C'est confirmé, Nessma TV, la chaîne privée tunisienne qui a bâti sa richesse et son succès sur l'Algérie, a zappé l'élection présidentielle d'avril 2014. Après avoir fermé son bureau le mois de décembre dernier, Nabil Karoui, le premier responsable de Nessma TV, s'est tourné définitivement vers le paysage audiovisuel tunisien.
Selon les dernières statistiques du mois de mars, publiées par Sigma Conseil, la chaîne Nessma TV est même en tête de l'audience télévisée avec un taux de pénétration de 32,2% suivie par Al Watania (31,3%). Mais si Nabil Karoui a laissé de côté sa chaîne qui était financée sous Ben Ali par Berlusconi et El Gueddafi, il se consacre désormais à ses ambitions politiques.
C'est lui qui avait organisé avec le sulfureux Slim Riahi, président du parti de l'Union patriotique libre, la rencontre entre Béji Caïed Essebsi, ex-chef de gouvernement et fondateur du parti Nidaa Tounès avec son rival Rached Ghannouchi, chef de file des islamistes d'Ennahda, à Paris, en septembre 2013. Mais pour faire de la politique, il a besoin de beaucoup d'argent.
Selon certaines sources proches des milieux libyens, le patron de Nessma TV s'évertue à faire la liaison entre Alger et Tripoli en vue d'obtenir des autorités, l'autorisation de rapatrier en Tunisie les recettes publicitaires engrangées par son bureau d'Alger depuis 2008.
Les restrictions de la loi sur le change en Algérie avait bloqué des centaines de millions d'euros gagnés dans les marchés de la publicité en Algérie. Du coup, Nabil Karoui est acculé et il voudrait faire vite avant l'élection présidentielle tunisienne.
Pour ce faire, le directeur de Nessma TV, Nabil Karoui, brandit la menace de grève et fermeture des chaînes de télévision.
C'est en tout cas la menace brandie par les patrons des médias audiovisuels en Tunisie lancée à sortie de séance de travail par ses pairs et lui ont eue, le 16 avril dernier, avec le président de l'Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaâfar. Les patrons du secteur audiovisuel tunisien contestent les nouveaux cahiers des charges qui viennent de leur être assignés par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica).
Il s'agit, notamment des conditions de création et d'exploitation de la radio ou de la télévision privée ou associative en Tunisie. Au rang de celles-ci, il ne faut pas appartenir à un parti politique et être tunisien. Par ailleurs, la participation des fonds étrangers ne peut excéder 50% du capital de l'entreprise, avec l'obligation de respecter la souveraineté nationale et d'opérer un transfert de technologie. Par ailleurs, le détenteur d'une autorisation ne peut créer plus d'une chaîne de radio ou de télévision.
Des restrictions sur la publicité sont également prescrites. «Ces cahiers des charges constituent un indice dangereux pour assujettir les médias et frapper leurs acquis», avaient écrit, dans un communiqué conjoint, plusieurs organisations professionnelles. Les responsables des médias se plaignent par ailleurs, de n'avoir pas été associés à la préparation des cahiers des charges. Ces nouvelles mesures ferment la porte aux investisseurs étrangers, que Karoui avait réussi à ramener, notamment Berlusconi.

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