ont fermé sa télévision sous Morsi. Le «journaliste», et ancien parlementaire, qui se dit «l'ami de Sissi», et affirme «avoir travaillé» avec lui, ou pour lui, affectionne les sujets provocateurs. C'est ainsi qu'il a organisé, juste avant le mois de Ramadhan, un débat contradictoire entre un théologien d'Al-Azhar et l'auteur, Ahmed Abdou Maher, d'un livre très controversé sur Les illusions du châtiment du tombeau. L'auteur s'est employé à développer l'argumentation principale utilisée dans son livre, en particulier qu'il n'y a aucun texte, dans le Coran ou la Sunna, qui valide la réalité de ce châtiment. Au final, les références approximatives opposées par le théologien d'appareil aux affirmations, doctes et sourcées, d'Ahmed Maher, auteur connu pour son érudition en la matière. Quelques semaines plus tard, en plein Ramadhan, notre confrère Ibrahim Aïssa revenait sur le sujet, et lui donnait plus d'ampleur, dans son émission «L'École des cancres»(3), sur la chaîne «ONTV».
De façon plus prosaïque, et plus abrupte que l'auteur du livre, le journaliste a carrément nié l'existence d'un châtiment du tombeau, après la mort. Il a qualifié de sornettes les légendes qui circulent à propos des affres que subirait le défunt dans la tombe, ajoutant qu'il n'y avait pas plus de serpents chauves, que de serpents chevelus, qui viendraient nous tourmenter sous terre. Pour lui, ce n'est qu'une invention des théologiens, avec une bonne intention au départ celle de faire peur aux croyants, pour les inciter au bien. Ibrahim Aïssa s'est demandé, au demeurant, pourquoi il y aurait un châtiment du tombeau, alors que la crainte de l'enfer est suffisamment dissuasive. En s'attaquant de front à un tel tabou, Ibrahim Aïssa encourait le risque de subir une nouvelle avalanche d'imprécations, dont celle du prédicateur Ouejdi Ghenim, qui a émis de voir la tombe du journaliste «remplie de feu, de vipères, et de scorpions». Tant qu'ils s'en tiennent aux souhaits…
A. H.
LE SOIR