Une cinquantaine de dirigeants africains sont invités au sommet États-Unis-Afrique. Au menu : bonne gouvernance, économie, sécurité et démocratie.

Washington aura été la dernière capitale à organiser son sommet avec l'Afrique. La France l'a lancé il y a plus de 40 ans, et depuis les Africains ont vu se décliner toute la gamme des Chine-Afrique, Turquie-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique, Brésil-Afrique... Barack Obama s'y est mis à son tour. Il y a quelques mois encore, la liste des invités était sélective, ainsi le général égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, tombeur de Mohamed Morsi, n'en faisait pas partie ; il est revenu en grâce depuis son élection, comme le nouveau président malgache ou celui de la Guinée-Bissau.

Au-delà des chefs d'État, Obama vise les futurs chefs d'entreprise africains

Quarante-sept chefs d'État ont été conviés les 4, 5 et 6 août, à Washington. Trois seulement ont été "oubliés", ceux du Soudan, du Zimbabwe et de l'Érythrée, mis au ban de la communauté internationale pour cause de massacres de leur population (Soudan), de dictature impitoyable (Érythrée) ou de trucage insensé des élections (Zimbabwe). Les chefs d'État de la Sierra Leone et du Liberia seront absents, retenus par l'effroyable propagation du virus Ebola devenue incontrôlable dans leurs pays. L'épidémie sera évidemment à l'ordre du jour des sujets abordés à Washington.


Barack Obama va devoir faire oublier leur déception aux Africains qui avaient tant misé sur lui lors de son premier mandat. Ils espéraient que le continent noir serait sa priorité. Ce ne fut pas le cas. L'est-il devenu ? Obama regarde toujours vers l'Asie et le Pacifique. Mais l'Afrique est à la mode. C'est le continent d'avenir, riche de ses matières premières (qui peuvent aussi faire son malheur lorsqu'elles sont exploitées sans que la population voie son niveau de vie s'accroître), riche aussi d'une population jeune et nombreuse - qu'il faut éduquer - et d'une importante classe moyenne, futur marché que lorgnent les Occidentaux.

Obama est conscient du potentiel représenté par le continent noir. Le 28 juillet, il a donné le top de départ de la semaine africaine en réunissant à Washington cinq cents jeunes entrepreneurs du continent dans le cadre de la Young African Leaders Intitiative (YALI). Il les a littéralement conquis par ses plaisanteries et a eu droit à une standing ovation. Le thème de la rencontre : investir dans la prochaine génération. Le président américain a annoncé à son jeune public, ravi, que, dans les deux prochaines années, deux mille jeunes chefs d'entreprise africains pourraient venir se perfectionner dans les universités américaines. Le président américain sait que s'attacher la future génération d'entrepreneurs africains, c'est bâtir un marché captif : ils se tourneront en priorité vers les États-Unis lorsqu'ils voudront importer des marchandises et des machines d'Occident.

Poser les bases d'échanges économiques denses et plus pérennes

L'Afrique est un enjeu économique non négligeable pour les États-Unis, comme pour ses concurrents, dont la France. Washington apprécie peu, par exemple, que la Chine se taille la part du lion dans de grands pays pétroliers, comme le Nigeria et l'Algérie, alliés privilégiés des États-Unis dans le secteur pétrolier. En moins de dix ans, les échanges commerciaux entre Pékin, Alger et Abuja ont atteint près de 100 milliards de dollars par an. La Chine a multiplié par vingt ses échanges commerciaux avec l'ensemble de l'Afrique en une décennie. Dans ce même laps de temps, les États-Unis n'ont fait que doubler les leurs. Quant aux capitaux américains investis en Afrique, ils ne représentent que 1 % des investissements américains dans l'ensemble du monde. Alors que l'Afrique a d'immenses projets d'infrastructures à construire dans les vingt ans.

Barack Obama semble vouloir rattraper le temps perdu. Certes, Washington ne part pas de rien. En 2000, les États-Unis avaient mis sur pied un système de préférence douanière - l'Agoa, African Growth and Opportunity Act - censé faciliter l'accès au marché américain des produits manufacturés africains. Faut-il encore que ceux-ci existent. L'Agoa a bien fonctionné pour l'île Maurice (textile et informatique), ailleurs, les États-Unis achètent du brut ou des dérivés du pétrole (91 % des importations américaines en provenance d'Afrique). Rien qui ne favorise le développement du continent. Ce dossier de l'Agoa qui se termine en 2015 sera aussi un des sujets du sommet.

Attention à la posture du donneur de leçons

Barack Obama avait profité de son public de jeunes entrepreneurs, pour leur faire quelques recommandations. "Le monde a besoin d'une Afrique forte et autonome", leur avait-il dit, ajoutant qu'ils "ne devaient pas reproduire les pratiques des gouvernants d'hier". "Faire les choses à l'africaine, ce n'est pas arriver au pouvoir et avoir soudain dix milliards de dollars sur son compte en Suisse", avait précisé le président américain.

Va-t-il répéter ces évidences devant le parterre des chefs d'État ? Contrairement aux sommets franco-africains qui sont une longue suite d'apartés, la porte-parole de la Maison-Blanche a prévenu qu'il n'y aurait pas de rencontres bilatérales (quels chefs d'État choisir ?) entre Obama et ses hôtes, mais un maximum d'échanges lors de trois réunions thématiques auxquelles le président américain veut assister. Au menu : la sécurité en Afrique, la démocratie et la bonne gouvernance pour assurer le développement. Bref, une leçon de modernité. Barack Obama apprécie peu, entre autres, les présidents qui modifient leur Constitution pour rester au pouvoir quelques mandats supplémentaires, voire jusqu'à leur mort.

Le sommet de Washington peut-il être un remake de celui de La Baule, lorsqu'en 1989, François Mitterrand avait annoncé aux chefs d'État médusés que la coopération de la France serait réservée à ceux qui prendraient le chemin de la démocratie. C'était il y a un quart de siècle. Quatre chefs d'État francophone présents à Washington étaient déjà au pouvoir

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