Huit ans après l’injection de cellules issues de son nez dans sa colonne vertébrale, une Américaine a constaté la formation d'une excroissance dans son dos.

Tout commence il y a une douzaine d'années lorsque cette jeune femme (qui préfère garder l'anonymat) devient paraplégique après un accident de voiture, à l'âge de 18 ans.

Trois ans plus tard, elle décide de subir une opération pour retrouver l'usage de ses jambes. Les médecins de l’hôpital Egas Moniz de Lisbonne, au Portugal, lui proposent alors une intervention pour régénérer les liaisons nerveuses entre son cerveau et ses jambes. Le principe ? Injecter des cellules souches, prélevées dans sa cavité nasale, au niveau de sa vertèbre touchée. Mais le résultat escompté ne se produit pas.

Une excroissance composée de tissu nasal


Pire, huit ans après la transplantation, elle souffre de lésions nerveuses au niveau de la colonne vertébrale et constate... une excroissance de 3 centimètres de long dans son dos ! Composée essentiellement de tissu nasal, cette protubérance en forme de nez présentait aussi des petits morceaux d’os et des nerfs n’ayant aucun rapport avec la colonne.

Brian Dlouhy, neurochirurgien de l’université de l’Iowa aux Etats-Unis, a retiré ce "nez dorsal" et vient de relater cette opération dans la revue Journal of Neurosurgery : Spine. Il précise que cette protubérance était "bénigne", mais sécrétait "une substance abondante et épaisse ressemblant à du mucus", expliquant probablement les douleurs de la patiente.

Une probabilité inférieure à 1 %

Jean Peduzzi-Nelson, chercheuse sur les cellules souches à l’université Wayne State de Détroit, aux Etats-Unis, avait conseillé cette greffe à la jeune femme. Interrogée par New Scientist, elle s’est dit "attristée d’apprendre la survenue de cet évènement indésirable", précisant que sa probabilité était inférieure à 1 %.

Cette Américaine paraplégique est loin d'être la seule à avoir subi cette opération. En 2010, l'équipe de Jean Peduzzi-Nelson a utilisé cette technique d'autogreffe pour 20 personnes paralysées à divers endroits de la colonne vertébrale. Selon ses travaux publiés dans la revue Neurorehabilitation & Neural Repair, onze patients avaient recouvré le mouvement et quelques-uns avaient subi des paralysies aggravées et des méningites.

Selon George Daley, chercheur de l’école de médecine de la faculté de Harvard, ce cas malheureux montre "l’état primitif de nos connaissances sur la façon dont les cellules s’intègrent, se divisent et se développent."

Même si les cellules souches offrent des perspectives intéressantes, il ne faut pas oublier qu'elles sont aussi potentiellement capables de croître et de se différencier de manière incontrôlable, parfois sous forme de tumeurs malignes.

Ces IRM révélant une masse (flèches blanches) sur la moelle épinière développée huit ans après une greffe de cellules souches de muqueuse nasale sur une patiente handicapée.



Sciences&Avenir