Voilà une querelle qui ne me concerne pas directement mais qui cause des dommages collatéraux en Afrique du Nord et dans les pays d’immigration.

Israël et la Palestine, voilà un sujet qui fait couler beaucoup d’encre. A priori tout cela est bien lointain. Le Proche-Orient est à plusieurs heures d’avion de l’Afrique du Nord, je ne suis ni juive ni arabe et les conflits sont nombreux qui retiennent mon attention, à commencer par ceux qui frappent le continent africain.

On est indirectement concernés

Les Kabyles ne sont pas arabes, mais ils vivent dans une société régie par l’islam et autour de nous une majorité des Nord africains sont arabophones, ces derniers s’identifient donc systématiquement aux Arabes d’Orient. Même les Français issus de l’immigration marocaine, algérienne et tunisienne s’enflamment pour les intrigues palestiniennes et les bruits de bottes de l’armée israélienne. Il faut ajouter un autre lien, celui de l’arabisme, cette idéologie défendue par les Etats nord africains qui considèrent le « monde arabe » comme un groupe de pays « frères ». Ce modèle a du plomb dans l’aile parce qu’en réalité les pays dits « arabe » ont des intérêts qui dépassent l’idéologie, sauf que presqu’aucun d’eux ne reconnait l’existence de l’Etat d’Israël.

Ce qu’on oublie de dire

Maintenant qu’on a parlé du point de vue arabo-musulman, que dire des Kabyles ? Il existe deux manières très tranchées de voir les choses :

Nombreux sont les propalestiniens pour les mêmes raisons que les arabophones. A mon avis ils ont surtout peur de se démarquer de leur voisin « arabe ». C’est le choix du profil bas, du silence et de la docilité. On pense donc comme nos voisins, comme l’Etat algérien, sinon on va encore se faire taxer de séparatistes.

On trouve d’autres Kabyles assez nombreux qui adoptent le raisonnement inverse, qui rejettent le nationalisme arabe et l’islamisme. En partant du principe qu’un Etat arabo-musulman nous oppresse en nous imposant sa langue et une religion d’Etat toute puissante et une politique d’assassinats ciblés contre les Kabyles. L’Algérie défend le nationalisme arabe, elle ne reconnaît pas Israël, donc on peut se sentir proche de l’Etat hébreu et de ses habitants.

Voici maintenant mon propre point de vue, je m’arrêterai à quelques considérations :

1. Les Israéliens ont des liens très forts avec nous. Il ne faut pas oublier que 150 000 juifs ont été expulsés d’Algérie vers la France en 1962. Ces gens étaient nos voisins, ils vivaient sous le même climat que nous et on les a chassés, on peut appeler cela de la purification ethnique. Certaines de ces familles sont parties s’installer en Israël. Cela veut dire que dans ce pays, il existe des gens qui partagent des liens historiques avec nous.

2. J’ai une admiration pour ce peuple qui s’est retroussé les manches pour construire un Etat sur un petit territoire et qui a réussi là où nombre de ses voisins ont échoué. Israël peut être une chance pour le Proche-Orient, il faudrait juste que ses voisins arrêtent de lui taper dessus pour essayer de nouer des liens économiques avec lui.

3. Je ne nie pas la question palestinienne, il faut un Etat. Je pense même qu’Israël a du souci à se faire. La population palestinienne a une démographie galopante et risque tout simplement d’absorber le peuple hébreu.

4. Je suis frappée par la violence des deux côtés et j’ai une profonde antipathie pour les combattants des deux camps. Israël utilise une force disproportionnée à cause de son angoisse d’être dépassée par une population nombreuse et fanatisée par les islamistes. Les Palestiniens sont pris en étau entre des frontières fermées et des mouvements nationalistes peu recommandables qui font régner la corruption et la terreur. Je ne crois pas à une solution armée, ou alors tout cela finira mal pour tout le monde.

5. L’Etat algérien est mal placé pour soutenir les Palestiniens, lui qui a fait tirer sur des manifestants en Kabylie à plusieurs reprises, notamment en 2001 où la gendarmerie a tué 126 personnes. Plus récemment à Ghardaia, des arabophones se sont mis à agresser et à tuer des berbérophones sous l’oeil complaisant de la police. La télévision algérienne ne parle pas de cette violence mais ne manque jamais une occasion de donner des leçons à l’extérieur.

Finalement le conflit israélo-palestinien alimente le nationalisme arabe et l’islamisme. c’est un boulet qui empêche une partie importante des Nord Africains de se pencher sur leurs propres problèmes.

Nadia Mechiche