Il défraie la chronique et il effraie les dirigeants de son parti. Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal, multiplie les sorties et alimente les rumeurs et les humeurs politiques. Avant la campagne, pendant et après, il est dans tous les esprits. Et hier soir, il s’est invité au conseil de gouvernement. L’information n’est pas confirmée, mais on ne prête qu’aux riches, dit-on…
Chantage
Ainsi, hier, en conseil de gouvernement, et alors qu’il délivrait sa communication sur le déroulement des élections, le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad a évoqué un « cas de chantage » de Hamid Chabat sur son département. PanoraPost s’est entretenu avec trois ministres qui ont confirmé du bout des lèvres la teneur du propos, mais ont laissé entendre dans la formulation de leur réponse que, effectivement, « Hassad a parlé des élections, des dysfonctionnements et autres problèmes survenus, et de Chabat ». Pas un mot de plus.
L’information a fait depuis ce matin la Une de plusieurs médias électroniques, sans aucun démenti du ministère de Mohamed Hassad, pourtant prompt à la réaction quand il est mis en cause dans certains cas. Le silence pourrait être signe d’acquiescement…
Et donc, le secrétaire général de l’Istiqlal aurait contacté le ministère de l’Intérieur pour lui faire part d’un marché : « Demander » au RNI de donner instructions à ses élus au conseil de la région de Fès-Meknès de voter pour lui, en lieu et place de Mohand Laenser, pour la présidence, ou alors l’Istiqlal votera en masse pour le PJD.
Au-delà de l’attitude peu flatteuse prêtée au RNI, auquel on « demanderait » de telles choses (mais encore une fois, on ne prête qu’aux riches), le PJD passerait donc pour l’épouvantail aux yeux de Chabat et serait présenté comme tel à Hassad ; le chef de l’Istiqlal a sans doute dû oublier que le PJD dirige le gouvernement de ce pays depuis près de 4 ans et que le ministre de la Justice qui préside, aux côtés de son homologue de l’Intérieur, la commission de supervision des élections est un membre éminent dudit PJD…
Bien évidemment, interrogé par des confrères sur la chose, Hamid Chabat nie tout en bloc, et attaque de plus belle le ministre de l’Intérieur, mettant en jeu et en vrac la démocratie, les élections, la stabilité du pays… la meilleure défense est dans l’attaque, c’est bien connu.
Au parti de l’Istiqlal
Mais tout cela pourrait se confirmer par la convocation urgente des membres du comité exécutif dimanche 13 septembre, tard dans la nuit, pour une communication d’importance. Les rares dirigeants istiqlaliens ayant répondu à la convocation se sont entendus dire par leur secrétaire général de voter massivement pour le PJD le lendemain à tous les conseils régionaux électifs des bureaux. On a vu le résultat. Les Istiqlaliens ont voté PAM, et les membres du RNI ont voté pour qui ils voulaient, dans une confusion digne des films les plus loufoques.
Interrogés par PanoraPost, plusieurs membres du comité exécutif et du conseil national ont confirmé la volonté de Chabat de rompre l’alliance de la majorité à la dernière heure, mais ils confirment également que les membres dirigeants du parti n’ont pas donné suite, soit en ne répondant pas à la convocation, soit en votant pour le PAM un peu partout.
Un haut responsable de l’Istiqlal a pourtant confié à PanoraPost que Chabat restera en place car ses pairs au comité exécutif ne peuvent pas grand-chose contre lui, « traînant plusieurs casseroles derrière eux ». Il précise que « si ces gens se sont ralliés à Chabat, c’est parce qu’il leur avait promis que le parti les soutiendrait en cas de mauvaise fortune judiciaire »… Ambiance.
Avant les élections
Ces dernières années, Hamid Chabat avait attaqué un peu tout le monde… Ilyas el Omari pour trafic de drogue dans une déclaration que le chef du gouvernement se plaît à ressortir à l’envi… Benkirane lui-même, accusé d’intelligence avec Daech et le Mossad (pour la crédibilité et la logique, on verra plus tard)… Mezouar et ses primes au ministère des Finances… Azami el Idrissi et encore Daech… autant d’accusations qui seraient passibles, au mieux, de diffamation.
Hamid Chabat avait également « révélé » dans une déclaration au forum de la MAP que son parti enregistrait 10.000 adhésions par mois et que lui, Hamid, démissionnerait en cas de défaite.
L’homme est un habitué des sorties médiatiques sensationnelles, sans jamais s’embarrasser de leur procurer un tant soit peu de crédibilité.
Et maintenant ?
L’étau semble se serrer progressivement sur le « leader « de l’Istiqlal. Ayant perdu Fès, la Région, et surtout sa face, il doit combattre à découvert. Ses dossiers à Fès sortiront dans plus ou moins longtemps, les plaintes afflueront d’un peu partout et les Istiqlaliens attendront que le taureau pose un genou à terre pour lui planter une dernière banderille. S’ils osent, car il semblerait qu’il n’y en ait aucun qui en ait le courage, de tous les membres dirigeants du parti. Tous.
La relève au parti de l’Istiqlal, malgré les dénégations de plusieurs de ses dirigeants, sera difficile à trouver.
La solution passera donc comme pour tous les leaders arabes, qui ne quittent leur fauteuil que pour leur tombe… ou pour le bureau du procureur, ou des procureurs, tant les turpitudes promettent d’être nombreuses.

Aziz Boucetta