Les personnes unies par des liens d'amitié présenteraient une surprenante proximité génétique.
Ceux qui estiment que les vrais amis sont comme la famille ne sont pas si loin de la vérité. Nous partageons avec nos amis plus de patrimoine génétique qu'avec des étrangers, révèle une étude des universités de Californie et de Yale, publiée dans les Annales de l'Académie américaine des sciences lundi.
Cette publication repose sur l'analyse de presque 500.000 variantes génétiques d'un groupe de 1932 individus, qui contenait 1367 paires d'amis (certains sujets ayant plusieurs amis dans la cohorte). C'est la première étude sur l'ensemble du génome de corrélations génotypiques chez des amis.
La proximité et l'éloignement génétiques peuvent être identifiés en observant les différences et les similarités sur ces variantes. En comparant les résultats des paires d'amis à ceux obtenus chez plus d'un million de paires d'étrangers, les chercheurs ont remarqué une différence faible, mais «significative pour des généticiens», assure le Dr Nicholas Christakis, médecin et sociologue à l'Université de Yale, et auteur de l'étude. Les similarités entre amis correspondent au degré de proximité typiquement observé entre cousins au quatrième degré, c'est-à-dire ayant des arrière-arrière-arrière-grands-parents communs.

Un avantage évolutif

Certains détails sont intrigants: les similarités sont particulièrement importantes sur des gènes liés à l'odorat, et les chercheurs ont relevé une corrélation négative sur certains gènes liés à l'immunité. Mais pour Etienne Patin, chercheur au CNRS dans l'unité de génétique évolutive, ces deux constats paraissent logiques. «L'odorat fait partie des systèmes de reconnaissance de l'homme, car il permet de favoriser l'histocompatibilité, qui diminue les risques de fausses couches par exemple», explique-t-il au Figaro. «C'est une caractéristique de la recherche de partenaire sexuel… Partenaire que l'on choisit d'ailleurs souvent parmi ses amis». De même, nos instincts reproductifs enrichissent notre immunité, en nous incitant à nous rapprocher de partenaires sexuels disposant d'un système immunitaire différent du nôtre.
Les auteurs expliquent aussi l'avantage dans l'évolution de se lier d'amitié avec des personnes proches génétiquement. Cette proximité induit des réactions communes, et une adaptation plus facile face à un environnement. Par exemple, et de manière un peu caricaturale, si deux humains sont particulièrement frileux, celui qui allume un feu ferait profiter de cet avantage à son compère, qui pourrait se réchauffer.

L'étude fournit des pistes à étudier, mais ses résultats sont à prendre avec précaution, estime Etienne Patin. «L'approche est intéressante et le traitement rigoureux, mais la publication est peu concluante car elle comporte des biais», explique-t-il. «Les auteurs l'avouent eux-mêmes, et les signaux obtenus sont relativement faibles. Elle mérite d'être répliquée avec un plus grand échantillon. Mais avec les hypothèses fortes formulées, et ces résultats préliminaires, elle présente un faisceau d'indices, et le grand intérêt d'ouvrir un débat.» Il permet aussi d'alimenter des débats existant, entre l'inné et l'acquis, entre les instincts et la psychologie du vécu.

le figar