Pour la première fois de son histoire, et même dans l’histoire du pays, la CGEM devra désigner ses huit représentants qui siègeront à la Chambre des conseillers. L’élection aura lieu le vendredi 2 octobre. L’entreprise est à l’honneur et les patrons à la manœuvre, mais sauront-ils être à la hauteur de la responsabilité qui est désormais la leur ?

Rien n’est moins sûr, quand on voit l’activité, voire l’activisme, qui règne dans les différentes régions. Il y en a trois, Nord, Sud et Centre ; les deux premières désigneront deux conseillers chacune et la part du lion reviendra bien évidemment à la dernière, avec quatre futurs parlementaires. Conformément à la loi, chaque liste respecte une parfaite parité, mais avec le jeu de la proportionnelle, rien n’indique que sur les 8 patrons conseillers, 4 soient des patronnes. Surtout qu’aucune liste ne présente une femme en tête de liste !
Au Nord, 4 listes concurrentes se disputeront les 2 sièges disponibles. Une sera conduite par respectivement le président de la CGEM Oriental, Karim Mehdi (avec Houda Chaoui) et l’autre par le président de CGEM Tafilalet, Larbi Laraichi (avec Ilham Zhiri). Deux autres listes sont coiffées par l’Istiqlal, dans la liste conduite par Anas Ansari, et le PAM.
Au Sud, deux listes sont, là aussi, en compétition : une menée par Yassine Rahnmouni (avec Fatima Gourma) et l’autre par Mohamed Salem Benmassaoud (avec Nabila Freidji), selon nos sources apparentée Istiqlal, du moins pour le premier.
Enfin, pour la région Centre, deux listes se font face. Il semblerait d’après certaines sources que contrairement aux autre régions, une liste soit favorite, celle d’Abdelilah Hifdi (avec dans l’ordre Neila Tazi Abdi, Abdelhamid Souiri et Nouzha Taârji). L’autre est menée par un outsider de Marrakech, Youssef Mouhyi (avec Badia Bitar, Tarik, Hbid et Naima Rbouhat) ; cette liste, selon un de ses membres, n’envisage pas d’intégrer un parti, « pour le moment du moins »…
Les partis en embuscade
Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on… Depuis l’épisode Mohamed Talal, l’ancien vice-président général de la CGEM qui avait renoncé à sa fonction pour briguer un siège communal à Mohammedia avec le PAM, la Confédération est prudente. Elle a établi un Code déontologique qui devrait en principe être signé par les candidats (ou les futurs élus) comme engagement à ne pas intégrer de partis politiques. L’objectif initial de toute l’opération est, il ne faut pas l’oublier, de défendre les intérêts de l’entreprise, et uniquement de l’entreprise.
Mais eu égard à la féroce compétition des partis pour s’assurer du maximum de sièges à la Chambre des conseillers, on peut être certain que les manœuvres commenceront dès le lendemain de l’élection, quand les noms des patrons parlementaires seront connus… du moins ceux qui se sont présentés avec l’estampille CGEM. Autrement dit, les partis fragilisés par le suffrage universel du 4 septembre, qui enverra 72 élus à la deuxième chambre dans le collège des collectivités territoriales, tenteront le tout pour le tout pour reprendre des couleurs à travers les patrons.
La CGEM comme force politique indépendante
Les 560 grands électeurs de la CGEM devront donc s’assurer que celles et ceux qu’ils enverront siéger au parlement resteront loyaux au patronat et à l’entreprise. La Confédération devra avoir la garantie que les votes de ses élus parlementaires porteront et défendront les intérêts des entrepreneurs, ce qui implique l’obligation de garder leur indépendance par rapport à des partis (et syndicats) qui fonctionnent selon une autre logique, plus politique.
Si les patrons ont la possibilité de se présenter dans des listes partisanes, la CGEM devrait être en mesure, en lisant bien les lois, de prononcer l’exclusion de ses élus marqués CGEM qui intégreraient des partis après le 2 octobre. Là, un débat juridique pourrait être ouvert auprès de la Cour constitutionnelle pour prononcer leur déchéance de leur mandat parlementaire car leur déloyauté serait alors avérée, surtout quand on scrute leurs programmes, tous axés sur l'entreprise, la défense de l'entreprise, la préservation des intérêts de l'entreprise, la promotion de l'entreprise...
Mais ces mêmes grands électeurs seraient inspirés également d’étudier les passés de chacun de leurs candidats, pour s’enquérir de leur crédibilité et surtout de leurs actions et acquis, en matière entrepreneuriale mais aussi sur les plans social, culturel, économique, associatif…
AAB