Grande purge au palais. Annonce comme imminente par certains titres de la presse arabophone elle est dsormais confirme grce une trange mise au point adresse au quotidien El Watan ! Car figurez-vous que les actes politiques du rgime nont jamais eu besoin de transparence pour tre sereinement assums. Et cest ainsi que la rpudiation de certains conseillers du Prsident na pu tre certaine quau moment o lon a cru ncessaire de rectifier linformation donne par ce journal en lui prcisant que lannonce de la rvocation du secrtaire particulier du chef de lEtat tait une assertion fausse. Cela tant, lopinion publique peut donc considrer que la fin de mission des trois autres personnalits cites se passe de commentaires. La table rase qui vient dtre ordonne leurs dpens ressemble bien un vaste dmantlement. Ds linstant o elle concerne trois figures du bouteflikisme lon ne peut que sinterroger sur les tenants et les aboutissants dun tel nettoyage.

Sagissant du gnral la retraite Touati, conseiller aux questions scuritaires ; Rachid Assat, le metteur en musique politique de toutes les manuvres du pouvoir, et Mohamed Meguedem, linterface du milieu des affaires, dont la notorit charrie une odeur de soufre, lon sest vite empress de qualifier loukase du Prsident de cabale inspire par son nouvel entourage. Car dans les diffrents cercles du pouvoir nul nignorait que ces hommes du Prsident bnficiaient dune influence particulire dans les domaines o ils opraient jusque-l. Aussi bien les ministres que les hauts dignitaires des autres institutions de lEtat taient suspendus leur verdict au point que dans les alles du pouvoir ils incarnaient parfaitement ce que lon entend par cabinet noir. On les croyait indboulonnables, notamment pour celui dentre ces trois-l qui parvint rester demeure au palais depuis Chadli Bendjedid !

Et ce sont prcisment ces longvits hors normes dans des rles dinfluence qui firent deux des gourous. Bouteflika sen entoura ds son second mandat et sinspira souvent de leur suppose prscience. Or la sanction qui les frappe collectivement ne semble pas de lordre naturel et paisible dune fin de mission. Elle relevait plutt du prliminaire une future rorganisation des missions au sommet de lexcutif. Le chef de lEtat, dont les difficults de sant font quil na pu que souscrire lide sans avoir le tonus ncessaire pour laccomplir, a certainement d faire appel un matre duvre qualifi.

Cest ainsi que le nom dOuyahia est cit. Lui le ministre dEtat, directeur de cabinet du prsident de la Rpublique et de surcrot en charge des consultations relatives la rforme constitutionnelle, est lvidence le premier auquel lon pense propos de ce grand mnage.

De par la fonction quil occupe, nest-il pas dabord dans son pr-carr lui qui sest fait une rputation de ne gure apprcier les parasitages dans les domaines de ses prrogatives ? Alors quil tait donn pour un has been il y a peine 6 mois, le revoil au cur du dispositif du pouvoir. Sa rsurrection, pour exceptionnelle quelle est, sexplique sans doute par ses indniables qualits politiques. Nous disons bien qualits politiques et pas du tout qualits thiques ! ce sujet justement tout, ou presque, a t dit et crit sur ses travers.

Depuis son grand baptme, lorsquil eut occuper pour la premire fois la fonction de chef de gouvernement, 19 annes se sont coules.
Il connut certes des moments moins gratifiants dont certains furent carrment humiliants, mais il sut chaque fois rebondir et se replacer dans le jeu. Dans le microcosme ne sest-il pas, en effet, forg une rputation de redoutable calculateur pour qui une alliance est toujours prcaire et rvocable.
Ambitieux sans tats dme, il ne gote gure le jeu collectif. Solitaire, dont ladhsion un ple de convergence politique ne simpose lui que pour le dpasser ou sen approprier, il obit en toutes circonstances au plan de sa carrire personnelle.

Celui qui doit un jour ou lautre le mener la magistrature suprme. Or cela lui semble russir dans lactuel contexte ds lors quil se voit plac au point nodal du systme. Grce la fonction axiale quil occupe, il est effectivement en mesure de dplacer lensemble des pions et justifier ses martingales auprs du chef de lEtat comme tant des rponses aux inquitudes de celui-ci.
Prudent et rus, na-t-il pas toujours tir argument de cette fameuse posture de grand commis de lEtat uniquement proccup par la glorieuse servitude quelle inspire ? Sa rivalit avec le Prsident tant dsormais sans objet, nest-il pas en voie de redevenir lhomme idoine capable de conduire la transition ?

Il est mme probable que ce soit le chef de lEtat qui en aurait exprim le souhait. Car, sans cette hypothse, il nest gure possible dexpliquer lpuration du palais et de surcrot mettre un nom parmi les probables prposs louvrage. Celui de la liquidation dune certaine caste.


Boubakeur Hamidechi