Décidément, la CGEM entre en force à la Chambre des conseillers… désignée comme seule représentant des employeurs, avec 8 élus, la Confédération a réussi à défrayer la chronique parlementaire par deux fois en 72 heures.


La première était l’annonce – indirecte car venue des médias et non de la CGEM – de la candidature à la fonction de présidence de Neila Tazi, et la seconde, le retrait de cette même candidature.
La force de la première annonce consistait dans le fait que la Confédération se pose et s’impose désormais comme force politique qui compte dans le pays et dans ses institutions publiques et législatives. Ensuite, présenter une femme était de nature à « corriger » l’impact négatif de la faible représentation des femmes au sein de la Chambre des conseillers. La CGEM, en sa qualité de collège, a certainement (et à juste titre) pensé être de son droit, voire de son devoir, de briguer cette présidence, puisque le législateur lui a conféré 8 sièges parlementaires.

La candidature de la patronne Neila Tazi, et son soutien par la patronne des patrons Miriem Bensalah Chaqroun, donne en plus la pleine mesure de la conscience qu’a la CGEM du rôle des femmes dans ce pays et de la place qu’elles doivent y occuper (notons au passage qu’en Tunisie, une femme est devenue prix Nobel de la Paix, l’homologue de Miriem Bensalah, mais ça, c’est la Tunisie…).
L’impact de la seconde annonce, celle du retrait de la candidature, est encore plus fort car la Confédération patronale montre ainsi que, tout en s’engageant désormais dans l’action politique, elle refuse l’attitude politicienne. En effet, la CGEM a semble-t-il décidé le retrait de sa candidature après qu’un troisième candidat soit entré en lice, celui de la majorité (entretemps retiré à son tour).
En effet, et avant que le candidat de la majorité gouvernementale Abdellatif Ouâmmou ne jette l’éponge quelques instants avant l’ouverture de la séance, la CGEM a considéré que la présence de Mme Tazi dans la course aurait pu semer une certaine confusion, sachant que rien n’est clair dans l’attitude des différents partis politiques.
La CGEM tient à sa fonction d’expertise et refuse toute posture polémique. En indiquant dans son communiqué de retrait que ses élus travailleront avec toutes les composantes de la Chambre des conseillers, et en affirmant son indépendance par rapport aux partis à travers son éphémère candidature, la CGEM se pose en collège « sage » et s’impose comme acteur incontournable dans l’institution législative.
Et comme le hasard semble bien faire les choses, le retrait d’Ouâmmou place les deux autres candidats à presqu’égalité des voix, et permet au patronat de s’installer comme « faiseur de roi ». Cela lui ouvre un boulevard pour non seulement une vice-présidence, bien placée, mais aussi vers la présidence de commissions.
Finalement, la Confédération a montré qu’elle peut, aussi, faire de la politique, ce qui est bien venu puisqu’elle siège désormais dans un organisme politique, mais qu’elle a réussi à éviter le calcul politicien.
Cependant, et comme le dit un de ses membres qui a requis l’anonymat, il s’agira maintenant d’éviter le poison « politique » qui agira à dose homéopathique, à effet différé. Il est donc important que les deux femmes désormais en vue à la Confédération et par ailleurs amies, Miriem Bensalah Chaqroun et Neila Tazi, sachent manœuvrer pour rester dans leur logique, d’abord, entrepreneuriale et leur mission, essentielle, de défense de l’entreprise.