A combien s’élève la valeur des marchandises écoulées au Maroc par les commerçants de Sebta ? 266 millions d’euros, précise le gouvernement de ce préside occupé. Dans une déclaration à Europa Press, les autorités de la ville ont indiqué que le commerce avec le Maroc représentait 38,2% des achats étrangers réalisés dans la ville sur les produits non énergétiques et qu’il permet la collecte de 19,1 millions d’euros de taxes indirectes, soit 34,3% de la collecte totale réalisée.

Pour Zakaria Bennani, président du Forum des économistes marocains, il est difficile de se prononcer sur ces chiffres tant que les données statistiques concernant ce sujet font défaut. «On ne sait pas sur quelle base ce chiffre a été formé. On ne sait pas non plus s’il inclut le flux du commerce informel ou non. Autres questions et non des moindres, les chiffres révélés font-ils partie de la comptabilité nationale espagnole et quelle est la position de Madrid les concernant?», s’est-il interrogé. Une évaluation compliquée par l’absence ou plutôt l’inexistence de statistiques au niveau de la balance commerciale marocaine.

«Seule une comparaison entre les statistiques nationales et espagnoles peut permettre de se faire une idée exacte de la réalité des échanges commerciaux entre Sebta et le reste du Maroc», nous a précisé notre source. De son côté, Abdelouahed El Jai, économiste, a jugé les données fournies par le gouvernement autonome dudit préside de correctes à condition d’y intégrer à la fois les exportations officielles et non officielles. «Ce chiffre correspond à près de trois milliards de DH et il reste plausible vu l’importance de la contrebande qui sévit entre Sebta et le reste du Maroc », nous a-t-expliqué tout en précisant que le tableau de ces échanges commerciaux demeure incomplet tant qu’il n’y a pas de chiffres officiels consolidés au niveau national.

«Il n’y a pas que Sebta qui exporte vers le Maroc, notre pays exporte lui aussi pas mal de marchandises vers cette ville», nous a-t-il indiqué avant de poursuivre : «Ces statistiques ne verront pas le jour vu la sensibilité et les enjeux politiques et sociaux qui entourent la question de Sebta et Mellilia».

Mais, au-delà de ce débat sur les chiffres, notre source minimise l’impact de ce commerce sur l’économie nationale. D’après lui, ils n’impactent pas négativement la balance commerciale au niveau national puisque le flux d’échanges commerciaux ne représente que près de 1% du total des transactions. «Si effet nocif il y a, c’est au niveau local qu’il faut le chercher. Les producteurs locaux souffrent d’une concurrence déloyale du fait que Sebta s’est transformée en plaque tournante d’approvisionnement des souks des villes qui lui sont proches comme Tétouan ou Tanger», nous a expliqué notre source.

Une situation qui ne risque pas de trop durer vu les mutations en cours dans la région. En effet, l’ouverture commerciale et l’arrivée des produits asiatiques directement sur le sol marocain ont beaucoup changé la donne. Le commerce avec le Sud-est asiatique qui a été l’apanage de Sebta et Mellilia a été fortement touché. Certains commerçants asiatiques ont opté pour des échanges directs avec le Maroc. Un changement de position à fort impact puisque plusieurs commerçants de Sebta ont affirmé avoir perdu près de 50% de leur chiffre d’affaires.

Mais, il n’y a pas que cela, la construction du port de Tanger-Med a également impacté ce commerce puisqu’il a fait de l’ombre au port de Sebta déjà en net déclin du fait de la concurrence de celui de Gibraltar.

Hassan Bentaleb
Samedi 2 Août 201