Source: Reuters
Le président chinois Xi Jinping






Même si la Chine n'entend pas envoyer ses avions militaires pour lutter contre l'Etat islamique, son intention de participer à la coalition anti-Daesh est désormais ferme. L’ancien sous-secrétaire de l’OCS Vladimir Zakharov explique.
Jusqu’à présent la Chine maintenait une position assez distante à l’égard de la lutte contre l’Etat islamique. On pourrait expliquer cette attitude par plusieurs raisons: d’abord le désir de ne pas entrer dans une confrontation avec certains pays musulmans, notamment l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, ennemis farouches du régime de Bachar el-Assad et en même temps soutiens des groupes terroristes, mais aussi par la crainte d’attiser le facteur islamique parmi les minorités musulmanes à l’intérieur du pays, compte tenu de la présence, dans les rangs des terroristes en Syrie, de plusieurs centaines d’Ouïghours chinois.
Mais la lutte contre les terroristes de l’Etat islamique a pris une nouvelle dimension avec l’annonce par le président Xi Jinping, que son pays entendait faire payer aux «criminels» de Daesh l’«atroce assassinat» d’un ressortissant chinois, en Syrie, détenu depuis septembre dernier.
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La Chine doit s’estimer aujourd’hui bien mal payée en retour. Il lui faut désormais affronter une situation inédite pour ne pas faire pale figure dans la défense de ses ressortissants. Elle doit aussi repenser ses choix de politique étrangère et sa stratégie globale, de façon d’autant plus urgente que des Chinois figureraient aussi parmi les clients de l’hôtel Radisson pris en otages à Bamako, la capitale du Mali.
Les autorités chinoises ont, certes, l’expérience de la lutte antiterroriste. Elles ont encore annoncé la mort de vingt-huit membres d’un «groupe terroriste» au Xinjiang (région autonome de la Chine), où la minorité musulmane ouïghour cohabite difficilement avec la population chinoise de l’ethnie han majoritaire.
Ces crimes perpétrés par les terroristes avertissent la Chine qu’elle n’est plus à l’abri des actions du groupe terroriste, en dépit de son faible degré d’engagement au Moyen-Orient. Tout en condamnant les attentats perpétrés contre l’avion civil russe, en France et ailleurs, Pékin s’était gardé jusqu’ici de s’impliquer dans la mobilisation contre l’Etat islamique, non sans avoir mis son veto à l’ONU aux tentatives de la Russie, des Européens et des Américains de condamner Daesh.
Avec la décision de la Russie d’intervenir militairement en Syrie, ce serait donc la première fois qu’une opération punitive internationale associerait activement les cinq grandes puissances : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine.