La loi ne l’impose pas, certes, mais la logique oui… En effet, la seule incompatibilité prévue dans les textes concerne les présidences de Régions avec des fonctions gouvernementales Ainsi, Mohand Laenser, ministre de la Jeunesse et des Sports devra quitter sa fonction pour se consacrer à sa Région. Mais la gestion de deux grandes villes comme Casablanca et Fès pourrait-elle être assurée à distance ? Et ce cumul de deux mandats prenants est-il vraiment recommandable ?
Abdelaziz el Omari et Driss Azami el Idrissi, respectivement nouveaux maires de Casablanca et de Fès, occupent également les fonctions de ministres des Relations avec le parlement et la société civile pour le premier et ministre délégué du Budget pour le second.
Pour Abdelaziz el Omari, assurer les relations avec le parlement est un travail à temps plein, sachant qu’il est la courroie de transmission entre les pouvoirs exécutif et législatif en cette année électorale où les parlementaires des deux Chambres auront fort à faire et où le gouvernement devra apprendre à composer avec une Chambre des conseillers nouvellement élue. Quant à la société civile, Abdelaziz el Omari sera appelé à négocier et à se concerter en permanence, eu égard aux clivages idéologiques qui parcourent le Maroc et aux revendications incessantes d’une société en pleine mutation.
En aura-t-il le temps ? Pourra-t-il se dégager de ces contraintes gouvernementales, lui qui est également membre dirigeant du PJD, pour se consacrer à une métropole en croissance accélérée, dotée d’un budget de plus de 3 milliards de DH et faisant l’objet d’un Plan de développement du Grand Casablanca de plus de 33 milliards de DH pour les cinq ans à venir ?
Pour le maire de Fès, les choses en vont autrement, et la problématique est différente. Il faudra « déchabatiser » la capitale spirituelle du royaume et la remettre sur la voie d’une gestion plus saine après 10 ans de direction par Hamid Chabat. La ville s’est paupérisée et les quartiers périphériques sont quasiment à l’abandon. Par ailleurs, être ministre du budget implique que les trois derniers mois de l’année sont particulièrement astreignants car la loi de finances doit être discutée et défendue devant le parlement avec ses deux chambres. Et Driss Azami el Idrissi est également membre dirigeant de son parti le PJD. Cela fait trop de responsabilités pour un homme qui, pour être honnête, reste un homme.
Enfin, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, volontiers donneur de leçons sur la morale en politique et la moralisation de la vie publique, pourrait être bien inspiré de demander à ses deux nouveaux maires, et ministres, de se consacrer à leurs villes. Le PJD manque-t-il tant de cadres pour trouver une relève ? Proposer deux ministres en remplacement des maires de Casablanca et de Fès serait un geste politique fort du PJD et de son chef, surtout qu’après ce qu’on a appelé le « tsunami » de ce parti au scrutin du 4 septembre et après ce qui semble être un « hold-up » sur les régions, les électeurs seraient heureux de trouver leurs maires à leurs bureaux.
Etre ministre ne suppose pas d’avoir été élu pour cette fonction, mais la fonction de maire, si. Quand les électeurs votent massivement, et à une majorité absolue pour un maire – et c’est le cas pour el Omari et el Idrissi – c’est pour les voir à leurs bureaux, et non pour s’entendre dire qu’ils sont « à Rabat »…
L’une des raisons du succès du PJD aux élections est l’assiduité de ses cadres et responsables à leurs fonctions électives. Et il est presqu’impossible pour el Omari et el Idrissi d’assurer une présence forte dans leurs mairies tout en conservant leurs portefeuilles ministériels, alors qu’il serait avantageux pour un parti, et son chef, de prendre une décision que la loi n’impose certes pas, mais que la pratique quotidienne requiert.

Aziz Boucetta