Les membres de la Chambre des conseillers ont élu mardi soir leur nouveau président, en l'occurrence Abdelhakim Benchamach du Parti authenticité et modernité (PAM)





Abdelhakim Benchamach a été élu au terme d'un duel très serré avec le candidat du Parti de l'istiqlal (PI), Abdessamad Kayouh.

Si la concurrence s'annonçait d'emblée ardue entre les deux candidats qui représentent les deux principales formations de l'opposition, le retrait, à la dernière minute de la course, du candidat de la majorité Abdellatif Ouammou (Parti du progrès et du socialisme - PPS) et de Naila Tazi (Confédération générale des entreprises du Maroc - CGEM), a fait durer le suspense, les deux rivaux ayant été amenés à passer au 2ème tour après avoir échoué à obtenir la majorité absolue des voix.
Au premier tour, Benchamach avait récolté les voix de 56 conseillers sur les 120 que compte la deuxième Chambre, contre 51 voix pour Kayouh. Benchamach est sorti vainqueur du deuxième tour avec 58 voix, soit une seule voix d'avance sur son concurrent qui a obtenu 57 voix.
Selon l'article 13 du règlement intérieur de la Chambre des conseillers, "le président de la Chambre est élu au scrutin secret à la majorité absolue des membres composant la Chambre aux premier et deuxième tours, et à la majorité relative au troisième tour". En cas d’égalité de suffrages, le plus âgé des candidats est élu, et en cas d’égalité des suffrages et de l’âge, il est procédé au tirage au sort, selon ce texte.
Le suspense a été, somme toute, le maître-mot de l'opération de vote qui a duré plusieurs heures, les différentes forces politiques représentées à la deuxième Chambre s'étant fait un point d'honneur à faire réussir ce scrutin qui met la touche finale à la nouvelle configuration de la Chambre telle que définie par la Constitution de 2011.
Le défi de l'organisation de ce rendez-vous électoral conformément aux dispositions du règlement intérieur relevé, il est question aujourd'hui de savoir la nature des alliances partisanes qui seront contractées, une question qui, semble-t-il, n'est près d'être réglée compte tenu des divergences existant au sein de la majorité.
Ce sont ces mêmes divergences qui avaient entravé la conclusion d'un accord de principe sur les candidats à soutenir dans la course vers la présidence de la deuxième Chambre et qui ont conduit, en fin de compte, au retrait au dernier moment du candidat de la majorité.
La même cacophonie se fait sentir du côté des conseillers de l'opposition qui n'ont pas pu, non plus, accorder leurs violons en matière de vote, ce qui augure d'un changement notable dans leurs agendas et méthodes de travail.
La majorité, qui s'est efforcée de préserver sa cohésion mise à rude épreuve par les conflits survenus lors de la préparation des alliances pour les dernières élections communales et régionales, s'est retrouvée à nouveau face à ses démons de discorde et n'a pas réussi à unifier les rangs de ses conseillers dont les voix ont été départagées entre les candidats du PI et du PAM.
Une chose est certaine: le fait que la course vers la présidence de la deuxième Chambre se soit limitée à deux grands partis de l'opposition, à la différence des scrutins précédents qui étaient disputés par des candidats de la majorité et de l'opposition, impactera les tractations entre les composantes de la Chambre qui s'emploieront à renforcer leurs positions.
Cette donne aura également des répercussions sur les relations entre les formations de l'opposition, la coordination entre elles, la prise de position vis-à-vis des différents dossiers soumis à l'appréciation des conseillers et, surtout, sur le processus d'adoption de certains projets de lois de haute importance inscrits à l'agenda de la Chambre.
Selon Abdelaziz Karaki, professeur de sciences politiques à l'université Mohammed V de Rabat, la concurrence particulièrement ardue entre Benchamach et Kayouh, qui a marqué le scrutin de mardi, préfigure un changement de donne en matière électorale, qui favorisera l'avènement de nouvelles élites à la tête des institutions nationales jouant un rôle majeur dans l'élaboration des politiques publiques.
Et pour cause, explique-t-il à la MAP, les deux hommes se réclament d'une nouvelle génération d'élites politiques qui ambitionne de donner un nouveau souffle à la deuxième Chambre du parlement, rehausser son rendement et renforcer son rôle dans le système législatif national.
Quoi qu'il en soit, la rude concurrence ayant marqué l'élection du président de la Chambre des conseillers apporte la preuve que la démocratie au Maroc est sur les bons rails et que le défi de l'édification d'institutions fortes et capables de jouer pleinement leurs rôles est en passe d'être gagné.
Avec la victoire du PAM, qui préside aux destinées de cette Chambre pour la deuxième fois consécutive, le processus électoral d'après la Constitution de 2011 aura touché à sa fin, pour ouvrir la voie à une nouvelle étape dont la réussite dépendra de la capacité des parties prenantes à faire prévaloir l'esprit de compromis dans le but de rehausser le niveau de l'action parlementaire et de servir l'intérêt général et les grandes causes nationales.





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