20 Minutes Créé le 22/07/2014 à 19h48 -- Anissa Boumediene

IMMIGRATION - Le projet de loi sur l’immigration présenté ce mercredi par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve prévoit une série de mesures pour renforcer l’attractivité de la France auprès des étrangers hautement qualifiés…

Outre la création d’un titre de séjour pluriannuel et la lutte contre l’immigration illégale, le texte relatif au droit des étrangers présenté ce mercredi prévoit la création d’un «passeport talent», censé booster l’attractivité de la France. Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), analyse ces dispositions pour 20 Minutes.

La France est-elle à la traîne en matière d’attractivité?

Les pays de l’OCDE ont depuis une dizaine d’années été assez actifs en matière de politique migratoire pour attirer les hauts qualifiés et accueillir les étudiants étrangers. En France, il y a eu cette tentative avec la mise en place de la «carte compétence et talents» en 2007. Le problème, c’est que ses critères d’attribution sont si restrictifs qu’elle est attribuée à moins de trois cents personnes chaque année.

Ce projet de loi montre la volonté d’ouverture de la France. Les démarches administratives à accomplir vont être facilitées. Jusqu’à présent, il n’y avait pas eu en France de politique spécifique pour vraiment attirer les talents étrangers sur le territoire, qui lui préfèrent d’autres pays, comme le Royaume Uni ou le Canada. De plus, ce manque d’attractivité s’explique par la situation économique et le marché du travail moroses en France. Lorsque des étrangers souhaitent tenter leur chance dans un autre pays, la France n’est pas leur priorité. Le manque d’attractivité ne s’explique pas que par la politique migratoire.

Le pays a-t-il vraiment besoin de ces talents étrangers?

Le système éducatif français produit beaucoup de hauts qualifiés, qui émigrent peu. Les besoins de la France en la matière sont plus faibles que chez les voisins anglais ou allemands par exemple.

Concernant les postes hautement qualifiés, la notion est un peu floue. La réflexion ne se fait pas en termes de pénurie ou de vacances d’emplois, parce que ce n’est pas le cas. Mais ces profils restent malgré tout intéressants pour la France. Par exemple, si une entreprise française en recherche et développement n’a pas forcément un besoin impérieux de recruter, compter dans ses rangs des chercheurs étrangers insuffle une dynamique nouvelle en mobilisant des talents qui viennent de l’hexagone et de l’extérieur. Il y a un effet d’entraînement qui peut créer de l’innovation.

Ce «passeport talent» est-il vraiment utile?

Aujourd’hui, environ 18.000 personnes pourraient bénéficier de ce dispositif en France. Un chiffre qui pourrait passer à 23.000 avec la réforme. On ne pourra pas parler d’une révolution, mais d’une évolution. Cela ne fera pas gagner un point de croissance au pays mais cela envoie un signal fort et en termes d’image, il est important que la France rattrape son retard.

L’efficacité de ce dispositif dépend également des conditions d’application dont il va être assorti. Si elles sont trop restrictives, le risque est de reproduire l’échec de la «carte compétence et talents».

Mais même si le passeport talent a un champ d’application peu étendu, il devrait avoir un réel impact, notamment pour les étudiants et les entreprises. Lorsque l’on prend le nombre d’étrangers qui viennent étudier en France, la proportion de ceux qui restent dans le pays à la fin de leur cursus est très faible. En permettant à ces étudiants de rester une fois diplômés, cette mesure va leur permettre d’établir une relation plus solide avec le monde de l’entreprise dans l’hexagone. Une entreprise qui sait qu’elle va pouvoir garder un étudiant va plus facilement le prendre en stage, le former et le garder.