Même si l'optimisme est une valeur cardinale en ces temps troublés, on ne peut pas toujours voir tout en rose. Véritable garde-fou, le pessimisme active la vigilance qui évite revers et fiascos et peut même stimuler la créativité

L'optimisme est pertinent lorsque l'individu évolue dans un environnement qu'il maîtrise en partie. Or, aujourd'hui, la tendance est plutôt à l'incertitude. Adopter la posture béate du Docteur Pangloss du Candide de Voltaire, pour qui "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes", et ce malgré les désastres qui s'enchaînent, ne peut conduire qu'à des aveuglements néfastes. Les managers ont donc intérêt à opter pour un pessimisme actif et responsable, celui qui lui permet de se protéger et de se défendre. Voici cinq avantages de cet état d'esprit.

1. Détecter les failles
La lucidité générée par le pessimisme oblige à regarder en face les éventuels points faibles d'une situation. Car une organisation, une procédure, un projet, une embauche comprennent toujours un "côté pile" qui doit amener à s'interroger. Où sont les maillons faibles? Quels sont les dangers de cette position? Qu'est-ce que je peux neutraliser? Qu'est-ce que je peux minorer?
Il s'agit d'un "pessimisme d'alerte" que vous pouvez utiliser comme un outil stratégique, qui aide au pilotage au plus près des réalités. Toutefois, gare à ne pas en abuser parce que cette vision pourrait vous intoxiquer ou intoxiquer votre voisinage. N'oubliez jamais que l'étape d'après, c'est le découragement. A recommander exclusivement à l'équipe de direction ou au manager à titre individuel.

2. Anticiper le pire
Foncer tête baissée sur une mission conduit parfois à des dérapages et à l'accident. Alors qu'envisager tous les scénarios catastrophe en amont entraîne à agir pour les éviter. Avant une prise de parole en public ou une négociation par exemple, le responsable clientèle imaginera les ratages, impasses et pièges possibles: trébucher sur une marche, avoir des trous de mémoire, bégayer, oublier ses notes, se tromper de graphique... Tel un sportif de haut niveau, il travaillera sa prestation au cordeau.
Ce "pessimisme de préparation" nous maintient prêts à affronter les difficultés et les échecs. Et donc in fine, à mieux réussir.

3. Bâtir des plans B... et C
La posture pessimiste favorise la créativité en mobilisant ses neurones sur d'autres options envisageables. Pour un objectif donné, les chemins peuvent être divers; inutile donc de se bloquer sur un seul.
Sur les enjeux cruciaux, les programmes d'envergure, ce "pessimisme de prévention" permet d'anticiper le choc d'un refus, d'un défaut de moyens, d'une démission... Et il tue dans l'oeuf les désillusions, la déception, voire la dépression qui peuvent surgir lorsqu'on a tout misé sur un seul numéro. Les cabinets de recrutement le savent bien puisqu'ils ont plusieurs candidats en réserve "au cas où...".

4. Evaluer ses marges de manoeuvre
Tout ne dépend pas seulement de soi. C'est bien une analyse scrupuleuse des risques qui va mettre en exergue les points sur lesquels pèse l'incertitude. Les "et si..." des Cassandre ont ici leur importance dans la mesure où ces extrapolations ne paralysent pas l'action. Oui, la stratégie du concurrent vous échappe, vous ne pouvez rien à la grève surprise des transporteurs ni aux fluctuations du cours du dollar. "Quand tous les clignotants sont à l'orange, il faut parfois renoncer", murmure le pessimiste en nous. Ce "pessimisme de précaution" vous donnera des arguments à faire valoir devant l'équipe. "Ce projet est capital pour nous, si nous échouons, il nous fragilise sur tel et tel point, mieux vaut en changer ou le différer."

5. Aiguiser sa faculté de discernement
Clairvoyance, sens de l'écoute, attention aux détails... L'attitude pessimiste nous permet d'aller au fond des choses. Elle se veut réaliste, loin des fantasmes ou des élucubrations euphorisantes. Dans tous les cas, elle oblige l'entourage à atterrir et à considérer tous les aspects négatifs d'une situation, en particulier lorsque le risque est grand et le contrôle faible. Les techniciens de maintenance sur les sites nucléaire, les responsables de sécurité en entreprise ont ainsi développé une belle acuité. Pour autant, ce "pessimisme positif", quelle que soit sa nature protectrice, ne saurait nous habiter en permanence. Il doit tôt ou tard laisser sa place à son pendant, l'optimisme, qui nous fait vraiment avancer. Le pessimisme est un bon serviteur mais un très mauvais maître

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