Quand le Maroc se lance dans la construction du plus grand projet de centrale à énergie solaire du monde qui lui permettra de répondre à la moitié de sa consommation électrique





Depuis des décennies, de nombreux pays sont conscients de l'énorme potentiel des zones désertiques pour récolter l'énergie solaire. Selon les calculs effectués par le scientifique allemand Gerhard Knies au lendemain de l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, la quantité d'énergie reçue par les déserts de la planète en seulement quelques heures suffirait à combler les besoins énergétiques de l'humanité toute entière pour une période d'un an.

Partant de ce constat, le grand défi a été d'apprendre à emmagasiner cette énergie mais aussi à l'acheminer là où les populations en ont besoin. Située entre le désert du Sahara et la région du centre du pays où se trouve l'industrie du film baptisée "Ouallywood", la ville marocaine de Ouarzazate est habituée aux projets d'envergure tels que le tournage du mythique film Lawrence d'Arabie, ou plus récemment de la série à succès Game of Thrones. Désormais surnommée la "porte du désert", cette ville très prisée est aujourd'hui le théâtre d'une nouvelle installation d'envergure.
Un vaste complexe composé de quatre centrales d'énergie solaire géantes reliées les unes aux autres, mais aussi d'éoliennes, y est actuellement en développement.




D'ici à 2020, ce projet devrait permettre au Maroc de produire près de la moitié de son électricité grâce aux énergies renouvelables. Certains excédents d'énergie pourraient même être exportés vers l'Europe. Ce projet occupe plus que jamais une place centrale pour le Maroc, qui a l'ambition d'exploiter ses vastes déserts pour devenir un acteur international incontournable de l'énergie solaire. Lorsque cette infrastructure sera entièrement achevée, il s'agira du site abritant la plus grande concentration de panneaux solaires au monde.
La première étape de cette gigantesque installation verra le jour dans quelques semaines, et sera baptisée "Noor 1". Basé sur la technologie "miroir", moins répandue et plus coûteuse que les panneaux photovoltaïques qui poussent sur les toits du monde entier, ce complexe présentera l'avantage de continuer à produire de l'énergie même après le coucher du soleil.
Selon Florent Detroy, journaliste économique spécialiste des questions énergétiques environnementales et industrielles, il est important de rappeler les risques que ce projet peut aussi représenter pour le Maroc : "Le premier d’entre eux est l’utilisation du solaire à concentration. Le solaire à concentration, ou CSP, est théoriquement compétitif dans des endroits très ensoleillés, comme peut l’être le désert marocain. Mais avec un projet de production de 500 MW, jamais un projet CSP n’a été développé sur une telle échelle. Le Maroc va devoir également développer et moderniser son réseau afin d’accueillir cette énergie intermittente, même si l’utilisation du CSP permet théoriquement de stocker une partie de l’énergie produite. Après, le Maroc va être confronté aux mêmes problèmes que tous les pays qui se lancent dans la transition énergétique. Il y a une part d’incertitude.".
Alors que les ingénieurs de ce projet sont actuellement en train de peaufiner les ultimes détails du premier volet baptisé "Noor 1", les 500 000 miroirs en forme de croissant qui constituent ce vaste complexe brillent déjà à travers le désert marocain.
Les quelques 800 rangées de panneaux réfléchissants suivent le soleil à mesure qu'il se déplace. Une fois leur construction terminée, les quatre centrales solaires occuperont un espace aussi vaste que la capitale du pays, Rabat.


"L’idée de construire de vastes centrales solaires et champs éoliens au Maroc et de les relier à l’Europe a fait long feu. Le projet Desertec, qui avait imaginé un temps fournir jusqu’à 20% de l’énergie européenne, a officiellement été arrêté l’année dernière. Outre la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique du nord, ce type de projet hyper centralisé va à contre-courant de la future architecture énergétique, à savoir une production d’énergie notamment solaire décentralisée" observe également Florent Detroy.
Comme l'expliquait Marc Jedliczka, Vice-président du CLER, le Réseau pour la transition énergétique, dans un précédent article pour Atlantico.fr, la France souffre encore d'un certain retard dans ce domaine : "Même si on ne la voit pas dans une France encore accrochée à son nucléaire en perte de vitesse et qui va dans tous les cas lui coûter une fortune si elle s’acharne dans cette voie, la révolution du solaire a bien lieu, et elle ne fait que commencer, mais elle est portée par le PV, pas par le thermodynamique ! Jusque-là tiré par l’Allemagne, le marché mondial connaît une croissance à la verticale et s’est déplacé depuis deux ans à peine de l’Europe vers l’Asie, notamment la Chine qui a installé en 2014 deux fois plus de panneaux chez elle que l’Allemagne quand elle était à son apogée, ainsi que vers les États-Unis et l’Amérique du Sud où il est compétitif sans aucune aide publique, et plus récemment encore vers le Moyen-Orient où les monarchies pétrolières commencent visiblement à préparer l’après-pétrole. Alors que l’effet photovoltaïque a été découvert par un Français et que l’industrie française était dans la course dans les années 1980 et 1990, les dirigeants de notre pays, de droite et de gauche, ont préféré écouter les sirènes de l’atome et nous mettre hors-jeu : un véritable gâchis !".
Pour Marc Jedliczka, "Le solaire thermodynamique a peut-être un petit avenir dans certaines régions où il a sa pertinence, comme en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, mais il ne pourra jamais être à la hauteur du PV qui deviendra à terme, devant l’éolien et l’hydraulique la première source d’électricité dans un système devenu 100% renouvelable au niveau mondial : il n’y a aujourd’hui plus aucun doute sur la faisabilité technique et économique d’un tel scénario que l’ADEME a validé pour la France à travers la fameuse étude-fantôme qui devrait être publiée officiellement à l’automne. La seule chose qui manque dans notre pays, c’est une véritable volonté politique capable d’outrepasser la résistance de nos grands ingénieurs du Corps des mines shootés au nucléaire qui tiennent les manettes au cœur de l’État et à la tête des grandes entreprises du secteur de l’énergie depuis plus de 50 ans".