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    L'algerie ancienne et moderne + description physique de l'algerie

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    Dernière édition par gladiateur; 09/08/2015 à 00h34
    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    VANT d’entreprendre le récit des événements historiques dont l’Afrique septentrionale a été le théâtre, avant de dérouler cette longue série de guerres et d’invasions qui ont tant de fois changé la face de ce pays, ruiné ses villes, et influé de mille manières sur l’existence de ses habitants, nous allons rapidement esquisser la physionomie de cette contrée. Nous gravirons ses montagnes; nous parcourrons ses plaines et ses vallées autrefois si fertiles, et qui offrent encore à l’industrie moderne de si grandes ressources; nous indiquerons les différentes zones de cette riche végétation africaine, ainsi que les animaux qui s’y trouvent:

    Nous constaterons enfin les divers phénomènes de climatologie qui s’y succèdent, les vents qui y règnent, la chaleur qu’il y fait, les pluies qui y tombent. Ce tableau succinct, à l’exécution duquel nous avons fait concourir les documents les plus authentiques recueillis par les voyageurs et les savants de l’antiquité et des temps modernes, donnera dès l’abord une notion exacte de l’Afrique septentrionale et dégagera le récit principal de toutes les descriptions de détail dont il aurait fallu le surcharger.
    Les géographes de l’Orient donnaient le nom d’île Occidentale (Magrab insula) à cet avancement que forment au nord-ouest, au delà du 30° de latitude nord, les terres planes de l’Afrique septentrionale(1) . Cette manière grandiose d’envisager une partie si importante de l’Afrique est fondée sur la nature même du pays: en effet, la projection du continent africain entre la Méditerranée, l’Océan atlantique et le grand désert de Sahara, lui donne au premier coup d’œil l’aspect d’une véritable île entourée de toutes parts d’un océan d’eau et de sable.
    L’Atlas n’est pas, comme on le suppose généralement, et comme l’ont dit les géographes de l’antiquité, un groupe de montagnes isolé, sans ramifications, c’est au contraire tout un système de hauteurs qui s’étend depuis la Méditerranée jusqu’à l’Océan, et qui détache complètement cette partie septentrionale de l’Afrique du reste du continent. L’Atlas commence près des golfes de la grande et de la petite Syrte, d’où il s’élève peu à peu en vastes plateaux jusqu’à Tunis. Au nord et au sud, du côté des plaines unies de Sahara, il se dégrade en plusieurs chaînes de montagnes basses, mais très escarpées. A l’ouest, il se précipite dans le pays de Maroc, jusque dans l’Océan atlantique, et forme, en s’abaissant, des plaines montueuses, des côtes garnies de rochers et un grand nombre d’écueils qui rendent si périlleux les rivages de la Méditerranée, depuis Agadir jusqu’au détroit de Gibraltar. Mais une circonstance bien remarquable et qui doit augmenter l’intérêt qu’offrent ces premières études de la nature africaine, c’est que cette vaste chaîne de l’Atlas se trouve intimement liée au système géologique de notre continent. Les beaux travaux hydrographiques de Smith ont démontré qu’entre le cap Blanc de Bizerte et la Sicile, une suite de montagnes sous-marines, trahies par plusieurs récifs, unissent le royaume de Tunis à la Sicile, tandis que les sondages exécutés dans le détroit de Gibraltar ont pleinement constaté que si ce canal pouvait être mis a sec, on verrait les chaînes de l’Atlas se rattacher par toute leur structure à celles de la péninsule ibérique: de telle sorte qu’il est permis d’avancer que, dans les Ages antéhistoriques, l’Europe et l’Afrique ne formaient qu’un seul et même continent.
    Dans l’une et dans l’autre, des ravins profonds, de riches vallées et de beaux pâturages se dessinent sur le versant des montagnes; on remarque, au delà comme en deçà de la Méditerranée, la même disposition du sol, qui s’élève graduellement en plateaux superposés au-dessus du niveau de la côte; dans les deux pays, l’encaissement de la plupart des rivières entre de hautes berges et le dessèchement périodique de leurs eaux, offrent de nouveaux traits de ressemblance non moins caractéristiques; nous mentionnerons encore ce fait constaté par des géographes célèbres, c’est que la hauteur des cônes les plus élevés de l’Atlas correspond parfaitement aux montagnes neigeuses de la Sierra Nevada, situées vis-à-vis dans l’Andalousie et le royaume de Grenade: les deux systèmes ne diffèrent que dans leurs dépressions. Le plateau d’Espagne a sa principale pente dans les vastes plaines de l’ouest vers l’Océan atlantique; du côté de la Méditerranée elle est beaucoup moins prolongée et plus escarpée. En Barbarie, au contraire, les grandes plaines de la principale dépression du plateau se dirigent, à l’est, vers la Méditerranée; celles qui vont joindre l’Océan sont beaucoup plus abruptes.
    (1) (Ainsi que le fait remarquer Malte-Brun, dans sa savante Histoire de la Géographie, l’Afrique était fort mal appréciée des Grecs et des Romains. Homère connaissait la Libye, " pays, dit-il, où les agneaux naissent avec des cornes, ou les brebis mettent bas trois fois “ par an ” (Odyssée, liv. IV) — Il est impossible de tirer du texte d’Hérodote un ensemble clair et précis de ses idées sur l’Afrique occidentale. — La description de cette partie de l’Afrique, chez Strabon, prouve bien que les connaissances de son temps atteignirent à peine les bords du Niger. Il dit, il affirme, il répète que l’Afrique se termine par des déserts, soit qu’on suive les côtes sur l’Océan, soit qu’on pénètre vers l’intérieur, et que les Romains en possèdent à peu prés toutes les parties qui ne sont pas désertes ou inhabitables. — Les Romains, du temps de Pline, ne connaissaient que le tiers de l’Afrique, et le savant naturaliste lui-même possède des notions si imparfaites sur cette partie du monde, qu’il place les sources du Nil dans les montagnes de la Mauritanie. — Dans un ouvrage aussi concis que cette histoire, nous avons dû mettre de côté toutes ces fables, toutes ces assertions hasardées, pour arriver de suite aux géographes et aux voyageurs modernes, dont les travaux positifs sont à l’abri de toute critique. Pour d’autres parties, la géographie ancienne nous offrira des documents irrécusables.).



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    HEZ les anciens, le Mont Atlas était un héros métamorphosé en pierre; ses membres robustes étaient devenus autant de rochers; il portait l’Olympe entier avec toutes ses étoiles, et ne succombait point sous un tel fardeau; sa tête, couronnée d’une forêt de pins, était toujours ceinte de nuages ou battue des vents et des orages; un manteau de neiges couvrait ses épaules, et de rapides torrents coulaient de sa barbe antique (Dans les idées populaires de la géographie ancienne, l’Atlas était à la fois la colonne sur laquelle reposait le ciel, et la borne où finissait le monde. L’Atlas était dépeint par les géographes de l’antiquité comme un sanctuaire impénétrable, plein de désordres, de mystères et d’horreurs).
    Cette personnification majestueuse et poétique de l’une des plus remarquables montagnes de l’ancien monde est en partie justifiée par le peu de largeur que présentent les bases du haut Atlas. Cette chaîne, vue de profil, ainsi que le fait observer M. de Humboldt, apparaissait aux anciens navigateurs comme une colonne aérienne isolée, supportant la voûte du ciel: de cette configuration à la tradition mythologique, il n’y avait qu’un pas; aussi s’est-elle conservée intacte de génération en génération jusqu’à nous. Un fait incontestable, c’est qu’aucun voyageur, pas même les caravanes les plus lentes, ne mettent plus de trois jours pour se transporter des plaines du nord-est à celles du sud-est.
    Dans le système atlantique sont comprises toutes les montagnes qui bordent l’Océan et la Méditerranée, depuis celles appelées Montagnes Noires, près du cap Bojador, jusqu’au désert de Barcâh. Ce que l’on nomme proprement Atlas, est un groupe de plusieurs chaînes parallèles qui reçoivent différents noms des géographes. Le Grand Atlas borde l’empire de Maroc; le Petit Atlas commence à Tanger, près du détroit de Gibraltar, et se prolonge jusqu’au golfe de Sidre. On y remarque les monts Gharian ; plusieurs rameaux s’en détachent sous les noms de monts Haroudjé, que les Arabes distinguent en Haroudjé-el-Açouad ou Haroudjé noir, et en Haroudjé-el-Abiad ou Haroudjé blanc; d’autres rameaux portent les noms de monts Tiggerendoumma, Tibesty, Haïfath, ce sont ceux qui vont se terminer dans les déserts de Libye et de Sahara. La troisième chaîne de l’Atlas est celle des monts Ammer, dans l’Algérie, qui joint le Grand et le Petit Atlas aux Montagnes Noires, et dont les rameaux circonscrivent le Fezzan . C’est dans l’empire de Maroc, principalement à l’est de la ville de Maroc et au sud-est de celle de Fez, que l’Atlas atteint sa plus grande hauteur; c’est là aussi que se trouvent concentrées les neiges éternelles. Puis, à mesure qu’il s’avance vers l’est, l’Atlas se dégrade proportionnellement, de telle sorte que les sommets qui se trouvent sur le territoire algérien sont plus élevés que ceux de Tunis, et que ces derniers dépassent, à leur tour, les pics de la régence de Tripoli. Quoiqu’on n’ait pas encore fait des relevés rigoureusement exacts de ces divers sommets, on peut néanmoins établir que les points culminants du Grand Atlas, dans l’empire de Maroc, ne s’élèvent pas au-dessus de 4 000 mètres, et que ceux d’Alger ne vont pas au-delà de 3,000.
    Dans l’Algérie, l’Atlas se prolonge parallèlement à la côte, et traverse cette province dans toute sa longueur. A son point culminant, il se déroule ou plutôt il s’épanouit en une vaste chaîne, dont la masse complexe, imposante, sépare le territoire d’Alger proprement dit du Sahara et le protége contre l’influence des vents du désert. Puis vers le nord, au-delà des plateaux adossés à cet immense rempart, comme une suite de terrasses, une seconde chaîne, sous le nom de Petit Atlas, s’étend parallèlement à l’autre, de l’est à l’ouest, en suivant le littoral dans toute sa longueur. Celle-ci est le point de départ d’une multitude de ramifications qui se rattachent à la grande ligne du Sahara, ou s’avancent abruptement dans la direction de la Méditerranée, et quelquefois jusque sur la côte.
    Plusieurs défilés d’une physionomie pittoresque et sauvage se dessinent entre les chaînons multipliés de l’Atlas; les Turcs les appelaient Demir-Capy (Portes de Fer). Ce sont, en effet, de formidables portes, toutes taillées pour les besoins de la guerre, et dont quelques hommes peuvent facilement défendre l’accès. Le plus occidental de ces cols, dans le grand Atlas, est celui qui a reçu le nom de Bab-el-Soudan (Porte du Sultan). Les plus remarquables de l’Algérie sont les Bibans et le Teniah de Mouzaïa, tous les deux franchis par l’armée française sous les ordres du duc d’Orléans, Là où l’écartement des montagnes a laissé de plus grands intervalles, se développent de fraîches vallées et de vastes plaines à l’est d’Alger, on cite les plaines de Constantine et celle de Bône, connue sous le nom de la Boujimah; à l’ouest, les bassins du Chélif, de l’Habrah, donnent la plus haute idée de la fécondité de cette partie de l’Afrique. Dans les environs de Mostaganem, de Mazagran, d’Arzew, de Mascara, de Tlemcen, de La Calle, il y a aussi bon nombre de vallées susceptibles d’une riche culture; enfin, à quelques lieues de la capitale se trouve la Mitidja, la plus vaste et la plus belle



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    A constitution géognostique du Grand Atlas est à peine indiquée par les voyageurs européens qui ont franchi cette ligne de montagnes; nous savons seulement qu’il est formé d’une roche de quartz et de mica, appelée gneiss; qu’on distingue au-dessous de celle-ci un calcaire de sédiment inférieur, et que les couches du calcaire, primitivement horizontales, sont devenues presque perpendiculaires, par la puissance d’un soulèvement dont il est impossible d’assigner l’époque. Des roches quartzeuses, le grès, et un calcaire grossier ferrugineux, parsemé en beaucoup d’endroits de corps organisés et de pétrifications de toute espèce, paraissent constituer la plupart des collines qui se ramifient entre le grand et le petit Atlas. Les collines par lesquelles l’Atlas se termine dans le désert de Barcâh, sont des masses calcaires blanches; l’Haroudjé blanc est de ce nombre. Quant à l’Haroudjé noir, peut-être son noyau est-il calcaire, mais il n’offre que des mamelons de basalte, ainsi que l’a observé Hermann; on croit que c’est le mont Ater des anciens.
    Le sous-sol des plaines est généralement argileux ou calcaire à Alger, siliceux à Bône, et calcaire ou schisteux à Oran. Le sol de la Mitidja est entièrement formé par un terrain d’alluvion. Ce sont des couches horizontales de marnes argileuses et grisâtres et de débris pierreux de différentes natures. On a encore observé que l’Harrach roule des marbres blancs et veinés, des grès, des spaths calcaires, des pierres ferrugineuses, des stalactites et des morceaux de fer, et que des troncs et des feuilles de plantes ont laissé très distinctement leur empreinte diversifiée sur ces nombreuses substances. Dans les plaines d’Oran, l’humus est beaucoup moins abondant que dans la Mitidja, et ne dépasse guère une épaisseur moyenne de sept pouces. C’est en quelques endroits une marne jaune, et ailleurs une argile rouge ou blanche. Quant à la terre végétale des plaines de Bône, elle se recommande par sa profondeur et son excellente qualité.
    Les Romains avaient découvert des mines de toute espèce dans leur province d’Afrique; ils faisaient surtout un très grand cas des marbres de la Numidie, qui étaient d’un beau jaune uni, ou tacheté de diverses couleurs. Depuis, en traversant dix siècles de vicissitudes, la connaissance de ces exploitations s’est entièrement perdue; et le gouvernement algérien, avec son insouciance ordinaire, n’a voulu prendre aucune mesure ni tolérer aucune tentative qui aurait eu pour objet d’en retrouver les traces. Les preuves de l’existence de ces trésors souterrains ne s’en montrent pas moins partout à nu sur les flancs ravinés des montagnes. Les calcaires gris et noirs qu’on voit alterner avec les marnes schisteuses et le phyllade, et les schistes talqueux du Petit-Atlas et du massif d’Alger, ont fourni ou pourraient donner des grès, du marbre blanc, de l’ardoise, et des terres pour la fabrication des tuiles, des briques, etc. Dans les vallées de l’Arbâ et de l’Oued-el-Akhra, on a trouvé plusieurs carrières de gypse ou de pierre à plâtre; et plus loin, dans les gorges de l’Atlas, de très beaux marbres statuaires, de l’albâtre, de l’ocre jaune, de la terre de pipe et du blanc d’Espagne. Le calcaire tertiaire d’Oran a été employé de tout temps aux constructions de la ville. Trois gros bancs en pleine exploitation, dans la carrière de Saint-André, donnent de très belles pierres de taille.




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    ES sources sont très nombreuses sur le versant des montagnes et au milieu des collines qui accidentent le territoire algérien : les unes se précipitent avec fracas de rocher en rocher; les autres roulent lentement leurs eaux dans la plaine. Du mois de novembre au mois de mai, les torrents et les rivières, enflés par les pluies, grossissent rapidement, souvent même ils débordent; mais insensiblement, quand viennent les grandes chaleurs, ils diminuent, et bientôt dans leurs lits il ne reste plus qu’une grève à peine humectée par un imperceptible courant. Soit que l’Atlas se trouve trop rapproché de la mer, soit que ses versants aient été déboisés, soit que les rayons du soleil dessèchent trop rapidement la terre, toujours est-il qu’il n’y a dans l’Algérie aucun cours d’eau suffisant pour entretenir un système régulier de navigation intérieure; ils peuvent tout au plus subvenir aux besoins de l’irrigation agricole.

    De tous les cours d’eau du territoire d’Alger, proprement dit, un seul, l’Oued-el-Kerma, a son origine dans le massif qui entoure cette ville. L’Harrach, la Chiffa, l’Oued-Boufarik, l’Oued-Jer et l’Hamise prennent leur source dans les montagnes du Petit-Atlas. L’Harrach, malgré le peu de largeur de son lit, est un des cours d’eau les plus importants de cette portion de l’Algérie; il coule, en serpentant, dans la belle plaine de Mitidja, et ne devient profond qu’au moment des grandes pluies. Pendant les autres époques de l’année, on le traverse à gué presque partout. La Chiffa sillonne aussi la plaine de Mitidja. Cette rivière reçoit successivement l’Oued-el-Kebir et l’Oued-Jer; elle prend alors le nom de Mazafran, et se dirige vers le nord-ouest où elle se réunit encore à l’Oued-Boufarik; puis elle contourne le massif d’Alger, perce les collines du Sahel, et se jette dans la mer à deux lieues de Sidi-Ferroudj. Le cours du Mazafran est assez rapide; mais quoiqu’en certains endroits son lit présente 400 mètres de large, et ses berges 40 mètres de hauteur, ses eaux sont peu profondes.
    Les principales rivières de la province d’Oran sont l’Oued-el-Maylah, nommé aussi Rio-Salado, l’Habrah, l’Oued-Hammam, la Tafna et le Chélif ; la plupart de ces cours d’eau descendent des gorges de l’Atlas. La Tafna, qui a donné son nom au traité conclu entre le général Bugeaud et Abd-El-Kader, est une des grandes rivières de la province d’Oran. Après un cours d’environ 30 lieues pendant lequel elle est grossie par la Sickack et plusieurs autres affluents, elle se jette dans la mer, à l’extrémité orientale du golfe de Harchgoun L’Oued-el-Maylah, la rivière salée, le Salsum flumen des Romains, dont le cours a été peu exploré, justifie son nom par la qualité de ses eaux, et se jette à la mer non loin du cap Figalo; l’Habrah, réunie à l’Oued-el-hammam et à la Sig, forme près d’Arzew une espèce de marais qui se décharge dans la mer. Au delà, vers l’est, coule le Cheliff, le fleuve le plus remarquable de toute l’Algérie par le volume de ses eaux et la longueur de son cours. Il prend sa source dans le Sahara, au sud de la province de Titterie, traverse le lac Dya, décrit une ligne de 80 à 100 lieues, de l’est à l’ouest, sans jamais être obstrué par les sables, et vient se jeter dans la Méditerranée à six milles au-dessous de Mostaganem. La vallée qu’il parcourt est aujourd’hui la plus belle partie des provinces de Titterie et d’Oran. Les autres cours d’eau de cette province ne sont que des ruisseaux sans importance, qui se jettent dans la Sebkha (lac salé d’Oran), ou se perdent dans les sables.
    De nombreux cours d’eau sillonnent aussi la province de Constantine; les plus remarquables sont: la Soummam, l’Oued-el-Kebir, l’Oued-Zefzag, la Seybouse, l’Oued-Boujimah et le Maffragg. La Soummam, appelée aussi Oued-Adouze et Nazabah, coule du sud-ouest au nord-est. On la trace ordinairement comme prenant sa source dans la province de Titterie, traversant la chaîne du Jurjura, et se terminant à la mer, dans le golfe de Bougie, au-dessous du cap Carbon. De ce point, en nous avançant vers l’est, nous rencontrons l’Oued-el-Kebir (le grand fleuve), le cours d’eau le plus important de cette province. Il prend sa source dans la chaîne du Grand-Atlas, à plus de cinq journées de marche de Constantine. L’Oued-el-Kebir, appelé aussi Oued-Rummel dans la partie supérieure de son cours, coule du nord au sud sur un plateau élevé, perce plusieurs contreforts du Petit-Atlas, tourne autour des murs de Constantine, et déverse ses eaux dans la mer entre Djidjelli et le cap Boujarone. Après avoir franchi l’Oued-Zhoure et l’Oued-Zeamah, nous nous trouvons sur les rives du Zefzaf, qui prend sa source sur le versant nord-est du Djebel-el-Ouache, et se rend, par un cours d’environ douze lieues, dans le golfe de Stora auprès de Skikida. En s’avançant encore vers l’est, on rencontre la Seybouse, dont le cours accidenté embrasse une étendue de 40 lieues; formée par la réunion de l’Oued-Zenati et de l’Oued-Alligah, ses eaux sont très profondes dans la vaste pleine qu’elle parcourt, et à son embouchure dans le golfe de Bône, elle reçoit les petits navires de cabotage; les sandales peuvent même remonter son cours, jusqu’à une assez grande distance de la mer.
    Le versant méridional de l’Atlas algérien, généralement plus aride que le versant du nord, et offrant aux eaux beaucoup moins d’ouvertures, produit cependant deux fleuves considérables : le Medjerdah (le Bagrada des Romains), qui appartient à la régence de Tunis plutôt qu’à l’Algérie; et l’Oued-el-Gedy, (rivière du Chevreau), qui, courant à l’est, allait autrefois, sous le nom de Triton, se jeter dans le golfe de la petite Syrte (golfe de Cabès); il se perd aujourd’hui dans le lac de Melgig à l’extrémité méridionale de la province de Constantine.
    Il existe sur le territoire algérien plusieurs lacs ou marais, dont la constitution n’est pas sans intérêt: la plupart sont salés ou saumâtres; ils s’emplissent durant la saison des pluies, et se dessèchent en été. Au sud de Constantine on trouve le Chott, vaste marais fangeux, où croupissent des eaux saumâtres pendant les saisons pluvieuses. La Sebkha d’Oran est une énorme masse d’eau qui a 2 000 mètres de large, et qu’on voit s’étendre, du côté de l’ouest, à perte de vue, comme un bras de mer. Cependant, l’évaporation est si active pendant les chaleurs de l’été, qu’au mois de juillet les chevaux et les chameaux des Arabes passent d’une rive à l’autre presque à pied sec. Dans la plaine de la Mitidja, aux environs d’Alger, à Bône, à Arzew, il existe plusieurs lacs de cette espèce, moins importants, il est vrai, mais soumis aux mêmes lois. La qualité saline de ces lacs se reproduit dans un nombre très considérable de sources, au point que, suivant la remarque de Desfontaines, les eaux salées seraient beaucoup plus abondantes en Algérie que les eaux douces; aussi, le nom Oued-el-Maleh (ruisseau de sel) se reproduit-il fréquemment dans la nomenclature topographique des Arabes. Les eaux thermales n’y sont pas moins répandues: plusieurs de ces sources ne sont que tièdes, à la vérité, mais il en est qui s’élèvent à une haute température, comme celles de Hammam-Meskoutyn et de Hammam-Merigâh qui atteignent 76° Réaumur.
    Cette abondance d’eaux salines et minérales, qui annonce une formation volcanique intérieure, ne doit pas cependant faire conclure que le territoire d’Alger soit dépourvu d’eaux douces et fraîches. Il suffit, pour en trouver, de creuser à très peu de profondeur ; souvent même on l’obtient jaillissante comme dans nos puits artésiens. Les Erouagâh, tribus qui occupent l’extrémité méridionale de la régence, pratiquent avec succès, depuis un temps immémorial, le procédé du forage, dans le but de procurer, disent-ils, une issue à l’eau douce du Bahr-that-el-Erdh. (de la mer souterraine), et ils réussissent presque toujours. On rencontre ordinairement l’eau douce à quatre ou cinq mètres de profondeur, mais jamais les sondages ne dépassent quatre-vingt mètres.


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    ES sources sont très nombreuses sur le versant des montagnes et au milieu des collines qui accidentent le territoire algérien : les unes se précipitent avec fracas de rocher en rocher; les autres roulent lentement leurs eaux dans la plaine. Du mois de novembre au mois de mai, les torrents et les rivières, enflés par les pluies, grossissent rapidement, souvent même ils débordent; mais insensiblement, quand viennent les grandes chaleurs, ils diminuent, et bientôt dans leurs lits il ne reste plus qu’une grève à peine humectée par un imperceptible courant. Soit que l’Atlas se trouve trop rapproché de la mer, soit que ses versants aient été déboisés, soit que les rayons du soleil dessèchent trop rapidement la terre, toujours est-il qu’il n’y a dans l’Algérie aucun cours d’eau suffisant pour entretenir un système régulier de navigation intérieure; ils peuvent tout au plus subvenir aux besoins de l’irrigation agricole.

    De tous les cours d’eau du territoire d’Alger, proprement dit, un seul, l’Oued-el-Kerma, a son origine dans le massif qui entoure cette ville. L’Harrach, la Chiffa, l’Oued-Boufarik, l’Oued-Jer et l’Hamise prennent leur source dans les montagnes du Petit-Atlas. L’Harrach, malgré le peu de largeur de son lit, est un des cours d’eau les plus importants de cette portion de l’Algérie; il coule, en serpentant, dans la belle plaine de Mitidja, et ne devient profond qu’au moment des grandes pluies. Pendant les autres époques de l’année, on le traverse à gué presque partout. La Chiffa sillonne aussi la plaine de Mitidja. Cette rivière reçoit successivement l’Oued-el-Kebir et l’Oued-Jer; elle prend alors le nom de Mazafran, et se dirige vers le nord-ouest où elle se réunit encore à l’Oued-Boufarik; puis elle contourne le massif d’Alger, perce les collines du Sahel, et se jette dans la mer à deux lieues de Sidi-Ferroudj. Le cours du Mazafran est assez rapide; mais quoiqu’en certains endroits son lit présente 400 mètres de large, et ses berges 40 mètres de hauteur, ses eaux sont peu profondes.
    Les principales rivières de la province d’Oran sont l’Oued-el-Maylah, nommé aussi Rio-Salado, l’Habrah, l’Oued-Hammam, la Tafna et le Chélif ; la plupart de ces cours d’eau descendent des gorges de l’Atlas. La Tafna, qui a donné son nom au traité conclu entre le général Bugeaud et Abd-El-Kader, est une des grandes rivières de la province d’Oran. Après un cours d’environ 30 lieues pendant lequel elle est grossie par la Sickack et plusieurs autres affluents, elle se jette dans la mer, à l’extrémité orientale du golfe de Harchgoun L’Oued-el-Maylah, la rivière salée, le Salsum flumen des Romains, dont le cours a été peu exploré, justifie son nom par la qualité de ses eaux, et se jette à la mer non loin du cap Figalo; l’Habrah, réunie à l’Oued-el-hammam et à la Sig, forme près d’Arzew une espèce de marais qui se décharge dans la mer. Au delà, vers l’est, coule le Cheliff, le fleuve le plus remarquable de toute l’Algérie par le volume de ses eaux et la longueur de son cours. Il prend sa source dans le Sahara, au sud de la province de Titterie, traverse le lac Dya, décrit une ligne de 80 à 100 lieues, de l’est à l’ouest, sans jamais être obstrué par les sables, et vient se jeter dans la Méditerranée à six milles au-dessous de Mostaganem. La vallée qu’il parcourt est aujourd’hui la plus belle partie des provinces de Titterie et d’Oran. Les autres cours d’eau de cette province ne sont que des ruisseaux sans importance, qui se jettent dans la Sebkha (lac salé d’Oran), ou se perdent dans les sables.
    De nombreux cours d’eau sillonnent aussi la province de Constantine; les plus remarquables sont: la Soummam, l’Oued-el-Kebir, l’Oued-Zefzag, la Seybouse, l’Oued-Boujimah et le Maffragg. La Soummam, appelée aussi Oued-Adouze et Nazabah, coule du sud-ouest au nord-est. On la trace ordinairement comme prenant sa source dans la province de Titterie, traversant la chaîne du Jurjura, et se terminant à la mer, dans le golfe de Bougie, au-dessous du cap Carbon. De ce point, en nous avançant vers l’est, nous rencontrons l’Oued-el-Kebir (le grand fleuve), le cours d’eau le plus important de cette province. Il prend sa source dans la chaîne du Grand-Atlas, à plus de cinq journées de marche de Constantine. L’Oued-el-Kebir, appelé aussi Oued-Rummel dans la partie supérieure de son cours, coule du nord au sud sur un plateau élevé, perce plusieurs contreforts du Petit-Atlas, tourne autour des murs de Constantine, et déverse ses eaux dans la mer entre Djidjelli et le cap Boujarone. Après avoir franchi l’Oued-Zhoure et l’Oued-Zeamah, nous nous trouvons sur les rives du Zefzaf, qui prend sa source sur le versant nord-est du Djebel-el-Ouache, et se rend, par un cours d’environ douze lieues, dans le golfe de Stora auprès de Skikida. En s’avançant encore vers l’est, on rencontre la Seybouse, dont le cours accidenté embrasse une étendue de 40 lieues; formée par la réunion de l’Oued-Zenati et de l’Oued-Alligah, ses eaux sont très profondes dans la vaste pleine qu’elle parcourt, et à son embouchure dans le golfe de Bône, elle reçoit les petits navires de cabotage; les sandales peuvent même remonter son cours, jusqu’à une assez grande distance de la mer.
    Le versant méridional de l’Atlas algérien, généralement plus aride que le versant du nord, et offrant aux eaux beaucoup moins d’ouvertures, produit cependant deux fleuves considérables : le Medjerdah (le Bagrada des Romains), qui appartient à la régence de Tunis plutôt qu’à l’Algérie; et l’Oued-el-Gedy, (rivière du Chevreau), qui, courant à l’est, allait autrefois, sous le nom de Triton, se jeter dans le golfe de la petite Syrte (golfe de Cabès); il se perd aujourd’hui dans le lac de Melgig à l’extrémité méridionale de la province de Constantine.
    Il existe sur le territoire algérien plusieurs lacs ou marais, dont la constitution n’est pas sans intérêt: la plupart sont salés ou saumâtres; ils s’emplissent durant la saison des pluies, et se dessèchent en été. Au sud de Constantine on trouve le Chott, vaste marais fangeux, où croupissent des eaux saumâtres pendant les saisons pluvieuses. La Sebkha d’Oran est une énorme masse d’eau qui a 2 000 mètres de large, et qu’on voit s’étendre, du côté de l’ouest, à perte de vue, comme un bras de mer. Cependant, l’évaporation est si active pendant les chaleurs de l’été, qu’au mois de juillet les chevaux et les chameaux des Arabes passent d’une rive à l’autre presque à pied sec. Dans la plaine de la Mitidja, aux environs d’Alger, à Bône, à Arzew, il existe plusieurs lacs de cette espèce, moins importants, il est vrai, mais soumis aux mêmes lois. La qualité saline de ces lacs se reproduit dans un nombre très considérable de sources, au point que, suivant la remarque de Desfontaines, les eaux salées seraient beaucoup plus abondantes en Algérie que les eaux douces; aussi, le nom Oued-el-Maleh (ruisseau de sel) se reproduit-il fréquemment dans la nomenclature topographique des Arabes. Les eaux thermales n’y sont pas moins répandues: plusieurs de ces sources ne sont que tièdes, à la vérité, mais il en est qui s’élèvent à une haute température, comme celles de Hammam-Meskoutyn et de Hammam-Merigâh qui atteignent 76° Réaumur.
    Cette abondance d’eaux salines et minérales, qui annonce une formation volcanique intérieure, ne doit pas cependant faire conclure que le territoire d’Alger soit dépourvu d’eaux douces et fraîches. Il suffit, pour en trouver, de creuser à très peu de profondeur ; souvent même on l’obtient jaillissante comme dans nos puits artésiens. Les Erouagâh, tribus qui occupent l’extrémité méridionale de la régence, pratiquent avec succès, depuis un temps immémorial, le procédé du forage, dans le but de procurer, disent-ils, une issue à l’eau douce du Bahr-that-el-Erdh. (de la mer souterraine), et ils réussissent presque toujours. On rencontre ordinairement l’eau douce à quatre ou cinq mètres de profondeur, mais jamais les sondages ne dépassent quatre-vingt mètres.


    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    E mouvement des saisons et la succession des accidents atmosphériques ne se manifestent point, en Algérie, par les effets extrêmes qui, dans d’autres parties du monde, rapprochent et confondent même quelquefois les phénomènes météorologiques les plus opposés; la température n’y est pas trop chaude en été, ni trop froide en hiver, et les transitions par lesquelles elle passe d’un état à un autre, aux époques de ses plus grandes révolutions, y sont presque insensibles. En général, le ciel y est d’une admirable pureté, et l’air extrêmement sain (En 1837, la direction du port d’Alger a constaté 233 jours de beau temps, et 270 en 1839). Si, en quelques endroits, des émanations dangereuses s’élèvent des eaux croupissantes, cela tient à des causes purement locales, et que l’art doit bientôt faire disparaître. Les légers brouillards qu’on voit se former après le lever du soleil ne tardent pas à se dissiper sur les hauteurs du massif, et quoiqu’ils persistent plus longtemps dans la plaine, il n’en résulte aucun inconvénient. Les maladies endémiques sont inconnues à Alger, et on remarque, comme une preuve des qualités hygiéniques de l’air, que, dans le dispensaire public, la durée moyenne des traitements n’excède pas vingt-deux jours.
    “ La température est on ne peut plus agréable à Alger, dit le capitaine Rozet, pendant une grande partie de l’année. Quand vient l’été, la chaleur est très vive, sans doute, mais n’est point accablante, et l’étranger s’accoutume facilement à la supporter. Un grand nombre de plantes de l’Europe tempérée, et même des environs de Paris, vivent dans cette atmosphère, qui, presque toujours chaude et jamais brillante, favorise extraordinairement la croissance des productions naturelles du sol ”.
    La saison pluvieuse, fréquemment interrompue par de beaux jours, se prolonge pendant six mois, de novembre à mai. Les pluies, qui, aux autres époques de l’année, ne durent guère plus d’une heure ou deux, sont alors continues et très abondantes. Presque toujours, ce sont des vapeurs marines que le vent du nord enlève à la surface de la Méditerranée et pousse dans la direction du sud. Les vapeurs, au moment où elles approchent des confins du désert, sont tout à coup arrêtées par la grande muraille de l’Atlas et refoulées sur les terres du littoral; là, par le merveilleux travail de la nature, elles se résolvent et tombent en eaux fécondantes.
    Les nuits les plus froides des mois de décembre et de janvier amènent quelquefois des gelées blanches. Comme les orages sont très rares, il tombe peu de grêle; et la neige est un incident météorologique qui survient à peine une ou deux fois dans le cours de l’année. Plus fréquente dans les montagnes du Petit-Atlas que dans la plaine, elle s’y fond ordinairement avant l’expiration du mois dans lequel elle est tombée.
    Mais l’Algérie a un avantage que n’ont pas beaucoup d’autres contrées méridionales; quand les pluies cessent ou deviennent rares, l’humidité continue de tempérer, sous d’autres formes, l’action trop vive de la chaleur. Pendant le jour, une vapeur aqueuse, répandue dans l’atmosphère, humecte tous les corps; et, une demi-heure après le coucher du soleil, les rosées commencent à tomber avec une si grande abondance, qu’elles pénètrent la tente du soldat, et rafraîchissent les campagnes presque autant qu’une pluie d’orage.
    Sur toute la côte, comme dans le port d’Alger, les vents du nord et du nord-ouest règnent depuis le mois de novembre jusqu’au mois d’avril; ils font baisser le thermomètre, amènent les pluies et déterminent les tempêtes, dont on a cependant trop exagéré les dangers. Les vents du sud et du sud-ouest sont moins fréquents, et ceux de l’ouest plus rares encore; ces trois derniers font monter le thermomètre, et rassérènent presque toujours le ciel.
    Le vent du désert, le simoun des Arabes, fait quelquefois sentir sa funeste influence dans le nord de l’Afrique. Il s'annonce a Alger par une espèce de brouillard qui se montre sur le Petit-Atlas; la chaleur devient alors insupportable, et le vent ne tarde pas à arriver. Les hommes et les animaux, affaiblis, et pouvant à peine respirer, sont obligés de chercher un abri; partout l’atmosphère est embrasée, et si la durée de ce phénomène, ou du moins sa plus grande intensité, n’était pas bornée à quelques heures, il deviendrait nécessairement la source de grands désastres.
    Le climat est sain dans les environs d’Oran; il est chaud, mais les chaleurs n’y sont point insupportables, à cause des brises périodiques qui y règnent pendant l’été. Les principes qui développent ailleurs des fièvres intermittentes souvent mortelles, n’existent point dans cette province; cependant les changements subits de température, et l’usage immodéré des fruits et des boissons, produisent, si l’on n’use de quelques précautions, des maladies dangereuses. Les vents régnants sont le nord-ouest et le nord-est ; ce sont les plus dangereux. Les coups de vent se font surtout sentir en hiver ; l’été, il règne de très longs calmes, qui ne sont interrompus que par quelques heures de brise, venant du large pendant le jour, et de terre pendant la nuit. Le simoun ou khamsin y est très rare.
    La province de Constantine, par sa configuration même, présente sur plusieurs points, quelquefois peu distants les uns des autres, les températures les plus opposées; c’est ainsi que le plateau de Constantine a quelquefois des neiges au mois de mai, tandis qu’à Bône il règne déjà une chaleur de 25°. Les vents y soufflent généralement du nord et du nord-est; excepté à l’époque des deux équinoxes, où, passant subitement au sud-ouest et au nord-ouest, ils amènent de fortes rafales, de la brume, des temps nuageux et de grandes pluies. C’est surtout en automne que ces intempéries ont le plus de durée; elles se prolongent quelquefois depuis les derniers jours de septembre jusqu’à la fin de décembre. Les trois mois d’hiver y sont généralement secs, et amènent presque toujours un beau printemps.
    Sous le climat de Bône, des nuits humides succèdent à des journées brûlantes l’aiguille de l’hygromètre, qui pendant le jour est à l’extrême sécheresse, s’avance rapidement vers le soir à l’extrême humidité, et arrive pour ainsi dire à son maximum vers onze heures du soir, par une température de en été (On a calculé qu’il y avait à Bône, dans une année, cent quatre jours pluvieux. — Avant la stagnation des eaux de la Boujimah, la salubrité de Bône était proverbiale, c’est là que de l’intérieur de l’Afrique on venait chercher la santé, comme en France on se rend à Hyères; Il sera facile de rendre cette ville à ses conditions premières, en ouvrant une issue aux eaux de la Boujimah. Rapport sur la colonisation d’Alger).

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    UOIQUE la réputation d’une haute fertilité appartienne spécialement à l'Africa propria des anciens ou à l’état actuel de Tunis, on peut encore à bon droit la revendiquer pour l’Algérie. Strabon et Pline célébraient de leur temps la fertilité des régions de l’Atlas, car autrefois comme aujourd’hui, la végétation y déployait une vigueur et une magnificence extrêmes. Citons à cet égard une autorité récente, qui est d’un grand poids en semblable matière, le général Bugeaud . “ Dans les courtes apparitions que je fis en Algérie en 1836 et 1837, je conçus, dit-il, une idée peu avantageuse de la fertilité du sol africain, tant vantée par l’antiquité. N’ayant parcouru que la plus maigre partie de la province d’Oran, je pensais que les historiens romains avaient fait de l’hyperbole, en disant que l’Afrique était le grenier de Rome; mais depuis que j’ai pénétré le pays dans presque toutes les directions, mes convictions ont changé, et j’ai reconnu que l’Algérie produit déjà beaucoup de grains, une immense quantité de bétail., et qu’elle est susceptible d’en produire encore bien davantage, et d’y joindre plusieurs autres richesses, telles que l’huile et la soie. Nous avons traversé plusieurs fois, l’année dernière, et cette année, les plaines de l’Hâbra, de l’Illil, de la Mina, du Chélif, d’Eghris, le pays des Beni-Amer, celui des Flittas, grand nombre d’autres vallées, et nous avons vu partout d’abondantes cultures en orge et en froment Suivant Pline, l’intendant de l’empereur Auguste aurait envoyé à ce prince un pied de froment venu dans la Byzacène, régence de Tunis, d’où sortaient près de quatre cents tiges, toutes provenant d’un seul grain. L’intendant de Néron lui envoya de même trois cent soixante tiges de froment, produites par un seul grain de blé. Shaw et Desfontaines rapportent des faits analogues; le général Bugeaud dit qu’un hectare produit 25 à 30 hectolitres de froment, et 40 à 50 d’orge. — Au reste, pour tout ce qui concerne l’économie agricole de l’Algérie, dans les temps anciens et modernes, on pourra consulter avec fruit l’excellent ouvrage de M. Aristide Guilbert, intitulé: De la colonisation du nord de l’Afrique; ouvrage indispensable à tous ceux qui voudront avoir une idée complète des ressources de l’Algérie). Les montagnes, recouvertes en général d’une couche profonde d’excellente terre, ne sont pas moins riches que les plaines. Si les cultures y sont moins étendues, plus morcelées, elles sont ordinairement plus belles.
    La spontanéité est un des caractères les plus frappants de cette puissante nature: les arbres de l’Europe et de l’Amérique, transplantés sur le sol africain, y viennent et s’y propagent sans culture, comme les productions indigènes. Parmi le grand nombre de végétaux qui croissent naturellement en Algérie, nous citerons d’abord les lentisques, les palmiers chamérops, les arbousiers, les genêts épineux, les agaves, les myrtes, les lauriers-roses. Sous la forme de hautes broussailles, ils envahissent quelquefois la plaine, et presque toujours le versant des montagnes et des collines du littoral. Les grandes chaînes de l’Atlas et leurs nombreux contreforts se revêtent, vers la région supérieure, de masses de lièges, de chênes aux glands doux que les Arabes mangent comme des châtaignes, de peupliers blancs et de genévriers de Phénicie, au milieu desquels on voit se dessiner, çà et là, les cônes verdoyants du pin de Jérusalem. L’olivier, la vigne, le noyer, le jujubier, l’oranger amer, le citronnier, le grenadier, les cactus et l’absinthe, sont au nombre des productions naturelles du sol; ils croissent sur les montagnes, dans les vallées, dans les champs, et se mêlent au tissu des haies, aux fourrés des broussailles, et aux taillis des bois. L’oranger et le citronnier, parés de leurs fleurs et de leurs fruits presque éternels, répandent un parfum délicieux. A une élévation de six cents mètres, sur le versant septentrional de l’Atlas, on les aperçoit encore mêlés aux cactus et aux agaves; du côté du sud, on trouve le figuier jusqu’à une hauteur de quatorze cents mètres. Le dattier vient aussi sur les collines et dans les vallées; souvent sa tige, remplaçant le palmier, s’élève comme une colonnette auprès du tombeau des marabouts; mais ses fruits, par la négligence des Arabes, plutôt que par le défaut de chaleur, ne mûrissent bien que vers le sud et dans l’immense contrée de Biledulgérid (pays des palmiers).
    En Algérie, la nature ne s’arrête pas un seul instant dans le grand œuvre de la production; elle parcourt, pour ainsi dire, un cercle perpétuel d’enfantements, depuis les premiers jours du printemps jusqu’aux derniers jours de l’hiver. Au mois de janvier, les arbres commencent a se parer de nouvelles feuilles; le blé, l’orge, le sainfoin et la luzerne couvrent les champs d’une belle verdure et d’abondants pâturages; les pommiers, les citronniers, les orangers à chaude exposition, les amandiers, les guigniers sont en fleurs; et bientôt après on récolte dans les jardins potagers, des fraises, des petits pois, des asperges et toutes sortes de légumes. En février, s’épanouit la fleur de l’abricotier, du cerisier; le figuier fleurit en mars, le grenadier et le myrte en avril, et la vigne en mai. Quelques arbres sont chargés de fleurs et de fruits pendant toute l’année.
    Sous l’influence du soleil d’Afrique, presque tous les végétaux acquièrent d’énormes proportions le ricin, faible arbrisseau en Europe, devient presque un arbre en Algérie; le fenouil, les carottes, et quelques autres ombellifères, prennent un développement gigantesque; les panais projettent, parfois, des pousses qui ont jusqu’à trois mètres de hauteur; les coings ressemblent à de petites citrouilles; les choux-fleurs y acquièrent jusqu’à trois pieds de dia mètre; et les tiges de mauves ressemblent à des arbrisseaux. Les plantes fourragères atteignent, sans culture, une hauteur à peine croyable; et parfois on voit les cavaliers disparaître dans leurs fourrés, comme les gauchos au milieu des pampas de Buenos-Aires.
    Dans toutes les saisons, des fleurs sauvages tempèrent par le charme de leurs formes et la variété de leurs couleurs, l’éclat quelque peu sévère de la nature africaine. Une multitude d’arbres odoriférants, les myrtes, les garous, la lavande, l’épine-vinette, couvrent les campagnes et parfument l’air des plus suaves émanations. Sur le vert plus ou moins foncé des broussailles, des taillis et des haies, les fleurs des cactus, des grenadiers et des rosiers sauvages se détachent comme de brillantes astérisques, et partout le laurier-rose forme sur les bords des rivières et des ruisseaux une lisière empourprée qui marque les sinuosités de leur cours. Pendant l’hiver, au lieu d’une nappe de neige à la teinte uniforme, on voit s’étendre sur les coteaux de riches tapis de tulipes, de renoncules, d’anémones, etc. Le printemps amène les ornithogales, les asphodèles, les iris et le lupin jaune; avec l’automne paraissent la grande scille et une multitude de petites fleurs de la même famille.
    L’Algérie n’est pas aussi déboisée qu’on l’avait d’abord supposé. Depuis quelques années, les côtes, soigneusement explorées par nos navigateurs, leur ont paru presque partout couvertes de bois considérables; ceux de Mazafran, entre Coléah et Alger, d’el Mascra, entre la plaine de Ceirat et Mostaganem, de la Stidia ou la Macta, entre Mazagran et l’embouchure de l’Habrah, et enfin ceux des terres de l’Oued-el-Akral et de l’Oued-Nougha, méritent d’être distingués pour l’étendue, la beauté et la vigueur des taillis. La vallée du Chélif est aussi très riche en bois de diverses essences et d’une grande vigueur. On cite encore la forêt de Muley-Ismaïl et d’Emsila, dans la province d’Oran, comme de puissantes et fécondes agglomérations d’arbres. Les forêts situées entre Bouja et le Cap de Fer et sur la route de Bône, dans le territoire de Djib-Allah, ne sont pas moins remarquables. Près du territoire de la mer, au-delà des collines de la Calle, s’étendent plus de 20 000 hectares de belles forêts coupées de lacs et de prairies. Les essences qui se trouvent en plus grande abondance dans les régions forestières de l’Afrique septentrionale, sont le chêne vert, l’olivier, l’orme, le frêne, le chêne-liège, l’aulne, le pin et le thuya articulata (“ L’Algérie, dit le général Bugeaud, possède des forêts riches on chênes-lièges qui manquent l’Europe, et en arbres d’essences diverses, propres a tous les usages. Les forêts dont l’existence a été constatée soit par l’armée dans ses expéditions, soit par la commission scientifique, soit par les agents forestiers comprennent au minimum une étendue de plus de soixante-dix mille hectares " (Des Moyens de conserver et d’utiliser l’Algérie, 1842.) — “ Je pense, disait M. Amauton, inspecteur général des eaux et forêts en Algérie, après avoir visité les environs de la Calle, que ce quartier pourrait fournir assez de liège pour la consommation de toute l’Europe. Je suis certain aussi que la marine y trouverait beaucoup de bois courbes pour membrures de bâtiments; j’ai mesuré des arbres ayant les uns 2,50 mètres, et les autres 3,70 mètres de circonférence.”).

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    ANS les âges primitifs, les monstres du désert, les reptiles gigantesques de la zone équatoriale envahissaient la région de l’Atlas. Les uns et les antres ont disparu depuis bien des siècles, et nos soldats n’ont point, comme les légions romaines sur les rives du Bagrada, à diriger leurs machines de guerre contre les pythons géants. Toutefois il reste encore à l’Atlas de redoutables hôtes les rugissements du lion font encore retentir les gorges des montagnes d’Alger et de Tunis; la panthère tachetée se tapit dans les halliers, prête à dévorer le malencontreux voyageur qui y pénètre sans armes. Plusieurs espèces de tigres, l’once, le lynx, le caracal, exercent leurs ravages dans les vallées algériennes, et l’ours (ursus numidicus) apparaît, quoique très rarement, au milieu des sommets les plus solitaires du Grand-Atlas. La hyène hideuse dispute les cadavres aux vautours; le chacal erre par troupes au milieu de la campagne; le sanglier creuse sa bauge entre les joncs des marécages; la gazelle et le bubale promènent leur course rapide à travers les sables du pays des palmiers, tandis que diverses espèces de singes pénètrent, aux environs de Collo et de Stora, jusque dans les jardins et les vergers, pour y dévorer les fruits.
    Quant aux animaux domestiques, on sait l’antique renommée du cheval numide. Oppien place la race des chevaux mauresques parmi celles qu’on estimait le plus de son temps, et Némésien, poète carthaginois du IIIe siècle, nous a laissé un portrait des individus de cette espèce qui a une grande analogie avec les chevaux actuels de l’Algérie. Suivant cet auteur, le cheval maure de pure race, né dans le Jurjura, n’a pas des formes élégantes: sa tête est peu gracieuse, son ventre renflé, sa crinière longue et rude; mais il est facile à manier, il n’a pas besoin de frein, et on le gouverne avec une verge. Rien n’égale sa rapidité: à mesure que la course l’échauffe, il acquiert de nouvelles forces et une plus grande vitesse; enfin, même dans un âge avancé, il conserve toute la vigueur de ses jeunes années. Aussi les anciens attachaient-ils un grand prix à ces animaux; ils leur donnaient à chacun un nom; ils conservaient leur généalogie, et lorsqu’ils venaient à mourir, on leur élevait des tombeaux chargés d’épitaphes. Aujourd’hui, la race des chevaux de Mauritanie a un peu dégénéré; il est difficile d’en trouver un véritablement beau, dit le colonel Pélissier ; mais, en les examinant attentivement, on reconnaît qu’avec quelques soins cette race est susceptible de se relever. La cause de cette dégénération provient sans contredit d’un fait que signale Poiret : c’est que les Arabes, préférant les juments aux chevaux, ne prennent aucun soin de ces derniers, et les accablent de travail et de mauvais traitements. Quelque longue que soit leur course, dit M. Baude les Arabes vont toujours au pas ou au galop, et le soir leurs chevaux ont la bouche en sang et le ventre ouvert par les longues fiches de fer qui servent d’éperons à leurs cavaliers.
    Suivant Solin, c’était surtout dans les montagnes que les Numides élevaient leurs chevaux: Bekri vante la vigueur et la légèreté de ceux du mont Auras. Desfontaines a vu de belles races dans les plaines qui s’étendent à l’est du Jurjura, entre cette chaîne de montagnes et Constantine. C’est encore aux environs de cette ville qu’on trouve aujourd’hui les meilleurs chevaux de l’Algérie, depuis que le haras de la Rassauta a été détruit.
    Après le cheval, l’animal le plus utile aux Arabes, par sa force, sa souplesse, sa vitesse dans la marche, sa patience infatigable, sa frugalité presque miraculeuse, c’est le chameau. Venu de l’Arabie avec les premières colonies asiatiques, cet animal s’est parfaitement acclimaté en Algérie et dans les états barbaresques. Jackson, Shaw, Dampierre, l’ont retrouvé à Tunis, à Maroc, à Tanger, à Mogador, rendant aux voyageurs et aux commerçants les plus grands services. Le chameau ne peut être employé comme bête de trait; mais pour le transport des voyageurs et des marchandises, il est sans pareil la race des coureurs, appelée heirie, est divisée en trois familles d’après la supériorité respective de leur marche : la talaye ne fait que trois journées d’homme en un jour; la sebaye en parcourt sept dans le même espace de temps; enfin la tasaye effectue en une seule journée neuf jours (le marche ordinaire. Pour peindre l’étonnante vitesse de ces animaux, les Arabes disent que les voyageurs qui les montent n’ont pas le temps de se saluer lorsqu’ils se rencontrent.
    L’Algérie possède deux espèces d’ânes, dont une grande et robuste comme celle d’Égypte et de Perse; les moutons2 et les chèvres s’y trouvent en grand nombre; la race bovine y est petite et maigre, et donne peu de lait. Toutes les espèces de bétail abondent en Algérie; mais elles languissent, pour la plupart, dans un état d’abâtardissement, résultat inévitable dans un pays où les animaux domestiques vivent des chances incertaines des pâturages à l’époque des extrêmes chaleurs, et sont exposés pendant l’hiver à toutes les intempéries de la saison.




    Disons un mot, en passant, de l’éléphant, cet animal plein d’intelligence et de courage, dont les Numides tiraient autrefois un si grand parti dans leurs guerres. Le Bournou est aujourd’hui le point le plus septentrional de l’Afrique où l’on trouve des éléphants. Il est constant, néanmoins, par le témoignage des anciens auteurs, qu’il en existait jadis dans la Byzacène et la Mauritanie, et que les Carthaginois en tiraient des forêts de l’intérieur de l’Afrique septentrionale (Aux preuves qu’a rassemblées M. Dugaste, pour établir ce fait, dans son savant Mémoire sur les éléphants, M. Dureau de La Malle en a ajouté d’autres qui ne sont pas moins décisives. “ Dans la dernière bataille livrée par Marius près de Cirta, contre les forces réunies de Jugurtha et de Bocchus, l’armée maure et numide était composée de soixante mille hommes, qui tous avaient des boucliers faits de peau d’éléphant. On peut se faire une idée, d’après ce chiffre, de la quantité de ces animaux que devaient contenir les forêts de la Numidie et de la Mauritanie).
    On ne peut citer parmi les serpents, comme spéciaux à l’Algérie, que le tseban, qui paraît devoir être rapporté au genre python, le zarygh et le leffab; encore faut-il observer qu’ils appartiennent plus particulièrement à la région du sud. Sur les bords des ruisseaux on trouve des caméléons, plusieurs espèces de lézards, et des tortues de terre ou d’eau douce. Les oiseaux sont, à quelques variétés près, les mêmes que ceux d’Europe la pintade, originaire de Numidie, s’y rencontre en abondance, surtout aux environs de Constantine ; l’outarde affecte les lieux arides et inhabités; l’autruche ne se montre que dans le désert.
    Parmi les insectes, l’abeille offre à l’homme ses précieux produits comme pour le dédommager de toutes les espèces malfaisantes qu’engendrent la chaleur et l’humidité. Un ennemi plus dangereux que les moustiques, les scorpions et les araignées, la sauterelle voyageuse, s’abat quelquefois par nuées dévastatrices sur le sol algérien, mais ses funestes irruptions, plus redoutées des peuples du Midi que la grêle et les ouragans dans nos contrées, sont peu fréquentes dans les régions de l’Atlas.
    Les poissons de mer et d’eau douce de l’Afrique septentrionale sont de la même espèce que ceux des côtes et des rivières de Provence les coraux et les éponges, que l’ont trouve en abondance près de Bône et de la Calle, sont les seuls zoophytes qui distinguent les parages de l’Algérie.
    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    ES écrivains de l’antiquité ne nous ont laissé que des notions confuses sur les premiers habitants de la région de l’Atlas. Hérodote cite bien les noms d’une foule de peuplades qui habitaient l’Afrique septentrionale; mais il ne remonte pas à leur origine, et se borne à rapporter les récits Fabuleux dont elles étaient l’objet. La nomenclature de Strabon est moins vaste, et ne renferme pas de meilleurs renseignements ; il ne nomme que la célèbre oasis d’Ammonium et la nation des Nasamons. Plus à l’occident, derrière la région des Carthaginois et des Numides, il connaît les Gétuliens, et après eux les Garamantes ; dans une contrée qui n’a que mille stades de long, et qui paraît être le Fezzan. Suivant Salluste, qui s’appuie du témoignage de l’historien Carthaginois Hiempsal, le nord de l’Afrique fut d’abord occupé par les Libyens et par les Gétules populations barbares, sans aucune forme de gouvernement et de religion, se nourrissant d’herbe ou dévorant la chair crue des animaux qu’ils tuaient à la chasse, agrégation hétérogène d’individus de races différentes; car parmi eux on trouvait à la fois des noirs, probablement venus de l’Afrique intérieure et appartenant à la grande famille des Nègres; il y avait aussi des blancs, issus de la souche sémitique, et qui formaient comme partout la population dominante. Puis, à une époque absolument inconnue, un nouveau ban d’Asiatiques, composé, dit Salluste, de Mèdes, de Perses, d’Arméniens, envahit les contrées de l’Atlas et poussa jusqu’en Espagne, à la suite d’Hercule. Les Perses, se mêlant avec les premiers habitants du littoral, formèrent le peuple numide (province de Constantine et royaume de Tunis); de leur côté, les Mèdes et les Arméniens, s’alliant aux Libyens, plus rapprochés de l’Espagne, donnèrent naissance à la race des Maures. Quant aux Gétules, confinés dans les vallées du haut Atlas, ils repoussèrent toute alliance et formèrent le noyau principal de ces tribus restées rebelles à la civilisation étrangère, qu’à l’imitation des Romains et des Arabes, nous appelons les Berbères ou Barbares (Barbari, Bereber) d’où est venu le nom d’états barbaresques [La race des Berbères, entièrement distincte des Arabes et des Maures, paraît indigène de l’Afrique septentrionale; elle comprend les restes des anciens Gétuliens à l’occident, et des Libyens à l’orient de l’Atlas. Aujourd’hui elle forme quatre nations distinctes : 1° les Amazygh, nommés par les Maures Chillah ou Choullah, dans les montagnes marocaines; 2° les Kabyles ou Kabaïles, dans les montagnes d’Alger et de Tunis; 3° les Tibbons, dans le désert entre le Fezzan et l’Égypte; 4° les Touarihs, dans le grand désert. (MALTE-BRUN.)].
    Au-dessous de tous ces groupes compris eux-mêmes sous la dénomination plus générale de Libyens, se présentaient des associations de tribus moins importantes ; telles étaient, en allant particulièrement de l’est à l’ouest, les Maxyes, les Massiliens et les Massoesiliens, les Macoeens et les Maurusiens; puis on trouvait sur les rives de la mer, dans le pays aride et triste qui borde les deux Syrtes, ces nations de mœurs bizarres, et presque complètement sauvages, les Lotophages (à qui les fruits du lotus servaient de nourriture et de boisson), et enfin les Psylles, les Nasamons.
    Les révolutions de l’Asie occidentale jetèrent, après les Mèdes et les Perses, un nouveau flot d’émigrants sur les plages atlantiques c’étaient, suivant Procope, les malheureux débris des fils de Chanaan, chassés de leur patrie par les armes victorieuses des Hébreux. Procope, historien byzantin du VIe siècle, qui avait perdu les traditions antérieures conservées par Salluste et Varron, veut même faire des Cananéens les premiers habitants de l’Afrique septentrionale. Il affirme que, de son temps, on voyait encore à Tigisis (Tedgis, dans l’Algérie) une colonne portant cette inscription en langue phénicienne:
    « Nous sommes ceux qui ont fui devant le brigand Josué, fils de Navé. »Quelque hasardée que puisse paraître cette assertion l’émigration cananéenne n’a rien d’invraisemblable ; elle est confirmée par les traditions des Arabes et des Berbères, et diverses tribus passent pour descendre, soit des Cananéens, soit des Amalécites et des Arabes kouschites, ou Arabes primitifs de la race de Cham (L’historien berbère Ibn-Khal-Doun, qui écrivait au 11ye siècle, fait descendre tous les Berbères d’un prétendu Ber, fils de Mazigh, fils de Chanaan).
    Quoi qu’il en soit de toutes ces origines fort incertaines et de ces hypothèses plus ou moins contestables, l’Afrique septentrionale présente, dans sa constitution géognostique, les deux zones qui ont déterminé, de l’orient à l’occident, l’émigration des peuples agriculteurs, et du sud-est au nord-ouest, celle des peuples nomades. Aussi, de tout temps, deux races bien distinctes s’y touchent sans se confondre: ce sont les nomades et les sédentaires. L’antiquité groupait leurs innombrables tribus sous la dénomination générale de Numides et de Berbères; nous les désignons aujourd’hui sous les noms d’Arabes et de Kabyles.


    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    ES invasions successives des peuples étrangers ont pu modifier quelques-unes de leurs habitudes, mais elles n’ont rien changé au caractère spécial des deux races, et les Advènes ont disparu ou se sont presque toujours assimilés à l’une ou à l’autre. Voilà pourquoi, à deux mille ans de distance, nous retrouvons, dans les deux groupes principaux d’habitants qui occupent aujourd’hui l’Afrique septentrionale, les mêmes mœurs, les mêmes usages qui les distinguèrent autrefois. Les Kabaïles de nos jours, comme les Berbères de l’ancien temps, sont agricoles et industrieux; ils vivent dans l’isolement, mais ils ont des résidences fixes; l’amour du sol natal est extrême chez eux, le goût du travail leur est propre, et l’économie un besoin. Malgré leurs dissensions entre tribus, la propriété a toujours été plus respectée chez eux que chez les peuples nomades; ils ont conservé la culture cananéenne, et au moyen de murs de soutènement ils cultivent, de gradins en gradins, toutes les pentes de leurs montagnes.
    On retrouve les Numides toujours semblables à eux-mêmes. Ce sont ces tribus de cavaliers intrépides, maigres et basanés, montés à poil sur des chevaux de peu d’apparence, mais rapides et infatigables, qu’ils guident avec une corde tressée de jonc, en guise de bride: tels ils apparurent aux Romains, il y a deux mille ans, tels ils se montrèrent à l’armée française en 1830 quand les contingents de l’intérieur se rendirent à l’appel du dey d’Alger sur les rivages de Sidi Ferruch. « C’est une race dure et exercée aux fatigues, dit Salluste : « ils couchent sur la terre et s’entassent dans des mapalia, espèces de tentes allongées laites d’un tissu grossier, et dont le toit cintré ressemble à la carène renversée d’un vaisseau. Leur manière de combattre confondait la tactique romaine : ils se précipitaient sur l’ennemi d’une manière tumultueuse; c’était une attaque de brigands, plutôt qu’un combat régulier. Dès qu’ils apprenaient que les Romains devaient se porter sur un point, ils détruisaient les fourrages, empoisonnaient les vivres et emmenaient au loin les bestiaux, les femmes, les enfants, les vieillards; puis, les hommes valides, se portant sur le gros de l’armée, la harcelaient sans cesse, tantôt en attaquant l’avant-garde, tantôt en se précipitant sur les derniers rangs. Ils ne livraient jamais de bataille rangée ; mais ils ne laissaient jamais de repos aux Romains la nuit, dérobant leur marche par des routes détournées, ils attaquaient à l’improviste les soldats qui erraient dans la campagne; ils les dépouillaient de leurs armes, les massacraient, ou les faisaient prisonniers, et, avant qu’aucun secours arrivât du camp romain, ils se retiraient sur les hauteurs voisines. En cas de défaite, personne chez les Numides, personne excepté les cavaliers de la garde, ne suit le roi; chacun se retire où il le juge à propos, et cette désertion n’est point regardée comme un délit militaire. ». En lisant ce récit, ne croirait-on pas avoir sous les yeux un bulletin de notre armée d’Afrique? Substituez au nom de Jugurtha celui d’Abd-El-Kader ou d’un de ses lieutenants, et vous verrez que les Arabes d’aujourd’hui sont les Numides d’autrefois; rien n’est changé que le nom.
    Cette immobilité de mœurs et de caractère nous a paru plus importante à constater, et plus concluante que des dissertations sans fin sur des origines et des agrégations dont il est impossible de suivre la trace et de préciser les résultats. Ces Maures, ces Gétules, ces Numides, ces peuples errants et sans nom (lui ont précédé en Afrique toutes les dominations étrangères et leur ont survécu, n’ont jamais adopté franchement la civilisation des Carthaginois, ni celle des Romains, ni celle des Grecs du Bas-Empire, ni celle même des Arabes, dont les mœurs, les habitudes, l’organisation politique et guerrière, ont avec les leurs une si grande analogie. Non, il faut bien le reconnaître, jamais la civilisation n’a germé d’elle-même parmi ces races; elle ne s’y est conservée qu’autant qu’elle a été alimentée et renouvelée du dehors. Aussitôt qu’une action étrangère a cessé de s’y faire sentir, ces peuples reprennent leurs habitudes premières. Ailleurs, les révolutions des empires ont souvent amené d’heureuses transformations: les vainqueurs et les vaincus se sont mêlés, et il en est sorti de grands peuples, participant aux qualités diverses des races dont ils sont issus. Ici , rien de semblable n’apparaît : à partir de la décadence de l’empire romain, les révolutions n’ont fait qu’entasser ruines sur ruines. L’élément du progrès a manqué totalement quelle en est la cause ? Ce n’est ni le climat, ni la configuration du sol, ni même l’inconstance de caractère, tant reprochée aux Africains; c’est bien plutôt la persistance de la division par tribus, premier degré de civilisation sur lequel cette race s’est immobilisée depuis les siècles les plus reculés; division qui fait naître et entretient les préjugés, les haines, les discordes, l’habitude du pillage, et qui rend ces peuples incapables de se réunir en véritable corps de nation pour repousser le joug étranger, et de se façonner à toute civilisation venue du dehors.
    Appien, pour définir l’état politique des tribus libyennes, les appelle « ayant leur gouvernement propre »; leurs chefs, investis d’un pouvoir en apparence absolu, étaient sans cesse, comme le furent plus tard les deys d’Alger, à la merci du plus fort ou du plus ambitieux. Sous le rapport religieux, il paraît qu’une certaine conformité de croyances régnait chez les Libyens, les Gétules, les Numides, les Maurusiens: ils adoraient les étoiles, le soleil et la lune; ils faisaient des sacrifices humains, et entretenaient dans des espèces de temples un feu perpétuel : rudiments grossiers de civilisation, dus aux premières colonies asiatiques qui s’établirent sur le littoral de l’Afrique septentrionale.
    Telle était la condition physique et morale des populations près desquelles vinrent s’asseoir, d’une part la civilisation phénicienne, de l’autre la civilisation grecque : Carthage et Cyrène.



    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
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    A chronologie la plus probable place vers l’an 860 avant J. - C. la fondation de Carthage ; c’est alors que Didon, fille de Bélus, fuyant la tyrannie de Pygmalion son frère, roi de Tyr, qui venait de faire mourir son mari pour s’emparer de ses richesses, aborda en Afrique. La tradition a consacré le singulier stratagème qu’employa cette princesse pour obtenir l’hospitalité des indigènes, elle ne. demandait qu’une petite portion de terre, ce que pourrait enceindre la peau d’un bœuf; et pour prix d’un si faible service, elle offrait des sommés considérables. Cette peau, découpée en lanières très minces, finit par circonscrire un très grand espace, sur lequel s’éleva bientôt une imposante forteresse, Byrsa, qui commandait les environs ainsi qu’une rade immense’. Iarbas, chef des Maxyes et des Gétules, qui avait fait cette concession, frappé de la beauté de Didon, séduit aussi par ses richesses, voulut l’épouser; mais cette fière princesse dédaigna la main du Barbare, et se donna la mort pour se soustraire à ses obsessions.
    Après cette catastrophe, l’histoire reste muette pendant trois siècles. La littérature de Carthage, on le sait, a péri tout entière, et nous ne connaissons les Carthaginois que par les récits de leurs ennemis. Lors de la destruction de cette ville (146 ans avant J.-C.), on y trouva des livres qui contenaient ses annales; mais, dans leur orgueil national, les Romains, peu soucieux des origines étrangères, abandonnèrent ces chroniques Micipsa, roi des Numides. Par succession, elles parvinrent à Hempsal II, qui régnait sur la Numidie 105 ans avant J.-C. huit ans après, Salluste, envoyé comme gouverneur en Afrique, se les fit expliquer et en tira quelques documents pour la description de cette contrée qui précède sa Guerre de Jugurtha. Mais ce travail est resté fort incomplet, et l’indifférence de l’auteur nous a privés d’une foule de renseignements historiques qui seraient pour nous d’un grand prix. Tout ce que nous savons des premières époques de la colonie phénicienne, c’est que, située sur un emplacement favorable, et protégée par la forteresse de Byrsa, Carthage grandit avec rapidité, et que son gouvernement, monarchique d’abord, se transforma en république sans qu’on puisse déterminer d’une manière précise l’époque et les causes de ce changement. Grâce à la sagesse des fondateurs, cette modification apportée dans leur organisation politique n’arrêta pas un seul instant le cours de leurs succès. En effet, Aristote remarque que jusqu’à son temps, c’est-à-dire, pendant un espace de cinq cents ans, il n’y avait eu, dans cette république, ni révolution ni tyran.
    Le gouvernement de Carthage était divisé entre les suffètes (sophetim), magistrats suprêmes que le peuple élisait chaque année, et le sénat, choisi dans le sein d’une nombreuse et puissante aristocratie. On y ajouta par la suite, probablement pour réprimer les tentatives de tyrannie, le redoutable tribunal des Cent, spécialement chargé de surveiller les opérations militaires. L’autorité du sénat de Carthage était aussi étendue que celle du sénat romain. C’était dans son sein que se traitaient toutes les affaires d’état; c’était lui qui donnait audience aux ambassadeurs, qui envoyait des ordres aux généraux, qui décidait de la paix et de la guerre. Lorsque les voix étaient unanimes sur une question, elle était irrévocablement résolue; une seule voix dissidente la faisait déférer à l’assemblée du peuple. Pendant longtemps l’autorité du sénat eut toute la prépondérance; mais le peuple, comme à Rome, éleva successivement ses prétentions et finit par s’emparer de la plus grande partie du pouvoir. Les Magon, les Hannon, Ces représentants du génie commercial et de la politique extérieure de Carthage, étaient les hommes de l’aristocratie ; les Hamilcar, les Hannibal, ces guerriers illustres qui balancèrent longtemps la fortune de Rome, étaient l’expression du parti populaire.
    On sait que le commerce faisait la principale base de la puissance de Carthage les officiers publics, les généraux, les magistrats, s’occupaient de négoce. « Ils allaient partout, dit Rollin, acheter le moins cher possible le « superflu de chaque nation pour le convertir, envers les autres, en un nécessaire qu’ils leur vendaient très chèrement. Ils tiraient de l’Égypte le lin, le papier, le blé, les voiles et les câbles pour les vaisseaux; des côtes de la mer Rouge, les épiceries, l’encens, les parfums, l’or, les perles et les pierres précieuses; de Tyr et de Phénicie, la pourpre et l’écarlate, les riches étoffes, les meubles somptueux, les tapisseries et tous les ouvrages d’un travail recherché; ils donnaient en échange le fer, l’étain, le plomb et le cuivre, qu’ils tiraient de la Numidie, de la Mauritanie et de l’Espagne. » Ils allaient aussi chercher l’ambre dans la Baltique, et la poudre d’or sur les côtes de Guinée. Pour assurer cet immense commerce et abriter ses flottes, Carthage fut obligée de devenir puissance militaire et conquérante; on sait tout ce qu’elle déploya de persévérance, de courage et d’habileté pour réaliser ses projets; aussi ne ferons-nous ici qu’indiquer ce mouvement. La domination de Carthage s’étendit rapidement sur tout le littoral de l’Afrique occidentale, depuis la petite Syrte (golfe de Cabès) jusqu’au delà des colonnes d’Hercule. Elle prit ensuite l’Europe à revers, et toutes les côtes méridionales de l’Espagne, jusqu’aux Pyrénées, furent soumises par ses armes, son commerce ou sa politique : la Sardaigne, la Corse, les îles Baléares subirent le même sort. Tant qu’elle n’eut à dompter que des peuplades belliqueuses, mais isolées, ou tout au plus groupées en fédérations faciles à dissoudre, ou en petits royaumes hostiles les uns aux autres, tout céda au génie de Carthage. Ses succès devinrent moins faciles lorsqu’aux deux extrémités de son empire, se heurtant contre une civilisation matériellement égale, moralement supérieure à la sienne, elle rencontra des colonies grecques sur les plages de la grande Syrte et sur celles de la Gaule.



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    EPUIS plusieurs siècles des colonies grecques avaient été jetées suries rivages d’Afrique; mais, vers 675 avant J.-C., une expédition de Doriens expulsés de leur patrie aborda en Libye. Après avoir erré quelque temps, ils finirent par s’établir sur cette partie du littoral comprise aujourd’hui, sous le nom de Barka, dans la régence de Tripoli, et y fondèrent la ville de Cyrène. En 631, les Cyrénéens reçurent de la mère patrie de nouveaux renforts; ils firent alors la guerre aux indigènes; ils conquirent des villes et étendirent au loin leurs relations commerciales. De succès en succès, Cyrène poussa l’audace jusqu’à entrer en lutte avec les satrapes d’Égypte. Ce développement de forces et de prospérité ne tarda pas à exciter la jalousie de Carthage; les vieilles antipathies nationales se réveillèrent; en effet, par son origine et par ses souvenirs, Carthage se rattachait à ces races sémitiques dont l’inimitié permanente contre la race hellénique fut attestée par une lutte de plusieurs siècles sur le double littoral de la Grèce et de l’Asie.
    Mais Cyrène au midi, Marseille au nord, étaient alors trop florissantes pour se laisser intimider par des démonstrations hostiles ; Carthage ne s’opiniâtra pas contre ces deux cités; elle porta toutes ses forces contre la Sicile, base d’opération admirablement choisie, car la Sicile était à la fois le point central de la Méditerranée et des colonies grecques d’Occident. Pour cette expédition, Carthage s’épuisa en immenses préparatifs qui ne durèrent pas moins de trois ans. Suivant des récits évidemment exagérés, quatre cent mille hommes furent embarqués sur deux mille galères et trois mille bâtiments de charge, avec un matériel proportionné à ce prodigieux armement. On sait quelle fut l’issue de cette lutte à jamais célèbre assaillies à la fois et ne pouvant se porter secours, la Grèce et la Sicile suffirent chacune à leur défense; et le jour même où l’innombrable armée de Xerxès se brisait aux Thermopyles contre l’héroïsme de Léonidas, l’armée carthaginoise perdait en Sicile une grande bataille, à la suite de laquelle ses débris regagnèrent péniblement l’Afrique. Carthage vaincue demanda la paix, et l’obtint à des conditions qui montrent toute la supériorité du vainqueur: le héros de Syracuse, Gélon, stipula dans le traité l’abolition (les sacrifices humains, qui constituaient l’une des cérémonies principales du culte chez les Phéniciens.
    En souscrivant à cette paix, les Carthaginois ne voulaient que reprendre haleine, et réparer leurs pertes; car ils n’avaient pas renoncé à l’espoir de conquérir la Sicile. En effet, saisissant une occasion favorable pour recommencer la guerre, on les voit pénétrer de nouveau dans cette île et la ravager; puis, profitant de l’épouvante que cette expédition a jetée, ils forment après plusieurs victoires successives des établissements permanents à Agrigente, à Himère, à Géra, à Camarine; enfin toutes les contrées habitées par les Sicaniens leur furent cédées par un traité qui partageait presque en parties égales la Sicile entre Syracuse et Carthage. Cette cession, au lieu de satisfaire les Carthaginois, excita encore leur cupidité, et la guerre se renouvela bientôt, mais sans succès décisif de part et d’autre, jusqu’au moment où les Romains, qui avaient grandi durant cette lutte de deux siècles, vinrent y prendre part et la terminer à leur profit.



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    CI commence un drame magnifique: les deux républiques les plus puissantes dont l’histoire ait conservé le souvenir vont lutter ensemble, non plus pour la possession de la Sicile, mais pour celle de la Méditerranée, qui doit donner au vainqueur l’empire du monde ! Carthage, la république commerçante, a de grandes flottes et des matelots sans nombre; Rome, la république agricole, n’a pas un seul vaisseau, et cependant elle l’emportera par l’énergie de sa volonté et l’infatigable opiniâtreté de ses efforts.
    On sait sous quel prétexte ces deux états en vinrent aux mains. Les habitants d’une ville de la Sicile s’étaient divisés en deux partis; les uns appelèrent les Romains à leur secours, les autres les Carthaginois. Déjà, à cette époque, l’Italie presque entière obéissait à la république: Sabins, Volsques, Samnites, étaient ses tributaires ; et Pyrrhus venait de fuir honteusement devant ses aigles triomphantes. Cependant Rome hésitait encore. Le sénat refusa d’abord le secours demandé; mais le peuple consulté t’accorda, et la guerre fut décidée. Quelques misérables vaisseaux empruntés à leurs alliés transportèrent les légions romaines en Sicile. Tel fut le commencement de la première guerre punique.
    Moins célèbre que la seconde, parce que les noms d’Hannibal et de Scipion n’y figurent pas, cette guerre fut plus longue et tout aussi cruelle. Les Romains s’y formèrent à cette patience héroïque qui les rendit invincibles. Luttant contre un peuple de navigateurs et de marchands, qui couvrait la mer de ses flottes, ils sentirent la nécessité de créer une marine pour repousser les ravages que leurs ennemis exerçaient sur les côtes d’Italie. Sans ingénieurs et sans ouvriers pour la construction des vaisseaux, leur génie et leur persévérance suppléèrent à tout. Une galère prise sur l’ennemi, dans un port de Sicile, leur servit de modèle. On travailla la nuit, on travailla le jour pour hâter les constructions; les citoyens de toutes les classes et de toutes les conditions s’imposèrent les plus durs sacrifices pour atteindre ce résultat, et en peu de mois, une flotte de cent vingt galères fut mise à la mer. Cependant les premiers combats de ces marins improvisés ne furent pas heureux. Souvent leurs habiles adversaires, plus souvent les tempêtes contre lesquelles ils n’avaient pas encore appris à lutter, détruisirent ces vaisseaux construits à la hâte et avec tant de peine. Mais l’énergie romaine s’accrut de ces défaites mêmes, et les Carthaginois, battus sur terre en Sicile et en Sardaigne, le furent aussi sur mer, leur empire et leur élément. Les Romains poursuivirent bientôt leurs ennemis jusqu’en Afrique.
    De toutes les expéditions de la première guerre punique, celle de Regulus est la plus célèbre. Les vertus morales et guerrières de cet illustre Romain, ses premiers succès, facilités par l’aversion des populations africaines contre leur superbe dominatrice, ses fautes, sa défaite, sa captivité, sa mort héroïque surtout, ont immortalisé cette période de l’histoire de sa patrie: le lecteur n’ignore pas que deux prisonniers carthaginois, livrés à la veuve de Regulus, périrent à Rouie dans d’affreux supplices. Ces vengeances barbares, ces représailles non moins cruelles, donnèrent à la guerre un caractère d'atrocité qu’elle n’avait pas encore revêtu. Ce ne fut plus une lutte ordinaire entre deux peuples, mais un véritable duel entre deux adversaires décidés à vaincre ou à mourir; enfin le courage des Romains l’emporta, et Carthage fut réduite à demander la paix. Céder une première fois, c’était se mettre dans la nécessité de céder une seconde, une troisième, jusqu’à sa ruine totale; c’est en effet ce qui arriva. D’après les termes du traité qui mit fin à la première guerre punique, Carthage évacua la Sicile, rendit sans rançon tous les prisonniers, et paya les frais de la guerre. Elle accordait tout et ne recevait rien son humiliation était complète, l’orgueil des Romains satisfait et leur supériorité reconnue.
    Ce honteux traité venait à peine d’être signé, lorsqu’une guerre intestine s’alluma autour des murs de Carthage et menaça de la dévorer. Comme cet événement met en saillie une partie des institutions politiques de la république phénicienne, nous allons lui consacrer quelques développements. Les armées de Carthage se composaient partie d’auxiliaires, partie de Mercenaires. Au lieu de dépeupler ses villes pour avoir des soldats, elle en achetait au dehors; les hommes n’étaient pour cette opulente république qu’une marchandise. Elle prenait, dans chaque pays, les troupes les plus renommées : la Numidie lui fournissait une cavalerie brave, impétueuse, infatigable; les îles Baléares lui donnaient les plus adroits frondeurs du monde; l’Espagne, une infanterie invincible; la Gaule, des guerriers à toute épreuve; la Grèce, des ingénieurs et des stratégistes consommés. Sans affaiblir sa population par des levées d’hommes, ni interrompre son commerce, Carthage mettait donc en campagne de nombreuses armées, composées des meilleurs soldats de l’Europe et de l’Afrique. Cette organisation, avantageuse en apparence, fut pour elle une cause incessante de troubles, et hâta même sa ruine. Aucun lien moral n’unissait entre eux ces Mercenaires : victorieux et bien payés, ils servaient avec zèle; mais au moindre revers ils se révoltaient, abandonnaient leurs drapeaux, souvent même passaient à l’ennemi. Un des plus beaux titres de gloire du grand Hannibal est d’être resté pendant seize ans en Italie avec une armée composée de vingt peuples divers, sans qu’aucune révolte ait eu lieu, sans qu’aucune rivalité sérieuse ait dissous cet assemblage d’éléments hétérogènes.
    Après la malheureuse expédition de Sicile, les Mercenaires, aigris par leurs défaites et surtout par le retard qu’éprouvait le paiement de leur solde. s’étaient révoltés, avaient massacré leurs chefs, et les avaient remplacés par des officiers subalternes; d’un autre côté, les villes maritimes, les populations agricoles de l’intérieur, accablées d’impôts, voulurent profiter de cette insurrection pour secouer un joug qu’elles portaient avec impatience, et les tribus même les plus lointaines, celles qui faisaient paître leurs troupeaux sur les deux versants de l’Atlas, excitées par l’espoir du pillage, accoururent en foule dans les rangs des insurgés. Les meurtres et l’incendie précédaient cette multitude féroce, et Carthage se vit bientôt entourée d’un cercle de fer et de feu.
    Réduite à l’enceinte de ses murailles, sans troupes, sans vaisseaux, la métropole africaine semblait près de sa ruine; jamais sa position n’avait été plus critique. Mais l’excès du danger ranima le courage des Carthaginois. Deux généraux célèbres leur restaient encore Hannon et Hamilcar. Formés tous deux à l’école de l’adversité dans cette longue lutte qui avait embrasé l’Europe et l’Afrique, ils employèrent, pour sauver leur patrie, tour à tour la franchise et la ruse, les armes et la politique; chefs de deux partis opposés, ils se réconcilièrent, sacrifiant généreusement à l’intérêt de tous leurs intérêts particuliers. Leur bonne intelligence assura le succès et mit fin à la guerre. Désorganisés, puis vaincus dans deux grandes batailles, les Mercenaires furent dispersés et détruits; les villes révoltées se soumirent ou furent emportées d’assaut; l’Afrique entière rentra sous le joug, et Carthage respirai Mais d’effroyables cruautés avaient été commises de part et d’autre, des milliers d’hommes avaient péri dans les supplices.

    Éteinte en Afrique après une lutte qui dura trois ans (240-237 avant J.-C.), la guerre des Mercenaires se ralluma en Sardaigne, où elle fut plus funeste encore aux Carthaginois; car elle les mit aux prises avec les Romains. Partout Rome s’élevait devant Carthage pour l’empêcher de réparer ses pertes: en Afrique, elle avait fourni des armes et des vivres aux révoltés; en Sardaigne, elle intervint entre les habitants et les Mercenaires, et s’empara de l’île. Poussée à bout, Carthage fit des préparatifs pour la reprendre; mais Rome menaça de rompre le traité. N’osant renouveler la guerre contre une puissance qui l’avait vaincue et forcée à accepter de dures conditions aux jours de sa plus haute prospérité, Carthage acheta la continuation de la paix en renonçant à ses prétentions sur la Sardaigne et en payant aux Romains douze cents talents d’argent.
    Cette paix désastreuse ne pouvait durer. Le commerce, c’est-à-dire l’existence même des Carthaginois, était attaqué dans sa base par la perte de leurs colonies; l’empire de la Méditerranée ne leur appartenait plus; les flottes ennemies s’en étaient complètement emparées; les places fortes de la Sicile et de la Sardaigne avaient reçu garnison romaine, et les côtes de l’Italie étaient dans un état de défense formidable. Toute voie par mer leur était donc fermée. Sur terre, l’Espagne seule leur était ouverte: ils y envoyèrent une armée dont ils donnèrent le commandement à Hamilcar.
    C’était changer toute la politique qui avait fait la grandeur de Carthage, que de chercher dans les conquêtes continentales un dédommagement aux désastres maritimes; cette révolution, du reste, fut accomplie avec une rare habileté. Déjà célèbre par les guerres soutenues en Sicile contre les Romains, par celle d’Afrique contre les Mercenaires et les peuplades de la Numidie, Hamilcar était à la fois un habile capitaine et un grand politique. Son armée fit des progrès rapides. Les peuples vaincus par la force des armes furent gagnés par la clémence et la justice du vainqueur, et la domination carthaginoise s’établit dans la meilleure partie de la Péninsule, sur des bases fermes et solides. Une discipline sévère, une bonne et sage administration attirèrent au général carthaginois l’estime et la confiance des Ibériens.
    Hamilcar ayant été tué dans une bataille, son gendre Hasdrubal lui succéda, et imita son exemple aussi bien dans la guerre que dans la politique. Ce général fonda la colonie de Carthagène sur la côte méridionale de l’Espagne, étendit au loin ses conquêtes, et porta ses armes victorieuses jusqu’aux rives de l’Èbre, qu’un traité avec les Romains lui interdisait de franchir. Assassiné par un Gaulois qu’il avait insulté, il remit, comme un héritage, le commandement de l’armée au fils d’Hamilcar à peine âgé de vingt-deux ans. A l’aspect de ce jeune homme, l’armée tout entière fit éclater des transports de joie et d’enthousiasme: elle croyait revoir Hamilcar lui-même. Cependant c’était mieux encore, c’était Hannibal.
    Hamilcar et Hasdrubal laissaient à leur successeur une armée sobre, patiente, disciplinée, que l’habitude de la victoire avait rendue presque invincible, une base d’opération appuyée sur des conquêtes solides, une politique sage, qui leur avait rallié tous les peuples; ils lui laissaient enfin un grand projet à réaliser, le plus grand qui pût enflammer l’âme d’un jeune héros: la conquête de Rome !
    Maître de l’Espagne depuis Cadix jusqu’à l’Èbre, vainqueur, au-delà de ce fleuve, de la célèbre Sagonte, alliée de Rome, qui en tombant ralluma la guerre entre l’Europe et l’Afrique, après vingt-quatre ans d’une paix chancelante, Hannibal part de Carthagène, et se dirige vers l’Italie à la tête de cent mille fantassins, douze mille cavaliers et quarante éléphants. On sait les résultats de cette gigantesque entreprise. Les obstacles, prévus d’avance par son génie, se multiplièrent devant lui, sans pouvoir l’arrêter. Les peuples qui habitaient entre l’Èbre et les Pyrénées tentèrent de s’opposer à son passage; ils furent vaincus et subjugués. Après avoir consolidé la puissance de Carthage dans ces contrées, Hannibal épure son armée, et descend dans les Gaules avec quarante éléphants, neuf mille chevaux, et cinquante mille hommes de pied, tous vieux compagnons d’armes d’Hamilcar et d’Hasdrubal. Les populations gauloises, que cette marche conquérante à travers leur territoire a soulevées, sont intimidées par sa puissance, ou trompées par ses ruses; les généraux ennemis, accourus par mer et par terre pour lui disputer le passage, mais qu’il ne veut combattre qu’en Italie, sont adroitement évités ; enfin, malgré la rapidité du Rhône et la hauteur des Alpes, le territoire romain est envahi.
    Le séjour d’Hannibal en Italie n’est pas moins étonnant que la marche audacieuse qui l’y conduisit. Décimée par le passage des Alpes, sou armée est réduite à quarante mille combattants; cependant il ne craint pas d’attaquer home au centre de sa puissance, et s’avance de victoire en victoire jusqu’à ses portes. Entré en Italie à l’âge de vingt-six ans, il y reste jusqu’à quarante. Ni les efforts redoublés des Romains, ni les fautes de ses lieutenants battus en Espagne et dans les Gaules, ni l’opiniâtreté de sa patrie à lui refuser presque tout envoi de secours, ne peuvent lui faire lâcher sa proie. Pour y parvenir, il fallait cesser de l’attaquer en face, il fallait transporter le champ de bataille là où il n’était pas.
    Rappelé en Afrique par les malheurs de son pays, Hannibal s’embarqua, le désespoir dans le cœur. On dit qu’à ce moment suprême, tournant les yeux vers l’Italie qu’il laissait arrosée de sang et pleine encore de la terreur de son nom, il exprima le regret de n’avoir pas mis le siége devant Rome après la bataille de Cannes et de n’avoir point trouvé la mort dans ses murailles embrasées. Sans doute aussi il se rappelait avec amertume le serment qu’il avait fait dès l’âge de neuf ans, au pied des autels et entre les mains de son père, de haïr les Romains et de les combattre à outrance et sans relâche toute sa vie !




    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    ÉBARQUÉE en Afrique avec ce qui lui restait de ses vieilles bandes, Hannibal trouve sa patrie sur le penchant de sa ruine, investie de tous côtés par les Romains et les Numides. Il accorde à peine quelques jours de repos à ses troupes et s’avance jusqu’à Zama, ville située dans l’intérieur des terres, à cinq jours de marche au sud de Carthage. Le sénat et le peuple, revoyant en lui leur dernière espérance, mettent fin à leurs longues divisions et le reçoivent comme un libérateur, le laissant maître de demander la paix et de la conclure. Ainsi, par une justice tardive, le sort de son pays est remis dans’ ses mains; ruais les fautes de ses concitoyens avaient rendu presque impossible tout espoir de salut.
    Telle était la situation de Carthage au moment où Hannibal remettait le pied sur le sol africain un peuple inconstant, un sénat faible, un trésor épuisé, une armée habituée à la fuite et à la défaite, et quelques vétérans qui ne pouvaient plus que mourir avec gloire. En vain la haine et l’orgueil brûlaient dans les cœurs ces sentiments allaient s’éteindre au premier revers et faire place à un découragement absolu. Hannibal le sentait bien, et, seul capable de faire la guerre, il était le seul qui désirât la paix. Pour l’obtenir, il demanda une entrevue au général romain; mais les conditions qu’imposait Scipion lui ayant paru trop dures, il préféra s’en remettre aux hasards d’une bataille, et les deux généraux se quittèrent pour s’y préparer.
    Dans cette célèbre bataille de Zama, ni le héros carthaginois ni ses vétérans ne restèrent au-dessous de leur renommée. Dès le premier choc, sa cavalerie, peu aguerrie et beaucoup moins nombreuse que celle des Romains, fut rompue et prit la fuite, laissant le centre découvert et affaibli par le désordre qu’elle y portait. La vieille infanterie d’Hannibal présenta la pique aux fuyards, et les força de s’écouler par les flancs ; elle rétablit ainsi le combat, et tint seule la victoire en suspens jusqu’au moment où, chargée en flanc et en queue par la cavalerie romaine, il ne lui resta plus qu’à mourir. Les éléphants, de leur côté, tirent bonne contenance; on voyait ces intrépides animaux, excités par les traits et les javelots qui leur étaient lancés de toutes parts, se précipiter au plus fort de la mêlée et enlever des soldats avec leurs trompes; mais leur courage fut inutile. Les Romains ne se laissèrent pas effrayer par leurs masses; ils les évitaient avec adresse, et ne s’arrêtèrent que lorsque le succès de la journée fut assuré. Vingt mille Carthaginois restèrent sur le champ de bataille, vingt mille furent faits prisonniers; les Romains ne perdirent que deux mille hommes. (203 ans avant J.-C.)
    Après ce désastre, Hannibal s’était retiré à Hadrumète suivi de quelques cavaliers seulement; mais l’anxiété de ses concitoyens ne le laissa pas longtemps dans cette retraite. Mandé par le sénat et par le peuple, il obéit à ces ordres, et rentra dans Carthage après vingt-cinq ans d’absence. De toutes parts on se pressait autour de lui pour l’interroger, pour savoir ce qu’il y avait à craindre, ce qu’il y avait à espérer. En présence de cet affaissement si profond de sa patrie, Hannibal n’hésita pas à déclarer que tout était perdu, et proposa, comme une triste mais indispensable nécessité, de se soumettre aux conditions du vainqueur. Après de violents débats, le sénat tout entier se rendit à son avis ( Hannibal devint suffète de Carthage; mais bientôt, poursuivi par la haine de ses Concitoyens, il se retira auprès d’Antiochus, roi de Syrie, ensuite chez Prousias, roi de Bithynie, qu’il arma contre les Romains. Mais enfin, craignant ensuite d’être livré par ce prince à ses ennemis, il s’empoisonna. (183 ans avant J.-C.).
    Les conditions du traité furent telles qu’on devait les attendre du génie de Rome: ce fut la mise en pratique de ce mot célèbre, malheur aux vaincus ! Les Carthaginois furent obligés de rendre les prisonniers de guerre et les transfuges, d’abandonner aux Romains tous leurs vaisseaux longs, à l’exception de dix galères, et leurs nombreux éléphants. Il leur fut défendu d’entreprendre aucune guerre sans la permission du peuple romain; ils rendirent à son allié Massinissa toutes les terres et les villes qui avaient appartenu à lui ou à ses ancêtres; ils fournirent des vivres à l’armée pendant trois mois, et payèrent sa solde jusqu’à ce qu’on eût reçu de Rome la réponse aux articles du traité, qui y fut envoyé pour recevoir la sanction du sénat. Enfin, ils s’engagèrent à payer dix mille talents dans l’espace de cinquante années, et pour garantie de leur fidélité ils livrèrent cent otages choisis parmi les jeunes gens des premières familles. Tout fut accepté par les vaincus, et bientôt l’armée romaine se disposa à retourner en Italie. Mais avant de partir elle brûla les vaisseaux qui lui avaient été livrés, au nombre d’environ cinq cents. Les flammes de ce lugubre incendie, qu’on apercevait de Carthage, furent comme le prélude de celles qui, cinquante ans plus tard, devaient la dévorer elle-même.
    Ainsi se termina la seconde guerre punique, l’an 551 de Rome, 201 ans avant Jésus-Christ. Elle avait duré dix-sept ans.



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    NTRE cette seconde guerre et la troisième, un demi-siècle s’écoule pendant lequel la reine déchue de l’Afrique se débat dans les douleurs d’une longue agonie. En effet, la cruelle prévoyance de Rome a déposé dans le dernier traité de paix les germes d’une guerre qu’elle peut faire naître à son gré; elle a placé aux portes de Carthage une famille de rois numides ambitieux et puissants, et, en les excitant contre sa victime, défendu à celle-ci de faire la guerre sans sa permission.
    C’est ici le lieu de présenter la situation des colonies fondées par Carthage sur le littoral africain, et d’exposer les relations que la république phénicienne avait établies avec les indigènes de l’intérieur. A mesure qu’elle accrut sa puissance, Carthage fonda des villes, établit des ports et des forteresses qui formèrent, sur tous les points avantageux de la côte, comme une chaîne non interrompue de stations commerciales, depuis les Syrtes jusqu’au détroit de Gibraltar. Ubbo (Bône), Igilgiles (Jijel), Saldae (Bougie), Jol plus tard Julia Caesarea (Cherchell), ont été de ce nombre; d’autres y ajoutent même Iomnium, l’Alger de nos jours (certains géographes donnent à Alger le nom d’Icosium, et fout remonter sa fondation aux voyages d’Hercule. Le nom grec donné à cette ville consacre, disent-ils, le nombre des héros qui accompagnaient Hercule dans cette expédition, vingt. Nous reviendrons plus lard sur cette origine, ainsi que sur celles des principales villes de l’Algérie.) et Scylax, dans son Périple de la Méditerranée, dit que tous les comptoirs et établissements coloniaux, au nombre de trois cents, semés sur la côte d’Afrique depuis la Syrte voisine des Hespérides jusqu’aux colonnes d’Hercule, appartenaient aux Carthaginois.
    Ces colonies furent formées en quelque sorte pacifiquement, par occupation, si on peut le dire, et non par invasion. Fidèle à son origine, Carthage se présentait d’abord aux indigènes moins pour conquérir que pour trafiquer; employant ses premiers efforts à former des comptoirs, des stations, des échelles, elle semblait plutôt désireuse de placer ses produits et d’en recueillir de nouveaux, que d’établir à fond sa domination sur le pays. Aussi la voit-on s’étendre rapidement le long des côtes, sans que son territoire augmente beaucoup en largeur; elle ne pénètre pas avant dans les terres, et n’entame pas profondément le sol déjà occupé. Jamais elle ne déposséda les indigènes que dans un faible rayon autour de ses remparts et de ceux de ses colonies, autant qu’il en fallait pour assurer la subsistance de la population coloniale au delà, elle n’imposait à ses sujets que des tributs pour lesquels elle leur donnait même des équivalents. D’un autre côté, elle s’appliquait à maîtriser les tribus libyennes, moins par la force que par sa politique astucieuse, fomentant leurs querelles intestines, les maintenant les unes par les autres, et acheva son œuvre en attirant à son service l’élite de Ces populations par l’appât de la solde et du butin.
    A certaines époques de l’année, les sénateurs de Carthage se rendaient auprès des chefs des tribus de l’intérieur, dans le but de les engager par toutes sortes de séductions et de promesses, quelquefois même par des alliances avec les premières familles de la république, à fournir des recrues à leur armée. Les Carthaginois faisaient aussi entrer les tribus libyennes, comme un des éléments principaux, dans les colonies d’émigrants que leur politique ne cessait de déverser sur tous les points où pouvaient pénétrer leurs flottes. La relation que l’antiquité nous a conservée du Périple d’Hannon, et que Carthage avait fait placer dans le temple de Kronos, fournit un exemple curieux de la manière dont procédait la république dans ses établissements coloniaux. Le chef carthaginois chargé de la mission expresse de semer des colonies sur le littoral atlantique, part avec soixante vaisseaux contenant trente mille hommes, qui sont répartis par lui dans six villes de cinq mille habitants chacune. Ces colons étaient, pour la majeure partie, des Liby-Phéniciens, c’est-à-dire des Africains déjà façonnés à la civilisation phénicienne.
    Quoique le commerce et l’industrie tinssent le premier rang dans les préoccupations politiques de Carthage, elle ne négligea pas cependant l’agriculture. Elle essaya plus d’une fois d’arracher ses sujets indigènes à leur barbarie native, en leur donnant des notions de culture; et tout autour de son enceinte, dans un espace de soixante-quinze lieues de long sur soixante de large (dans les districts de la Zeugitane et du Byzacium) , elle organisa des colonies agricoles, mi-parties d’indigènes et de Phéniciens, destinées à former des cultivateurs et des agronomes pour ses établissements lointains.
    Sous le rapport du commerce, Carthage tirait un parti non moins avantageux des indigènes outre les éléments de colonisation qu’ils fournissaient aux postes maritimes, comme population coloniale, ils furent, à n’en pas douter, pour le commerce avec l’intérieur de l’Afrique, ses meilleurs intermédiaires. De quelque mystère que les Carthaginois aient toujours cherché à couvrir leurs opérations commerciales, quelque soin qu’ils aient pris, dans tous les temps, de dérober aux Romains et aux autres peuples contemporains leurs connaissances géographiques, il est aujourd’hui prouvé qu’ils entretenaient avec l’Afrique centrale un commerce considérable, dont les principaux articles étaient l’or en poudre ou en grains, les dattes, et surtout les esclaves noirs fomentant leurs querelles intestines, les maintenant les unes par les autres, et acheva son œuvre en attirant à son service l’élite de Ces populations par l’appât de la solde et du butin. C’est parmi ces derniers que se recrutaient les rameurs de leur redoutable marine.
    Pour leur trafic avec l’intérieur, les Carthaginois s’étaient déjà ouvert les mêmes routes commerciales qui aujourd’hui encore sont parcourues par les caravanes. Magon entreprit trois voyages à travers le désert; les Nasamons, peuple de la région syrtique, poussèrent leurs excursions jusqu’aux bords du Niger, et les Garamantes (habitants du Fezzan) allaient jusqu’en Éthiopie faire la chasse aux esclaves. La Sicile, l’Espagne, la Gaule, les côtes de la Bretagne, leur étaient familières, et Hannon porta ses reconnaissances sur la côte d’Afrique jusqu’au cap Formose.
    Les établissements coloniaux que fonda Carthage sur le littoral africain, les villes mêmes qui se trouvaient sur son propre territoire, jouissaient d’une grande liberté, et se gouvernaient en général par des Conseils, dont l’organisation rappelait ceux de la mère-patrie. Par une sorte de reconnaissance, conforme d’ailleurs à leurs intérêts, les colonies carthaginoises conservèrent ainsi les lois fondamentales, de la métropole; mais leur dépendance fut toujours volontaire, et elles ne se soumettaient qu’aux lois qui avaient obtenu la sanction de leurs magistrats. D’après cet exposé, on voit combien étaient faibles les liens qui unissaient les tribus libyennes et Carthage, combien il était facile à un ennemi adroit de tourner ces alliés douteux contre leur suzeraine. C’est ce que firent les Romains.




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    OUS avons dit que parmi les tribus libyennes, celles des Massiliens et des Massaesyliens étaient les plus nombreuses et les plus redoutables. Les premières avaient pour centre de leurs forces, ou pour capitale, Zama, située cinq journées de Carthage. A l’époque de la seconde guerre punique, Galla, père de Massinissa, les commandait. Les Massaesyliens, qui occupaient la partie occidentale, avaient pour capitale Siga, ville aujourd’hui ruinée, située non loin d’Oran; Syphax était à leur tête.
    Après la prise de Sagonte par les Carthaginois, Scipion, qui commandait les troupes romaines en Espagne, noua des relations secrètes avec Syphax, afin d’opposer à Carthage un ennemi placé sur ses frontières; il lui envoya même un de ses lieutenants, Q. Statorius, pour lui former un corps de jeunes Numides, destiné à combattre à la manière des Romains. Syphax, se voyant soutenu par un puissant allié, attaqua Galla et le chassa de ses états; déjà même il se disposait à mettre le siége devant Carthage, lorsque le sénat lui offrit la main de la belle Sophonisbe, fille d’Asdrubal, fiancée au jeune Massinissa. Syphax accepta cette offre avec empressement, et pour prix d’une si haute faveur il abandonna la cause des Romains. A la nouvelle de ce sanglant outrage, Massinissa, qui se trouvait alors en Espagne. se jette dans le parti des Romains, et passe en Afrique pour venger son injure. Mais pendant l’absence du jeune Numide, la plus grande partie des états de son père avait été envahie par l’ennemi, et comme Galla était mort au milieu de la lutte, ses oncles s’étaient emparés du reste. Sans ressources, sans armée, Massinissa entreprend néanmoins de reconquérir l’héritage de ses pères. Il obtient quelques troupes de Bocchus, roi de Mauritanie, et à l’aide de ces auxiliaires il chasse les usurpateurs; mais son courage impétueux vint inutilement se heurter contre les phalanges aguerries de Syphax: battu en plusieurs rencontres, ses alliés l’abandonnèrent, et il n’eut d’autre ressource que d’attendre l’arrivée de Scipion. Dès ce moment, il fit cause commune avec les Romains, combattit sous leurs drapeaux, et parvint, avec leur concours, à se rendre maître de Cirta (Constantine), où il retrouva Sophonisbe, sa fiancée, devenue l’épouse du vieux Syphax.
    Incapable de résister aux charmes de la belle Carthaginoise, le roi numide l’épousa pour la soustraire à l’esclavage des Romains à qui elle appartenait par droit de conquête; mais Scipion désapprouva cette union, et Massinissa fut obligé de sacrifier son amour à ses alliés. Peu de temps après, Sophonisbe mourut empoisonnée. Scipion, pour consoler son ami, le combla de distinctions et lui donna, en présence de l’armée, le titre de roi avec une couronne d’or. Ces honneurs, joints a l’espérance de se voir bientôt maître de la Numidie, firent oublier à ce prince ambitieux la perte de son épouse il devint l’allié fidèle des Romains, et s’attacha invariablement à la fortune de Scipion. A la journée de Zama, ce fut lui qui renversa l’aile gauche de l’armée carthaginoise; quoique blessé, il poursuivit lui-même Hannibal, dans l’espoir de couronner ses exploits par la prise de ce grand capitaine. Enfin, avant de quitter l’Afrique, Scipion rétablit Massinissa dans ses états héréditaires, y ajoutant, avec l’autorisation du sénat, tout ce qui avait appartenu à Syphax dans la Numidie.
    Maître de tout le pays depuis la Mauritanie jusqu’à Cyrène et devenu le plus puissant prince de l’Afrique, Massinissa profita des loisirs d’une longue paix pour introduire la civilisation dans son vaste royaume et pour apprendre aux Numides errants à mettre à profit la fertilité de leur territoire. Soixante ans d’une administration énergique et éclairée changèrent complètement la face du pays: des campagnes jusque là incultes se couvrirent de riches moissons; les villes reçurent des constructions nouvelles; partout la population augmenta. Mais ce n’était pas assez pour ce prince ambitieux; il désirait plus encore. Ses troupes faisaient de fréquentes incursions sur le territoire de Carthage; lui-même, quoique âgé de quatre-vingt-dix ans, se mit à la tête d’une puissante armée pour s’emparer de cette ville. (159 ans avant J.-C.) Plusieurs victoires signalèrent sa marche, et sans doute il eût réalisé ses projets de conquête s’il n’eût craint de déplaire à ses alliés; car il savait depuis longtemps que les Romains s’étaient réservé cette proie. Les Carthaginois voulurent se plaindre à Rome des hostilités de Massinissa; leurs plaintes furent accueillies avec dédain : il ne restait plus aux vaincus Lue la ressource des armes. Mais Rome trouva mauvais que Carthage repoussât la force par la force; elle l’accusa de violer les traités, et lui déclara la guerre. Ce fut la dernière. Évidemment les faciles triomphes de Massinissa avaient décidé les Romains à en finir avec Carthage.
    Cette inique agression, cet odieux abus de la force, faillit trouver sa punition dans son excès même. L’indignation, le désespoir, se communiquent de proche en proche et se répandent dans toutes les villes puniques avec la rapidité de la foudre. Les citoyens de Carthage, hommes, femmes, vieillards, enfants, jurent de s’ensevelir sous les ruines de leur patrie plutôt que de l’abandonner. Tous les matériaux qui se trouvaient dans les arsenaux, dans les habitations privées, sont transformés en armes, en vaisseaux, en machines de guerre; les places publiques, les temples des dieux deviennent des ateliers. Le chanvre manquait pour faire des cordages, les femmes coupèrent leurs cheveux et les offrirent pour ce pieux usage. Une ardeur inouïe animait tous les cœurs, exaltait tous les esprits; Carthage voulait au moins mourir digne d’elle !
    Cependant les consuls, qui croyaient n’avoir rien à craindre d’une population désarmée, s’avançaient lentement pour prendre possession de leur conquête; leurs prévisions furent déçues là où ils comptaient ne trouver que des esclaves soumis et abattus, ils rencontrèrent avec surprise des citoyens exaspérés et en armes. Forcés de faire le siége d’une ville où ils avaient cru entrer sans résistance, ils s’étonnent, ils se troublent, ils commettent faute sur faute. Leurs attaques multipliées échouèrent. Ranimés par le succès, les assiégés faisaient de fréquentes sorties, souvent heureuses, toujours terribles et meurtrières; ils repoussaient les cohortes romaines, comblaient les fossés, exterminaient les fourrageurs, brûlaient les machines de guerre. Une année s’écoula ainsi en efforts inutiles, et les consuls durent sortir de charge au milieu de la honte et de la confusion.
    L’année suivante, les armes romaines ne furent pas plus heureuses. Le siége, continué avec la même opiniâtreté, fut soutenu avec la même vigueur; les nouveaux consuls, battus en plusieurs rencontres, ne firent aucun progrès, et le courage désespéré des Carthaginois l’emporta encore sur le nombre et la puissance de leurs ennemis. Mais c’était là le dernier répit que la fortune accordait à ces malheureux, la destruction de leur ville était imminente. On connaît les exploits et les efforts de Scipion Émilien, mais on sait aussi quelle opiniâtre résistance lui fut opposée jusqu’au dernier moment. La ville fut prise, mais seulement après deux grandes batailles, l’une sur terre et l’autre sur mer, et après un dernier combat qui dura six jours et six nuits, de rue en rue, de maison en maison. En un mot, Carthage ne succomba qu’après un siége de trois ans, et sous le génie d’un grand homme !
    Sur l’ordre du sénat, Scipion Émilien réduisit Carthage en cendres; pendant plusieurs jours, les flammes dévorèrent ses temples, ses magasins, ses arsenaux, et d’horribles imprécations furent prononcées contre quiconque tenterait de la faire sortir de ses ruines. Les sept cent mille habitants qui formaient la population de la métropole africaine, furent dispersés; Rome s’enrichit de ses dépouilles, et son territoire fut divisé entre les vainqueurs et leurs alliés. Ainsi finit cette fière république, dont la puissance s’étendit pendant près de six siècles sur l’Afrique septentrionale et sur toutes les mers connues !



    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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    N détruisant Carthage, Rome ne se substitua pas immédiatement à son empire; elle comprit tout d’abord les difficultés qu’allait lui offrir l’administration directe d’un pays où le prestige de son nom ne prévalait pas encore, et se borna à exercer un haut patronage sur l’Afrique. Les cités tributaires ou coloniales de la côte, qui s’étaient signalées par un trop grand attachement à leur métropole, furent détruites ou démantelées; les autres, au contraire, comme Utique, s’enrichirent de ses dépouilles et s’emparèrent de son commerce. Des colonies italiennes ne tardèrent pas à se former, et bientôt Rome put revendiquer comme sienne cette mer que son orgueil désignait depuis longtemps sous le nom de mare nostrum. Quant à tous ces petits princes numides qui, dans la lutte des deux républiques, avaient pris parti pour l’une ou pour l’autre, elle les maintint en suivant à leur égard la politique de Carthage; elle partagea entre eux une autorité qu’elle ne voulait pas exercer elle-même, sans toutefois abandonner le droit de souveraineté que lui donnait la conquête. Dès les premiers pas qu’elle fit sur le sol africain, Rome s’appliqua donc à récompenser magnifiquement ses alliés; mais à mesure que son pouvoir se consolida, ses libéralités devinrent plus rares, et elle finit même par retirer aux fils les largesses qu’elle avait faites aux pères: c’est ce qui arriva pour les descendants de Massinissa.
    Micipsa, fils de ce chef intrépide, dont les continuelles agressions contre Carthage avaient préparé le triomphe des Romains, continua l’œuvre de civilisation entreprise par son père. Sous ce prince, Cirta (Constantine) s’enrichit de magnifiques édifices; une colonie composée d’émigrants grecs et romains vint s’y établir, et peu à peu ses habitants se familiarisèrent avec les arts de l’Europe. Telles étaient à cette époque l’importance et la richesse de Cirta, qu’au dire de Strabon elle pouvait mettre sur pied dix mille cavaliers et un nombre double de fantassins. Les trente années que Micipsa passa sur le trône furent très favorables à la prospérité du royaume de Numidie. L’agriculture surtout y prit un développement extraordinaire; plusieurs branches d’industrie y furent cultivées avec succès, et la littérature de la Grèce et de l’Italie y trouva d’habiles interprètes. Mais cette grande prospérité disparut avec lui.

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    N mourant, Micipsa avait distribué son royaume entre deux de ses fils, Hiempsal et Adherbal, et un neveu qu’il avait adopté et appelé au partage de sa succession, moins par affection que par crainte. Ce dernier, célèbre dans l’histoire sous le nom de Jugurtha, était connu des Romains, parmi lesquels il avait servi en Espagne sous le commandement de Scipion (Jugurtha s'était surtout distingué au siége de Numance et dans la campagne qui suivit la prise de cette ville).
    Sa force prodigieuse, sa rare beauté, son courage indomptable, son esprit vif, souple et pénétrant, le faisaient adorer des Numides, qui croyaient voir revivre en lui Massinissa, le fondateur de leur empire. Son ambition ne connaissait ni le scrupule ni la crainte : elle amena sa chute et la ruine de sa patrie. Appelé au trône conjointement avec deux princes plus jeunes que lui, dénués de talents et d’expérience, il ne lui fut pas difficile de s’en défaire et de régner seul. Hiempsal, l’aîné, fut assassiné dans sa résidence de Thermida; Adherbal, le second, ayant pris les armes pour venger son frère et se défendre lui-même, fut prévenu par son farouche compétiteur, qui l’attaqua à l’improviste et le chassa de ses états. Adherbal, ne se trouvant plus en sûreté en Afrique, vint à Rome chercher un refuge et implorer l’assistance du sénat.
    Mais déjà une démoralisation profonde régnait chez ces fiers patriciens; l’or était sur eux tout-puissant. Jugurtha le savait. Des ambassadeurs numides partirent aussitôt avec ordre de se concilier la faveur de tous les hommes influents de la république ses riches présents ne tardèrent pas à l’emporter sur les justes plaintes de son parent dépouillé. Les sénateurs qui l’avaient accusé avec le plus d’acharnement se montrèrent ses plus ardents défenseurs; et si quelques autres, restés incorruptibles, demandèrent que l’on punît Jugurtha et que l’on secourût Adherbal, la majorité, gagnée par les émissaires de l’usurpateur, sut comprimer ce généreux élan. Au lieu de faire passer sur-le-champ une armée en Afrique, on se contenta donc d’y envoyer dix commissaires chargés de faire entre les deux compétiteurs un nouveau partage de la Numidie. Déjà ébranlés à Rome par les promesses de Jugurtha, ces commissaires se laissèrent entièrement corrompre par ses largesses, et dans le partage ordonné par le sénat, les districts voisins de la Mauritanie, les plus fertiles et les plus guerriers, lui furent attribués. Adherbal eut ceux de la partie orientale, qui, par le nombre des ports et l’éclat des cités, lui faisaient une part plus brillante que solide, car ils ne lui donnaient aucun moyen de défense contre son ennemi.
    Aussitôt après le départ de ces commissaires, Jugurtha, plus que jamais persuadé qu’il obtiendrait tout de Rome à prix d’argent, attaqua Adherbal, le battit dans plusieurs rencontres, et l’enferma dans Cirta (Constantine), sa capitale, dont il pressa le siége avec vigueur. Ce malheureux prince n’eut que le temps d’envoyer de nouveau à Rome implorer du secours. D’autres commissaires vinrent en Afrique; mais, cette fois encore, les uns furent séduits par les promesses, les autres gagnés par les riches présents de Jugurtha. Le siège de Cirta n’en continua donc pas moins, poussé avec l’opiniâtre énergie de l’ambition qui se voit près d’atteindre son but. Trop forte pour être enlevée d’assaut, la ville fut étroitement investie, et bientôt réduite à la famine. Des marchands italiens et des soldats étrangers sur qui reposait principalement la défense de la place, lassés de la longueur du siége, persuadèrent à Adherbal de se rendre sous promesse de la vie l’imprudent écouta ce dangereux conseil, et, sans respect pour le droit des gens et pour sa parole, Jugurtha le fit périr dans d’affreux supplices. Les Italiens et les Numides qui avaient combattu avec lui furent passés au fil de l’épée.
    Ce crime atroce excita dans Rome une telle indignation, que les nombreux amis que Jugurtha comptait dans le sénat ne purent détourner l’orage qui le menaçait. Une armée romaine eut ordre d’envahir la Numidie, et s’empara de plusieurs villes. Mais autant ces troupes restaient braves et disciplinées, autant leurs chefs devenaient avares et cupides le consul et ses principaux officiers se laissèrent corrompre comme l’avaient été d’abord les sénateurs puis les commissaires, et Jugurtha obtint d’eux un traité qui, moyennant un faible tribut, le laissa maître de tout le royaume. Quelques éléphants, quelques chevaux, une faible somme d’argent, furent livrés pour la forme, après quoi le consul se retira avec son armée dans la province romaine. Cependant, à la nouvelle de cette honteuse pacification, le peuple, excité par un de ses tribuns, rendit, malgré l’opposition du sénat, un plébiscite qui mandait Jugurtha à Rome. Ce prince obéit, et ses intrigues accoutumées, son or répandu avec profusion parmi le peuple et les sénateurs, allaient peut-être encore lui assurer l’impunité, lorsqu’un nouvel assassinat commis dans la ville même sur la personne d’un prince numide, Massiva, petit-fils de Massinissa, autre compétiteur dont il crut utile de se défaire, ralluma l’indignation populaire, que ces délais avaient amortie. La guerre lui fut de nouveau déclarée, et le sénat lui ordonna de quitter d’Italie. On rapporte qu’en s’éloignant, Jugurtha tourna plusieurs fois les yeux vers Rome, et s’écria « O ville vénale, tu périras le jour où il se présentera un homme assez riche pour t’acheter. »
    Un nouveau consul passa en Afrique cette fois enfin, les hostilités prirent un caractère sérieux. Cette guerre de Numidie est réellement la première que les Romains aient soutenue dans ces contrées. Carthage s’était défendue bien moins chez elle qu’en Sicile, en Espagne, en Italie et sur la Méditerranée; lorsqu’elle tomba, elle ne laissa au pouvoir de ses vainqueurs que la place qu’avaient occupée ses murailles, et un droit de suprématie sur les provinces les plus voisines, droit souvent contesté, qu’il fallait sans relâche soutenir les armes à la main. L’insurrection de Jugurtha fut une guerre nationale; si elle eût été couronnée de succès, elle aurait pu compromettre à jamais la puissance de Rome en Afrique. Le sénat le sentit, et ne négligea rien pour s’assurer le triomphe. Cette guerre est importante à connaître, car elle a beaucoup d’analogie avec notre situation actuelle en Algérie.
    La guerre contre Jugurtha dura sept ans, sans interruption. Six grandes armées, commandées par les généraux les plus habiles, y furent successivement envoyées, et chacune d’elles, à diverses reprises, reçut d’Europe des renforts qui la renouvelèrent presque entièrement. Quoique maîtres des côtes et d’une partie du pays, quoique alliés à plusieurs tribus numides et maures qui combattaient dans leurs rangs, les Romains n’étaient pas moins obligés de faire venir d’Italie presque tout le matériel nécessaire pour l’entretien et la subsistance des troupes. Le génie opiniâtre du prince numide tirait parti de tout : du temps, des lieux, des saisons. Le premier consul C. Bestia, envoyé contre lui, s’était laissé séduire, et avait signé un traité honteux; le second, Albinus, hésitant entre le désir de suivre cet exemple et la crainte d’être puni s’il le suivait, consuma dans cette indécision l’année entière de son consulat, et revint à Rome pour les comices, sans avoir fait aucun progrès. Son frère Aulus, chargé pendant son absence du commandement de l’armée, trompé par des paroles de paix et de feintes promesses de soumission, se laissa entraîner, à la poursuite des Numides, dans des lieux difficiles, coupés de bois et de défilés. Là, enveloppé, trahi par une partie de ses officiers et de ses soldats, qui ne faisaient qu’imiter l’exemple contagieux de leurs généraux, il fut obligé, pour sauver le reste de son armée, de s’engager à évacuer sous dix jours toute la Numidie, et même de passer sous le joug, ce qui était alors la dernière ignominie pour les vaincus.
    Le peuple de Rome, exaspéré, se souleva de nouveau contre les indignes fauteurs de Jugurtha. Un troisième consul, Metellus, chargé de réparer la honte des armes romaines, parvint à leur rendre l’éclat qu’elles avaient perdu; mais, quoique aussi habile général que bon citoyen, et incapable de céder aux mêmes séductions que ses prédécesseurs, il ne put terminer la guerre. Il gagna des batailles, s’empara de places réputées imprenables, employa tour à tour la force et la ruse tout fut inutile; le prince numide lui échappa sans cesse. La gloire de le saisir et de le traîner au Capitole était réservée à son lieutenant. Marius.
    Celui-ci, à qui échut enfin le département de l’Afrique, l’an 646 de Rome, prit le commandement de l’armée. Toutefois, malgré les victoires de Metellus, qui semblaient ne lui avoir laissé rien à faire, malgré son incontestable capacité militaire, malgré les négociations habiles de son lieutenant Sylla, la guerre dura encore près de trois ans. Privé de toutes ressources dans son royaume, Jugurtha en trouva de nouvelles dans celui d’un prince voisin : Bocchus, roi de Mauritanie, son beau-père et son allié, unit ses forces aux siennes. Les Romains, qui croyaient la guerre finie, eurent encore de grandes batailles à livrer. La force même ne suffit pas; le prince numide ne fut vaincu que par l’arme qu’il avait si souvent employée : la trahison. Ébranlé par les propositions des généraux romains, épuisé par les sacrifices qu’il faisait pour la cause de son allié, craignant enfin de perdre ses états dans une lutte prolongée contre toutes les forces de la république, Bocchus abandonna Jugurtha et le livra à ses ennemis. Pris et conduit à Rome, le roi de Numidie fut un des ornements du triomphe de Marius; puis on le jeta dans un cachot humide et fangeux, où il y mourut de faim après d’horribles angoisses.
    Ainsi périt, à l’âge de cinquante-quatre ans, un prince qui, malgré ses crimes, était devenu, par son courage et son génie, une des gloires de l’Afrique. Les Romains eurent tant de peine à le vaincre, qu’ils le regardaient comme un autre Hannibal. Après sa mort, ses états subirent un démembrement; nouveau partage dans lequel Rome ne manqua pas de se faire la part du lion. La portion occidentale fut donnée au roi Bocchus, en récompense de sa trahison; du centre, on fit un petit royaume à la tête duquel le sénat mit Hiempsal II, moins par égard pour les grands services de son aïeul Massinissa, que pour cacher les secrets desseins de sa politique envahissante; tout le reste fut réuni à la province proconsulaire, c’est-à-dire à l’ancien territoire de Carthage, augmenté de quelques cantons limitrophes qui avaient appartenu à la Numidie.

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    A conquête de la Numidie assura la domination des Romains en Afrique. La chute de Carthage leur avait donné l’empire des côtes; la défaite de Jugurtha leur ouvrit l’intérieur du pays. De vastes contrées, qui n’avaient jamais obéi aux Carthaginois, passèrent sous l’autorité de home; on peut même rapporter à cette époque l’établissement de cette longue chaîne de colonies européennes qui s’étendit en fort peu d’années depuis Tanger jusqu’à l’Égypte; le littoral ne fut plus, pour ainsi dire, qu’une seule colonie romaine; et là, comme dans tout l’Occident, l’élément national fut absorbé par l’élément latin avec une prodigieuse rapidité. Néanmoins, il resta toujours dans les vallées de l’Atlas et au midi de cette chaîne de montagnes, une masse considérable de nomades qui subissaient les lois de la civilisation sans jamais se laisser dompter par elle.
    Si cette contrée, désolée par des siècles de barbarie, apparaît encore aujourd’hui si belle aux regards des voyageurs, qu’on juge de ce qu’elle dut être aux jours de Carthage et de Rome ! Sa fertilité, qui n’est surpassée peut-être dans aucune partie du globe, secondée par le génie industrieux des Carthaginois, produisait d’immenses richesses naturelles. Trois cents villes couvraient son sol; la seule Carthage avait renfermé dans ses murs sept cent mille habitants. Cette prospérité, qui nous paraîtrait fabuleuse si elle n’était attestée par tous les écrivains de ces époques reculées, s’accrut encore sous la domination romaine; car, avec cet admirable instinct d’assimilation qui leur faisait adopter tout ce qu’ils trouvaient de bon et d’utile chez les peuples soumis par leurs armes, les Romains suivirent, pour coloniser l’Afrique et y affermir leur puissance, le système que leur avaient indiqué les Carthaginois. Ils s’efforcèrent, comme l’avaient fait leurs rivaux, de lier, par le commerce et l’agriculture, leurs intérêts à ceux des indigènes, afin de les dominer et de les exploiter plus sûrement. C’est surtout à la production du blé qu’ils s’attachèrent avec le plus de persévérance et d’ardeur. Ils portèrent en Afrique leurs méthodes de culture et répandirent les lumières de leur vieille expérience sur l’industrie naissante des vaincus, desséchèrent les marais et les lacs, élevèrent des ponts, creusèrent des canaux, tracèrent des routes d’une solidité admirable. Ainsi aidée par le travail de l’homme, cette terre fit des prodiges, et devint le grenier de Rome. Sous Auguste, lorsque le luxe des grands, arrachant l’Italie aux bras qui la cultivaient, l’eut transformée en un immense jardin de plaisance semé de somptueux palais, la métropole demanda la moitié de sa subsistance aux moissons africaines, et chaque année le port de Carthage expédiait de quoi la nourrir pendant six mois au moins. Enfin, car telle est l’influence du travail sur les mœurs, sur le caractère des peuples, l’on vit une foule de tribus numides et gétules adopter la vie sédentaire des colons et préférer aux fatigues d’une existence nomade les paisibles travaux de l’agriculture. Les ravages, les rapines, les guerres de tribu à tribu cessèrent graduellement. Depuis Auguste jusqu’au premier Antonin, c’est-à-dire pendant l’espace de près de deux siècles, une seule légion suffit dans les temps ordinaires (et les exceptions furent rares), pour garder tout le pays compris depuis Tanger jusqu’à Cyrène, et pour y maintenir l’ordre et la paix. Plus tard, l’empire s’affaiblissant, chaque révolte de la colonie menaça Rome d’une disette; On suit, sous ce rapport, d’année en année, l’action de l’Afrique sur l’Italie. Ainsi, par exemple, on voit successivement l’empereur Sévère, repoussant les prétentions de Niger à la pourpre des Césars, envoyer à la hâte ses légions. à Carthage, afin que son compétiteur ne puisse pas s’en emparer et affamer la population de home; le préfet Symmaque s’opposer, dans le sénat, à l’expédition méditée contre le rebelle Gildon, de crainte que, les blés de l’Afrique cessant d’arriver, il n’en résulte au centre de l’empire une sédition dangereuse; enfin Alaric s’emparer du port d’Ostie, où les premiers Césars avaient fait bâtir d’immenses greniers destinés à recevoir les tributs en blé et en huile qu’envoyait la colonie africaine, et par cette conquête préluder à la prise de la capitale du monde.
    Les guerres civiles allumées par les rivalités de Marius et de Sylla, de César et de Pompée, vinrent à leur tour diviser l’Afrique. La fondation, sur divers points du sol, de petites colonies romaines et de municipes avait donné naissance à une population qui, à l’époque dont nous parlons, prit une part active à la lutte; les rois indigènes eux-mêmes, selon leurs engagements antérieurs ou leurs affections particulières, s’y mêlèrent avec ardeur. Ce fut durant les vicissitudes de cette longue guerre, que Marius fugitif vint chercher un asile sur cette terre témoin de ses premiers triomphes. Débarqué non loin de Carthage, il s’était arrêté au milieu de ces ruines, les contemplant sans doute avec un secret retour sur lui-même, lorsque le gouverneur de la province, le préteur Sextilius, craignant d’être compromis par la présence de l’illustre proscrit, lui fit notifier l’ordre de s’éloigner sans délai, sous peine d’être traité en ennemi du sénat et du peuple romain. « Va dire à ton maître, répondit au licteur le vainqueur des Cimbres et des Teutons; va dire à ton maître que tu as vu Marius assis sur les ruines de Carthage ! »
    Tandis que Marius donnait au monde cet éclatant exemple de l’instabilité des plus hautes fortunes, son fils, avec quelques-uns de ses partisans, descendu sur un autre point des côtes d’Afrique, avait trouvé un asile à la cour d’Hiempsal, roi de Numidie. D’abord traités favorablement, ils ne tardèrent pas à s’apercevoir que leur hôte les considérait moins comme des alliés que comme des otages que la fortune venait de jeter entre ses mains. Pour se concilier l’amitié de Sylla, il se disposait même à les lui livrer lorsqu’une des concubines du roi, avec laquelle le jeune Marius avait lié des rapports intimes, vint à la fois leur apprendre le danger qu’ils couraient et leur offrir les moyens de s’y soustraire. Le fils rejoignit son père encore errant sur le rivage, où ils se virent abandonnés de tous leurs partisans. Alors, ne prenant conseil que de leur désespoir, ils résolurent de tenter de nouveau le sort des armes, et se rembarquèrent pour l’Italie. Leur audace fut couronnée d’un plein succès: Marius mourut maître de Rome !



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    A mort de son rival rendit à Sylla l’empire du monde: le parti plébéien fut vaincu pour la seconde fois. Après la chute de ce parti en Italie, Domitius, gendre de L. Cinna, entreprit de le relever en Afrique. Il s’adressa à Hiertal, roi d’une partie de la Numidie, et obtint de ce prince d’assez puissants secours pour envahir la province romaine. Mais le dictateur résolut d’étouffer cette révolte dès sa naissance. Sertorius, un des conjurés, commandait en Espagne; il fallait à tout prix empêcher qu’un autre chef du parti vaincu ne s’établît dans l’Atlas, car, maîtres de deux provinces riches et belliqueuses, ces deux chefs eussent pu recommencer la lutte avec avantage, et peut-être même, en unissant leurs efforts, venir chercher leur revanche jusqu’en Italie. Pompée reçut donc l’ordre de passer de Sicile en Afrique. Cent vingt galères et huit cents bâtiments de charge y portèrent six légions; une partie débarqua à Utique, l’autre à Carthage, sous les ordres du jeune général. Les troupes campées sur les ruines de cette dernière ville donnèrent en cette circonstance un exemple de cupidité et d’indiscipline qui atteste la décadence du caractère romain. Quelques soldats, en creusant la terre, y avaient trouvé un trésor considérable; le bruit de cette découverte se répandit aussitôt dans les rangs : on assurait que les Carthaginois, à l’époque de leurs derniers désastres, avaient enfoui ce qu'ils avaient de plus précieux; et pour retrouver ces richesses imaginaires, officiers et soldats, sans respect pour la discipline, quittèrent leurs armes, et se mirent à fouiller le sol en tous sens. Les conseils de Pompée, ses ordres même, restèrent sans force sur ces imaginations exaltées. Enfin, après plusieurs jours employés à ce travail, fatiguée d’inutiles recherches et honteuse de sa folie, l’armée demanda de marcher à l’ennemi.
    Pompée et ses troupes rencontrèrent bientôt Domitius, qui avait un puissant motif de terminer promptement la guerre : en effet, la désertion faisait de grands ravages dans son armée. A la nouvelle du débarquement de Pompée, sept mille hommes l’avaient abandonné, et il lui fallait une victoire pour rattacher à sa cause ces esprits inquiets et inconstants. Toutefois la fortune lui refusa cette faveur. Un ravin profond séparait les deux armées, et ni l’un ni l’autre des deux généraux ne voulant le franchir le premier, ils restèrent quelque temps en observation réciproque. Tout à coup un de ces orages de pluie et de vent si fréquents sous le ciel africain éclate avec violence. Domitius, jugeant dès lors que tout engagement était devenu impossible, fait sonner la retraite. Mais, en présence de l’ennemi et au milieu des vents déchaînés, ce mouvement ne pouvait s’effectuer sans désordre. Pompée profite avec habileté de cette manœuvre imprudente, passe le ravin, et conduit l’attaque avec la plus grande vigueur. En quelques instants, les troupes de Domitius sont enfoncées sur tous les points, et leur défaite devient aussi complète que sanglante. Sur vingt mille hommes, trois mille à peine regagnèrent leur camp. Domitius perdit la vie dans cette déroute, et la guerre se trouva terminée en un seul jour. Parmi les villes qui avaient embrassé son parti, les unes se rendirent sans résistance, les autres furent prises d’assaut; en un mot, toute la contrée se soumit; les tribus gétules et numides, saisies de terreur, levèrent leurs tentes et s’enfuirent vers le désert.
    De retour à Utique, Pompée y trouva un ordre de Sylla qui lui enjoignait d’y rester avec une seule légion pour attendre l’arrivée d’un successeur auquel il remettrait le gouvernement de la province pacifiée, et de renvoyer en Italie le reste de son armée victorieuse. Une telle marque d’ingratitude étonna le général et irrita violemment les soldats ils ne voulaient point, disaient-ils, le laisser à la merci d’un tyran, et se répandaient en invectives contre le dictateur. Cette sédition se prolongea tellement, que le bruit en parvint jusqu’à Rome ou bientôt l’on rendit Pompée complice de ses troupes. Sylla lui-même parut croire à cette complicité, et se plaignit publiquement de passer sa vieillesse à combattre contre des enfants. Par ces paroles il faisait allusion au jeune Marius, qui lui avait si opiniâtrement disputé la victoire. Mais tandis qu’au forum et dans le sénat on représentait Pompée comme une rebelle, celui-ci, au contraire, luttait contre ses troupes mutinées, et pour vaincre leur obstination les menaçait de se tuer à leurs yeux si elles refusaient plus longtemps d’obéir. Elles cédèrent enfin, et s’embarquèrent pour l’Italie. Après avoir remis entre les mains de son successeur le gouvernement de la province, le jeune général suivit ses légions. Rome tout entière alla à sa rencontre pour lui faire honneur, et Sylla, l’embrassant avec tous les signes d’une extrême affection, le salua du surnom de grand, titre qui depuis lors n’a cessé d’être joint au nom de Pompée.
    Dans l’intervalle qui sépare la première guerre civile de la seconde, les colonies africaines restèrent paisibles, mais eurent à subir un fléau plus cruel que la guerre même, la préture de Catilina. Les exactions, les violences de ce gouverneur devinrent si insupportables, qu’un cri unanime s’éleva contre lui. De tous côtés les plaintes arrivèrent à Rome. Quelques-uns des sénateurs opinèrent pour la mise en jugement; mais les nombreux amis qu’il comptait dans l’assemblée lui épargnèrent cette juste honte. A l’expiration de sa charge, il rapporta dans sa patrie d’immenses richesses qui lui servirent à fomenter cette fameuse conjuration sous laquelle la république faillit périr.
    Les convulsions politiques de la métropole, se succédant presque sans interruption, réagissaient sur la colonie africaine, sans toutefois arrêter l’essor de sa prospérité. Les tributs que Rome lui imposait, en blé, en huile, en fruits de toute espèce, allaient toujours croissant. On en trouve, dès cette époque, une preuve remarquable. Peu d’années après la conjuration de Catilina, une disette ayant menacé Borne, Pompée reçut du sénat et du peuple la mission de remédier au mal. Il mit à contribution les trois greniers de la république, l’Égypte, la Sicile, l’Afrique, et en peu de temps il rassembla plus de denrées qu’il n’en fallait pour faire cesser la cherté des vivres et dissiper les craintes de la multitude

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    E parti plébéien avait expiré en Afrique avec Marius; celui de Pompée et de l’aristocratie républicaine vint aussi y chercher un tombeau. Ces grands événements dont elle fut le théâtre, attestent tout à la fois et son importance, et le génie guerrier de ses populations, auxquelles les débris de tous les partis vaincus venaient tour à tour demander assistance. Le parti de Pompée eut pendant quelque temps la prépondérance dans cette province. Le préteur A. Varus, qui déjà en avait été gouverneur, chassé d’Italie par César après le passage du Rubicon, s’était réfugié à Utique. Arrivé en suppliant et en fugitif, ses anciennes liaisons avec les principaux habitants, ses habiles négociations auprès des rois alliés de Rome, lui eurent bientôt rendu la prépondérance. Gouvernant pour Pompée au nom du sénat, il contracta une étroite alliance avec Juba, roi de la Numidie et de la Mauritanie, auquel la prévoyance du rival de César avait confié le gouvernement des populations qui rie se trouvaient pas sous l’administration immédiate de la métropole. Une grande partie de l’Afrique était donc à eux. Ne pouvant aller en personne la leur arracher, César y fit passer son lieutenant Curion, à la tête de quelques troupes; mais ce général, qui n’avait aucune connaissance du pays, se laissa surprendre sous les murs d’Utique dont il faisait le siége; son armée fut entièrement détruite, et lui-même perdit la vie.
    Pendant que la grande querelle entre César et Pompée se décidait dans les plaines de la Grèce, Varus, resté en Afrique, rassemblait de toutes parts des soldats, des armes et des munitions de guerre. L’arrivée de Metellus Scipion, échappé au désastre de Pharsale, vint imprimer à ses préparatifs une nouvelle activité; le roi Juba joignit ses troupes à celles de ces deux généraux. Toutefois la discorde ne tarda pas à éclater entre Varus d’une part, Juba et Metellus Scipion de l’autre, car l’orgueilleux Numide faisait durement sentir aux Romains vaincus et fugitifs le besoin qu’ils avaient de lui. La présence de Caton, qui sur ces entrefaites vint les joindre à la tête des débris de Pharsale, mit fin à leurs débats: sa renommée imposa au roi, et ses conseils réconcilièrent les deux Romains. Leur donnant à tous l’exemple de l’abnégation, il refusa le commandement qu’ils lui déféraient d’une commune voix, et en fit investir Scipion, dont le rang était supérieur au sien. Caton, Varus et Labienus, anciens lieutenants de César dans les Gaules, ardents comme tous les transfuges, servirent sous les ordres de Scipion; Juba conserva le commandement exclusif de son armée.


    La couleur de la peau n’y change rien. Ce qui est bon et juste pour l’un,
    est bon et juste pour l’autre, et Dieu a fait de tous les Hommes des frères.



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  28. #25
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