Après l'amende record infligée par les États-Unis à BNP Paribas, la France joint sa voix à celles des économies émergentes pour dénoncer la domination du dollar sur le commerce international.

Il y a d'abord eu UBS, Standard Chartered et ING. Puis, dernièrement, cela a été au tour de BNP Paribas de faire l'objet d'une sévère sanction américaine. La banque française, l'un des leaders mondiaux du financement du négoce international, a été sommée de payer une amende record de 8,9 milliards de dollars (6,5 milliards d'euros) pour avoir notamment participé au commerce de gaz et de pétrole au Soudan en utilisant des devises américaines (pour un montant de 6,4 milliards de dollars, d'après le Financial Times) alors que le pays était sous embargo économique américain.

Cette punition est-elle celle de trop ? À Paris, Michel Sapin, le ministre des Finances, ne décolère pas. D'après lui, l'amende contre BNP Paribas devrait donner à l'Europe des raisons de se "mobiliser" pour inciter les clients des groupes bancaires de la zone à effectuer davantage leurs opérations en euros. "Nous [les Européens] commerçons entre nous en dollars, par exemple quand nous vendons des avions. Est-ce nécessaire ? Un rééquilibrage est possible, non seulement en ce qui concerne l'euro, mais aussi pour les grandes monnaies des pays émergents, qui représentent une part de plus en plus importante du commerce mondial", a-t-il déclaré

Bouclier

Cette levée de bouclier française reçoit un écho plutôt favorable en Europe, et ce d'autant que, d'après des informations provenant de New York, Société générale, Crédit agricole et Deutsche Bank font elles aussi l'objet d'investigations aux États-Unis pour violation présumée de sanctions économiques en Iran, à Cuba et au Soudan.

L'usage du dollar comme arme pour dissuader les banques internationales d'outrepasser les réglementations des États-Unis ne risque-t-il pas de provoquer le déclin du billet vert ?

En 2012 déjà, alors que le groupe britannique Standard Chartered était épinglé pour avoir violé des sanctions contre l'Iran, l'un de ses dirigeants avait interpellé Washington en ces termes : "Vous les Américains, qui êtes-vous pour nous dire, à nous le reste du monde, que nous ne devons pas traiter avec les Iraniens ?


Depuis quelque temps, les économies émergentes multiplient les initiatives pour réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar. La Russie a récemment annoncé son intention d'abandonner l'usage de la monnaie américaine dans ses transactions, tandis que la Chine milite pour l'utilisation du yuan dans le commerce international.

"En Afrique, où il est devenu l'un des plus gros acheteurs de matières premières, Pékin expérimente déjà de nouveaux contrats libellés en yuans", indique un analyste de la filiale ivoirienne d'une banque française. Par exemple, en août 2013, la Chine a créé au Kenya une chambre de compensation pour des opérations en yuans.

Désormais, c'est donc un pays "développé", la France, qui vient se joindre à Pékin et à Moscou pour contester la suprématie absolue du billet vert sur le marché international. Mais cela suffira-t-il pour changer la donne ? Les banquiers et les analystes restent sceptiques. Car pour l'instant, l'influence de l'euro reste limitée aux pays de l'Union européenne et à ceux de la zone franc CFA.


Il est très difficile de se passer du dollar dans les marchés de ressources naturelles. Tous les prix de référence pour le pétrole et les principales matières premières sont toujours indiqués en dollars, et la monnaie américaine représente encore plus de la moitié des prêts et des dépôts transfrontaliers", explique le responsable des activités internationales d'une banque française.

Règne

Par ailleurs, selon une enquête récente, le billet vert représente 87 % du marché des changes, estimé à 5 300 milliards de dollars par jour. Il constitue en outre 65 % à 70 % des réserves de change des banques centrales à travers le monde. D'après la Banque des règlements internationaux, cette part pourrait baisser de 10 à 15 points dans les années à venir face à la montée du yuan, mais cela ne suffira pas pour détrôner le dollar comme principale monnaie de réserve au niveau mondial.

"À long terme, il y aura sans doute un rééquilibrage dans l'utilisation des monnaies dans le commerce international. Cela devrait prendre encore un peu plus de dix ans", assure un spécialiste de la réglementation bancaire cité par le Financial Times. Autant dire que le règne du billet vert n'est pas près de s'achever


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