Le journaliste isralien Gideon Levy appelle au boycott dIsral

22 juin 2014 | Par Annie Stasse
Gidon LevyGidon Levy

Les Amricains et les Europens ont essay la voix de la raison et ils ont chou. Ils doivent dsormais sadresser Isral dans le langage quil comprend le mieux (et ce nest pas lhbreu). Sil y a une communaut internationale, quelle le fasse savoir rapidement. Car pour le moment il est clair quil ny a plus aucune intervention internationale en Isral. Les Amricains ont pli bagages, les Europens ont renonc, les Israliens sen rjouissent et les Palestiniens sont dsesprs. De temps autre, un pape ou un ministre des affaires trangres vient faire un petit tour (celui de la Norvge tait ici la semaine dernire), prononce du bout des lvres quelques mots, pour la paix, contre le terrorisme et les colonies, puis disparat comme il tait venu. Au bout du chemin le roi a t remplac par un clown (rfrence Shakespeare). Ils abandonnent le conflit aux soupirs des Palestiniens et loccupation aux mains dIsral, qui on peut faire confiance pour la faire fructifier dune main encore plus ferme.

Ce retrait de lhumanit est inacceptable : la communaut internationale na pas le droit de laisser les choses en ltat, mme si cest le souhait le plus ardent dIsral.

La situation actuelle nest pas acceptable au 21me sicle. Il y a effectivement de quoi se lasser sil sagit de creuser le mme sillon et de faire les mmes propositions drisoires un sourd. Lchec amricain montre quil est temps dadopter une autre mthode, jamais tente ce jour. Le message, tout comme les moyens de le faire entendre doivent changer. Le message doit concerner les droits civiques et lon doit recourir aux sanctions pour le faire entendre.

Jusqu prsent on a utilis la flagornerie lgard dIsral, lui prsentant une carotte aprs lautre pour tenter de lui plaire. Cela sest avr un chec retentissant. Cela na fait quinciter Isral poursuivre sa politique de dpossession. Le message aussi a failli : la solution deux Etats est devenue fantomatique. Le monde a essay de lui redonner vie artificiellement. Les propositions se sont succdes, trangement similaires, dune feuille de route lautre, du Plan Rogers aux navettes de John Kerry, et chacune a fini en poussire dans un tiroir. Isral a toujours dit non, seuls ses prtextes et conditions prsentant des changements : la fin du terrorisme ici, la reconnaissance dun Etat juif l.

Et pendant ce temps le nombre de colonies en Cisjordanie a t multipli par 3 ou 4, tandis que la brutalit de loccupation augmentait, au point que des soldats se mettent tirer sur des manifestants par pur ennui.

Le monde ne peut collaborer ceci. Il est inacceptable, au 21me sicle, de la part dun Etat qui prtend faire partie du monde libre de priver une autre nation de ses droits. Il est impensable, carrment impensable que des millions de Palestiniens continuent vivre dans ces conditions. Il est impensable quun Etat dmocratique puisse continuer les opprimer de la sorte. Et il est impensable que le monde regarde cela et laisse faire.

La discussion sur les deux Etats doit maintenant se transformer en une discussion sur les droits. Chers Israliens vous avez voulu loccupation et les colonies eh bien restez enferms lextrieur Restez Yitzhar, enclavez-vous dans les montagnes et construisez tout votre soul Itamar. Mais vous avez lobligation daccorder tous leurs droits aux Palestiniens, exactement les mmes droits dont vous jouissez.

Egalit des droits pour tous ; une personne, un vote tel devrait tre le message de la communaut internationale. Et que pourrait rpondre cela Isral ? Quil ne peut y avoir galit des droits parce que les Juifs sont le peuple lu ? Que cela mettrait en danger la scurit ? Les prtextes seraient vite carts, et la vrit nue claterait au grand jour : sur cette terre, seuls les Juifs ont des droits. Une affirmation quil nest pas question de prendre pour argent comptant.

Cest aussi toute la manire de sadresser Isral qui doit tre change. Tant quils nont pas payer le prix de loccupation et que les citoyens ne sont pas sanctionns, ils nont aucune raison dy mettre un terme et mme de sen proccuper. Loccupation est profondment ancre au sein dIsral. Personne nen est lcart, et lcrasante majorit de la population isralienne souhaite continuer en profiter. Cest pourquoi, seules des sanctions peuvent nous faire prendre conscience de son existence.

Oui, je parle des boycotts et des sanctions qui sont largement prfrables aux bains de sang.

Cest la vrit, mme si elle est amre. Les Etats-Unis et lEurope se sont suffisamment prosterns devant Isral. Et sans aucun rsultat, malheureusement. Dornavant le monde doit adopter un autre langage, qui sera peut-tre compris. Aprs tout, Isral a prouv plus dune fois que le langage de la force et des sanctions est son langage prfr.

Gidon Lvy, Haaretz, le 21 juin 2014