Par Valérie ColletMis
Le premier ministre russe Dmitry Medvedev (au centre) s'entretient avec le ministre des Transports, Maxim Sokolov (à droite), et Vadim Zingman, directeur général délégué d'Aeroflot, ce mardi.
Le gouvernement russe déclare qu'il réfléchit à une mesure de rétorsion contre les compagnies aériennes européennes. Air France et la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) jugent ces déclarations purement politiques.




Les Russes vont-ils fermer la Sibérie aux compagnies aériennes européennes? Dmitri Medvedev, le premier ministre, a brandi cette menace mardi. Il a évoqué d'éventuelles représailles contre les compagnies européennes en présence du ministre des Transports et du directeur général délégué d'Aeroflot.
Selon le quotidien économique russe Vedomosti, Moscou pourrait interdire l'utilisation des couloirs aériens transibériens aux compagnies européennes ce qui les contraindrait à des détours très coûteux. Le quotidien a chiffré à un milliard d'euros le surcoût que représenterait l'interdiction de survol de la Sibérie à Air France, British Airways et Lufthansa pendant trois mois.
Le gouvernement russe cherche un moyen de rétorsion contre l'Union européenne à l'origine, la semaine dernière, de la suspension des vols de Dobrolyot, une nouvelle low-cost filiale d'Aéroflot. Son contrat de location d'avions a été annulé dans le cadre des sanctions prises par l'UE contre la Russie et sa politique à l'égard de l'Ukraine.
En France, ni Air France, ni la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) n'accordent de crédit à cette éventuelle interdiction et jugent que le préjudice serait peut-être plus lourd pour la Russie que pour l'Union européenne.
Une route cruciale pour les compagnies européennes
Cette route est pourtant cruciale pour les grandes alliances européennes, Star Alliance, One World et Skyteam, bâties autour des trois grandes compagnies européennes. Air France et Aeroflot sont toutes deux unies au sein de Skyteam, l'alliance créée autour d'Air France-KLM. Tous les vols des compagnies européennes en direction du Japon, de la Chine et de la Corée passent en effet par la Sibérie. «S'il fallait emprunter un autre itinéraire, plus au sud, le trajet pourrait être allongé d'une heure à une heure et demie, souligne-t-on à la DGAC. Cela remettrait en question les horaires, les correspondances et même la desserte de ces destinations». Mais le survol de la Sibérie par la compagnie tricolore fait l'objet d'un accord bilatéral signé entre les deux États en 2001. Il a été complété par un accord commercial entre les deux compagnies aériennes.
Selon Air France et la DGAC, une telle mesure aurait pour conséquence l'interdiction de survol de l'ensemble de l'espace européen par Aéroflot, ce qui compromettrait sa survie. Selon Vedomosti, la compagnie russe perçoit chaque année 300 millions de dollars de droits de survol de la Sibérie. Elle perdrait cette manne et l'ensemble de ses ventes en direction de l'Occident.
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