Sans cesse décriée, souvent présentée comme au bord du gouffre, voire même en proie à un rapide déclin. Eh bien non ! Déjouant les pronostics consensuels, la Chine est toujours là, et bien là. Ainsi, pendant que les Européens se chamaillaient pour trouver le président de la Commission, qui, comme son prédécesseur, ne fera pas grand-chose, pendant que la Fed souffle le chaud et le froid sur sa politique monétaire à venir et pendant que les Français restent incapables d'engager la moindre réforme de fond, la Chine continue son petit bonhomme de chemin, alliant croissance soutenue et inflation maîtrisée.

Ainsi, non contente d'avoir résisté à la crise de 2008-2009 et d'avoir laissé seuls les pays développés s'enfoncer dans la récession, l'Empire du milieu continue de faire preuve d'un dynamisme à toute épreuve. Si bien qu'il est désormais devenu LA locomotive structurelle de la croissance mondiale. Les dernières statistiques viennent encore de le prouver : augmentation du PIB de 2 % au deuxième trimestre 2014, soit 7,5 % sur un an (contre 7,4 % le trimestre précédent), progression annuelle de 9,2 % pour la production industrielle et de 12,4 % pour les ventes au détail en juin. Pas mal pour un pays en déclin. Certes, les mauvaises langues diront que la croissance chinoise aura du mal à dépasser les 8 %. Quelle horreur ! En outre, il ne faut pas oublier qu'à la différence des pays développés, qui ont souvent tendance à amplifier les chiffres de croissance, la Chine cherche plutôt à amoindrir ses performances, de manière à limiter les pressions internationales récurrentes qu'elle reçoit pour apprécier le yuan. Depuis une dizaine d'années, il est ainsi fréquent que les révisions statistiques officielles du FMI fassent état d'une croissance chinoise plus importante que celle qui avait été annoncée par Pékin.

Toujours est-il que même avec 7,5 % de croissance au deuxième trimestre et près de 8 % en moyenne sur l'année 2014, la Chine va apporter une contribution de 1,2 point à la croissance mondiale, soit près d'un tiers de cette dernière. Cette situation n'est d'ailleurs pas nouvelle, puisque, depuis dix ans, la Chine apporte chaque année entre 1 et 1,5 point à la progression annuelle du PIB de la planète, soit une contribution moyenne de 1,3 point. Sur la même période, la contribution moyenne des Etats-Unis a été de 0,4 point, celle de la zone euro de 0,2 point et celle du Japon de 0,1 point. La Chine est donc devenue de facto la locomotive indéfectible de la croissance internationale. Selon les calculs du FMI, sa part dans le PIB mondial mesurée en parité de pouvoir d'achat devrait même atteindre les 16,1 % dès 2014, contre 19,2 % pour les Etats-Unis, 12,8 % pour la zone euro et 5,3 % pour le Japon. Rappelons qu'en 1980, cette part n'était que de 2 %, contre 24,6 % pour l'Oncle Sam, 22,8 % pour l'UEM et 9,2 % pour l'Empire du soleil levant...

Quant à l'argument selon lequel seuls 450 millions de Chinois vivent correctement, c'est-à-dire selon les normes occidentales, laissant ainsi sur le bord de la route plus de 900 millions de personnes, la Chine le balaie d'une main, en soulignant que cela montre le potentiel de croissance qui existe encore dans l'Empire du Milieu. Et lorsque l'on sait qu'en 2000, il n'y avait que 100 millions de Chinois qui vivaient correctement, on comprend qu'en Chine tout est possible. C'est d'ailleurs là que réside l'une des grandes erreurs des économistes qui prévoyaient l'écroulement de la Chine en 2009, puis en 2011 et enfin en 2014. En effet, selon eux, la crise mondiale ne pouvait qu'enfoncer cette dernière car l'essentiel de son dynamisme était basée sur les exportations. Ce jugement était évidemment erroné, puisque le premier moteur de la croissance chinoise est désormais la demande intérieure, en particulier l'investissement des entreprises et la consommation des ménages. A cet égard, il est illustratif de noter que, depuis le printemps 2006, le glissement annuel des ventes au détail oscille entre 12 % et 23 %.

Bien entendu, tout n'est pas rose en Chine. D'aucuns annoncent même qu'une crise démographique et/ou démocratique et/ou financière est inévitable. Ils ont certainement raison, car les crises font forcément partie du développement économique. Pour autant, à la différence des Occidentaux et notamment des Européens, les Chinois savent anticiper. Aussi, ils disposent d'ores et déjà d'au moins quatre airbags pour éviter une crise durable. Les deux premiers résident dans une épargne et un investissement très élevé, puisque que ces deux moteurs économiques représentent respectivement 50 % et 47 % du PIB chinois. Le troisième est relatif à la faiblesse de l'endettement public qui avoisine les 20 % du PIB. Autrement dit, en cas de coup dur, Pékin pourra actionner sans difficulté l'arme du déficit public. Enfin le quatrième airbag reste le plus impressionnant puisqu'il s'agit des réserves de changes qui ont encore atteint en mars 2014 un nouveau record de 4 009 milliards de dollars, soit environ 400 milliards de dollars plus que le PIB allemand de 2013, 1 300 milliards de plus que celui de la France... La Chine dispose ainsi d'un « trésor de guerre » qu'elle pourra utiliser sans coût et librement en cas de difficulté économique. Et avant que de telles réserves ne se tarissent, il est clair que les concurrents de la Chine auront eu le temps de s'épuiser.

Mais comme si tout ceci ne suffisait pas, Pékin veut aussi ménager son taux de change. Ainsi, alors que la parité des pouvoirs d'achat fait état d'un niveau d'équilibre de 3,5 yuans pour un dollar, la Chine refuse d'apprécier sa devise. Mieux, ou plutôt pire pour le monde occidental, le yuan s'est légèrement déprécié depuis avril dernier, passant de 6,26 à désormais 6,20 yuans pour un dollar. Pourtant, dans la mesure où 70 % de ses exportations sont des produits à contenu technologique, la Chine pourrait se passer d'un tel soutien artificiel. Néanmoins, Pékin veut simplement montrer au monde qu'il fera tout pour soutenir sa croissance et qu'il ne se laissera pas imposer quoi que ce soit par qui que ce soit. Autrement dit, en plus de sa puissance économique, financière et militaire, la Chine veut prouver qu'elle dispose d'une véritable puissance politique.

Face à cette force et à ce volontarisme, les difficultés françaises pour essayer de mettre en place le « pacte de responsabilité » apparaissent vraiment ridicules. Elles prouvent une fois encore que la France et plus globalement le Vieux Continent, auxquels s'associeront peut-être un jour les Etats-Unis, sont vraiment largués

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