Les risques gopolitiques s'accumulent, mais les march surperforment. Preuve que les vnements rels n'influent plus vraiment sur la finance ... Par Michel Santi, conomiste.

n avion outrageusement descendu avec 300 passagers bord et, ce, dans une des rgions du monde les plus tendues, aux portes de notre cocon europen ? L'Iraq sur le point de basculer et de se transformer en un Etat terroriste, avec des implications que l'on ose peine imaginer pour le monde arabe et pour la scurit internationale ? Une flambe de nouvelles violences entre israliens et palestiniens risquant d'embraser un Proche Orient dj ttanis par la boucherie syrienne ? Les jours et les semaines derniers ont t fertiles en drames et en menaces pour notre scurit - nous occidentaux - et, par voie de consquence directe, pour nos conomies.

Un calme tonnant

L'occurrence de tels vnements auraient gnr il y a encore quelques annes force volatilit sur les marchs financiers qui auraient subi un dcrochage bien comprhensible. A l'instar des bourses, en chute libre aprs le 11 septembre. De l'invasion du Kowet par l'Iraq qui devait s'accompagner d'une volatilit boursire nausabonde. Ou des guerres moyen-orientales des annes 70 qui suscitrent chocs ptroliers et flambes inflationnistes. De fait, les commentateurs, journalistes et analystes furent bien prolixes dans l'expression de leurs craintes pour la stabilit des marchs mesure de la progression de ces vnements tragiques de ces dernires semaines.




L'annexion de la Crime par la Russie ne redessinait-elle pas les cartes d'une Europe menace d'tre prcipite dans une nouvelle re de glaciation? Nos approvisionnements en gaz russe - et donc notre confort quotidien - ne seraient-ils pas subitement remis en question par une Russie qui n'hsiterait pas user de toutes les armes sa disposition pour nuire une Europe de plus en plus dpendante? La conflagration entre israliens et palestiniens n'tait-elle pas susceptible d'embraser tout ce Moyen-Orient, si prcieux pour ses immenses gisements ptroliers ? En vertu de quelle logique abandonnerait-on aujourd'hui un pays - l'Iraq - sur le point de tomber aux mains de jihadistes, alors que l'on n'avait pas hsit l'envahir - il y a seulement dix ans - pour des motifs stratgiques quivalents ? Bref, c'est juste titre que des pisodes de volatilit boursire et financire exacerbe taient prdits suite des tels incidents forte connotation motionnelle, qui plus est plein priode estivale fconde de soubresauts erratiques par manque de volumes dcents.

Tout glisse sur la finance-tflon

Si ce n'est les marchs financiers continuent de battre jour aprs jour leurs prcdents records de hausse, et si ce n'est que l'humeur des investisseurs et des spculateurs se maintient au beau fixe! Comme s'il ne s'tait rien pass, ou comme si les drames rcents n'avaient aucune prise sur le monde des affaires! Message hautement significatif que nous adresse donc la finance qui n'est plus intresse par ce qui se passe dans le monde rel.

Fini le temps o la gopolitique dteignait sur les valorisations boursires, o elle se traduisait en une dcote obligataire vertigineuse ou en une hyper volatilit du dollar et des mtaux prcieux. Plus aucun drame, plus aucun massacre et plus aucune menace ne sont dsormais pris au srieux par l'univers d'une finance-tflon sur laquelle tout peut impunment glisser.

Les marchs compltement dconnects

La finance et ses marchs font donc preuve d'une indiffrence impriale et ne sont plus gure sensibles qu'aux doses de cration montaire prodigues par des banques centrales, pour leur part, ttanises par l'instabilit financire.

Hormis les taux bas, hormis les baisses de taux quantitatives qui agissent sur l'ensemble du circuit et de ses intervenants comme une drogue dure, plus rien n'intresse la finance et plus rien n'est susceptible de l'affecter! Regardez bien: nous assistons au grand - l'ultime - dcouplage entre marchs et monde des vivants. Ecoutez bien ce que nous dit la finance: circulez, il n'y a rien voir.

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