En trente ans, aucun pays au monde n'a réussi à inverser la courbe de progression de l'obésité.
Le constat est alarmant. Depuis trente ans, aucun pays au monde n'a réussi à inverser la courbe de l'obésité. Au contraire, l'épidémie longtemps cantonnée aux pays développés a progressé sur toute la planète à un rythme effréné. Le taux d'obésité et de surpoids a ainsi augmenté de 28 % chez les adultes et de 47 % chez les enfants, selon une étude publiée jeudi dans la revue médicale The Lancet . Aujourd'hui, 2,1 milliards de personnes, soit près de 30 % de la population mondiale, est en surpoids ou obèse, constate l'équipe internationale de chercheurs qui a rassemblé l'ensemble des données disponibles dans 188 pays.
Plus de la moitié des 671 millions d'individus obèses de la planète vivent dans seulement dix pays: les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil, le Mexique, l'Égypte, l'Allemagne, le Pakistan et l'Indonésie. Avec 160 millions d'habitants en surpoids, les États-Unis caracolent en tête de ce palmarès. Dans les pays à revenu élevé, c'est également celui qui a enregistré la plus forte hausse de l'obésité chez l'adulte (un tiers des Américains adultes sont obèses), juste devant l'Australie ou le Royaume-Uni, où environ un quart de la population adulte est obèse.
Ralentissement?
En France, le taux d'obésité atteint 19,3 % chez les hommes et 19,7 % chez les femmes. Au cours de ces trente dernières années, la population mondiale a connu une période critique de prise de poids entre 1992 et 2002. «Mais depuis 2006, il semble que dans les pays développés la tendance soit à l'amortissement de la courbe», commente pour Le Figaro le Pr Michel Krempf, endocrinologue au CHU de Nantes. Reste à vérifier si cette note positive est conjoncturelle ou durable. Une étude de l'OCDE publiée il y a quelques jours vient par exemple de montrer que depuis 2008, en raison de la crise, les populations de 9 pays ont pris du poids.
Les fluctuations de poids d'une population sont plus difficiles à observer et à mesurer que la consommation de tabac. Mais pour les auteurs de l'étude, cette stagnation pourrait bien représenter une lueur d'espoir pour la planète. L'épidémie d'obésité pourrait être en train de marquer le pas. Est-ce que cela signifie que les pays en voie de développement vont en bénéficier? La question est posée. Il faudra d'autres études pour y répondre.
Disparités
Dans les pays riches, si la courbe de croissance marque le pas, les moyennes cachent cependant des disparités. «Ainsi en France, le gradient social de l'obésité n'est pas résolu. En consultation, nous voyons de plus en plus de formes graves chez les femmes et les enfants défavorisés», souligne le Pr Arnaud Basdevant, responsable du centre de recherche et de médecine de l'obésité à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Les politiques de santé publiques doivent tenir compte de ces inégalités. Car pour éviter les conséquences sanitaires liées à cette pandémie d'obésité, la seule solution est de la faire reculer.
Pour certains, comme le Pr Klim McPherson de l'Université d'Oxford (Royaume-Uni), l'indice de masse corporelle (IMC) doit revenir à ce qu'il était il y a trente ans. Au Royaume-Uni, cela nécessiterait une réduction de 8 % de la consommation alimentaire à travers le pays. Ce qui coûterait à l'industrie alimentaire d'environ 10,68 milliards d'euros par an

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